Acteurs sanitaires et communautaires tirent la sonnette d’alarme

À l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre les accidents vasculaires cérébraux (AVC), célébrée le 29 octobre, le district sanitaire de Saint-Louis a organisé des consultations neurovasculaires gratuites au profit des victimes. Face à la forte prévalence de cette pathologie et au manque de spécialistes, le personnel soignant et les acteurs communautaires appellent à renforcer la prévention et la prise en charge.
L’AVC continue de faire des ravages à Saint-Louis. Derrière les statistiques, des malades livrés à eux-mêmes, des années sans consultation et des séquelles parfois irréversibles. À l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre cette pathologie, le district sanitaire a accueilli, hier, une quarantaine de patients dans le cadre de consultations neurovasculaires gratuites. Une initiative qui a permis de renouer le contact avec des malades longtemps éloignés du système de soins.
Selon le docteur Mame Maimouna Diaw Santos, neurologue à l’hôpital régional de Saint-Louis, la majorité des patients reçus sont des personnes âgées, dont certaines n’avaient plus consulté depuis plusieurs années. « Il y en a qui sont restées plus de huit ans sans faire de consultation de neurologie », déplore-t-elle. Une situation révélatrice des difficultés d’accès au suivi médical dans la région.
La spécialiste tire la sonnette d’alarme sur l’ampleur de la maladie. Dans ses consultations, les accidents vasculaires cérébraux représentent environ 40 % des patients suivis en neurologie. Autrement dit, quatre patients sur dix reçus sont victimes d’AVC ischémiques. Pour le docteur Diaw Santos, cette situation est aggravée par l’insuffisance des ressources humaines spécialisées.
Quatre patients sur dix victimes d’AVC
Présente seule à l’hôpital régional depuis juin 2021, elle peine à répondre à la demande. « Je ne pourrais pas voir tous les patients », reconnaît-elle, plaidant pour un renforcement des effectifs en neurologie afin d’assurer un suivi régulier des malades. Au-delà de la prise en charge, la prévention demeure un levier essentiel. L’hypertension artérielle et le diabète figurent parmi les principaux facteurs de risque observés chez les patients.
À cela s’ajoute la sédentarité, particulièrement préoccupante dans la région. La neurologue préconise ainsi une meilleure lutte contre les maladies non transmissibles, accompagnée d’une pratique régulière d’activité physique.
Sur le terrain, les acteurs communautaires entendent intensifier la sensibilisation. Présidente régionale des Badienou Gox de Saint-Louis et membre du comité ASP-AVC, Nafissatou Diop appelle à ne pas limiter la mobilisation à la seule journée du 29 octobre. « Nous comptons renforcer cette sensibilisation, les causeries et les débats pour que les personnes qui ne sont pas encore malades puissent se prévenir de la maladie », souligne-t-elle.
Elle insiste également sur les difficultés rencontrées par les victimes, dont certaines ont perdu la mémoire ou leur autonomie. Si les consultations gratuites et la prise en charge de certains médicaments constituent une avancée, les besoins restent importants, notamment pour les examens radiologiques et les analyses médicales. Pour Mme Nafissatou Diop, la mobilisation doit désormais dépasser le cadre national. Le comité local entend rechercher des ressources pour accompagner les malades les plus vulnérables.
À Saint-Louis, la lutte contre les AVC se joue ainsi sur deux fronts : prévenir les facteurs de risque et éviter que les victimes ne soient abandonnées après leur première prise en charge.
IBRAHIMA BOCAR SENE SAINT LOUIS






