Publié le 15 Jun 2026 - 14:19
UKRAINE

La vie sous les bombardements

 

Le séjour à Kyiv a été marqué par une nuit particulièrement stressante, en raison des bombardements massifs de l’armée russe. Reportage !

 

La nuit tombe sur Kyiv. Les rues se vident des populations contraintes à un couvre-feu de 22h à 5h du matin. Nous étions déjà plongés dans un sommeil profond quand, tout d’un coup, le téléphone de la chambre sonne. Des collègues s’inquiètent de ne pas nous voir à l’abri malgré le lancement d’une nouvelle alerte à la bombe.

Tiré brusquement du sommeil, nous nous dirigeons précipitamment vers l’ascenseur. Direction : le Shelter (sous-sol/abri), là où tout le monde se donne rendez-vous quand les sirènes retentissent. Il est 23h19, en ce mercredi 13 mai 2026. Une nuit de stress, une nuit où Kyiv et d’autres régions d’Ukraine feront l’objet d’attaques massives de drones et de missiles combinés. Plus précisément, 730 tirs, dont 675 drones et 56 missiles, selon l’armée ukrainienne.

02 heures 53 minutes du matin. L’alerte reste maximale. Le Shelter ne désemplit pas. Il est devenu exigu pour accueillir tous les occupants de ce grand hôtel situé en plein centre-ville. Sur place, chacun se débrouille comme il peut pour trouver un petit coin où se poser. Certains sont assis sur des chaises, d’autres sur les marches, il y en a qui sont assis à même le sol, les jambes recroquevillées sur eux-mêmes pour laisser de la place aux derniers venus.

Georges est un Britannique venu de France il y a juste deux jours pour des raisons professionnelles, dit-il. Il témoigne avec beaucoup de résignation : « C’est la première fois que je vis pareille chose, ce n’est pas commode, mais qu’est-ce qu’on peut y faire ? Nous sommes obligés de faire avec. »

Entre peur et résilience

Jusqu’à 6 heures du matin, Kyiv continue de lutter contre les missiles et drones russes que tente de déjouer un système antimissile durement éprouvé. Ceci est devenu son quotidien depuis février 2022, quand la Russie a décidé, contre vents et marées, de déclencher cette guerre. Depuis, la ville vit au ralenti. « Quand la sirène retentit, nous sommes obligés de rejoindre les abris conformément aux consignes de sécurité. Nous sommes maintenant habitués », renchérit un interlocuteur, l’air très fatigué. Une routine pour des millions de populations ukrainiennes, contraintes à un confinement sans fin.

Quelques heures plus tôt, dans la journée du 13 mai, notre premier jour en Ukraine avant cette nuit fatidique au shelter, ce ne sont pas moins de 5 alertes, parfois à des intervalles réduits, qui ont été enregistrées. Rendant difficile toute activité dans la capitale, qui est pourtant privilégiée par rapport à certaines régions de l’est et du sud-est.

Élèves et étudiants en font les frais tous les jours. Étudiante en 1ère année à l’université Taras Shevchenko, Arina nous raconte d’une voix empreinte de tristesse : « Comme vous le voyez, il est difficile d’étudier dans ces conditions. Les enseignements sont tout le temps interrompus à cause des alertes. Nous devons à chaque fois rejoindre le sous-sol où nous continuons parfois les cours. Ce n’est pas confortable, ce n’est pas bien, mais c’est la vie chez nous, c’est la guerre. »

Une vie stressante à laquelle la population a fini par s’habituer depuis quatre longues années. De plus en plus, certains défient la peur en essayant de poursuivre leurs activités malgré les nombreuses alertes. Rencontrée dans un restaurant, Olena s’explique sur ce qui peut ressembler à une sorte de banalisation de certaines mesures de sécurité. « Si vous viviez ici, vous auriez fait comme nous, il n’est pas possible d’aller dans les abris à chaque alerte », lance-t-elle un peu sur la défensive. La nuit du 13 au 14 mai, notre interlocutrice a préféré poursuivre son sommeil plutôt que d’aller à l’abri. « Je comprends que ce n’est pas pardonnable, dit-elle à son vis-à-vis qui semble ébahie. Mais il est difficile de se lever chaque nuit et d’aller dans les sous-sols. Si quelqu’un a des enfants, il faut y aller pour les protéger. Mais moi, je vis seule », se défend la jeune dame âgée d’une trentaine d’années.

Un cimetière de désespoir

Si Olena a la chance d’avoir un abri dans l’immeuble même où elle vit, ce n’est pas le cas pour tous les habitants de Kyiv. Certains sont contraints d’aller se réfugier dans les métros et les distances sont parfois un peu longues. Illona en fait partie. À la question de savoir comment ils vivent ces situations, elle rétorque, un brin fataliste : « On reste à la maison et on attend ! Nous n’avons pas de choix. On ne peut pas se lever toutes les nuits, marcher des minutes pour aller jusqu’au métro ; et puis il n’y en a que trois et l’un ne peut servir d’abri. Mais pour ceux qui ont la chance d’avoir un sous-sol chez eux, ce n’est pas pardonnable de ne pas aller s’abriter. »

Cette nuit-là, alors qu’Illona restait stoïquement chez elle, abandonnant son sort au destin, un missile s’abattait dans son propre quartier, non loin de son lieu d’habitation, à une vingtaine de minutes de l’hôtel où nous étions. Le bâtiment résidentiel abattu comptait 13 appartements et plusieurs dizaines d’occupants. Le bilan est très lourd. « Nous avons réussi à sauver une trentaine de personnes durant les opérations. Pour le moment, 8 corps sans vie ont été retrouvés. Nous sommes en train de chercher 16 personnes disparues sous les décombres », confie le chef des opérations de secours lors de notre visite aux alentours de 15 heures. Le bilan définitif fait état de 24 civils tués, dont trois enfants.

Ville résiliente, Kyiv est ainsi en permanence en deuil depuis le début de la guerre. C’est une ville qui reste, en permanence, en communion avec ses morts, ses « héros » dont la mémoire plane un peu partout. Dans les rues, dans les églises, dans les espaces publics, les écoles et universités, partout des espaces leur sont dédiés… Et chaque jour, à 9 heures du matin, automobilistes et piétons marquent une minute de silence en hommage aux victimes de cette guerre qui n’en finit pas de semer tristesse et désolation.

L’amour de la patrie et le rêve de liberté

Place Maidan, nous sommes au cœur de la capitale ukrainienne, dans l’un des lieux les plus symboliques de cet hommage national aux héros de la guerre. Devant ce cimetière à ciel ouvert, rempli de drapelets et de photos de victimes, des familles viennent régulièrement se recueillir en déposant des gerbes de fleurs. C’est aussi un passage obligé pour les cortèges funèbres qui défilent tous les jours dans la capitale ukrainienne. « Le plus dramatique, c’est que l’essentiel sont des jeunes à la fleur de l’âge. Regardez : il n’y a que des ados, que des ados, que des ados », enchaîne notre guide, triste jusqu’aux larmes.

Si certains sont déterminés à braver la mort pour la défense de la patrie, d’autres fuient la capitale pour poursuivre leur rêve de liberté et de prospérité. Le constat est frappant à l’université Taras Shevchenko, où les femmes semblent plus nombreuses. Selon certains interlocuteurs, cela s’explique en partie par le fait que les hommes sont soit enrôlés et envoyés au front, soit ont quitté le pays avant d’avoir 21 ans.

En effet, dans ce pays en guerre, à partir de 21 ans, il est impossible d’avoir une autorisation de sortie du territoire. « Avant, au début de la guerre, c’était 18 ans, mais maintenant c’est 21 ans. Or, certains veulent poursuivre leurs études, d’autres veulent voyager, vivre en liberté… Beaucoup préfèrent partir et c’est pourquoi vous trouverez plus de femmes dans certaines facultés », confie un de nos interlocuteurs.

Pour Arina, c’est une situation très difficile pour tout le monde. « Nous avons perdu de nombreux étudiants, des professeurs et c’est très triste pour nous. Nous essayons de nous rappeler d’eux parce que pour nous, ils sont des héros. Ils sont morts pour l’Ukraine. C’est pourquoi leurs photos sont exposées dans l’université. Ce qui se passe, nous n’allons jamais l’oublier », soutient la jeune étudiante en première année de Lettres.

Selon la Mission de surveillance des droits de l'homme des Nations Unies en Ukraine (HRMMU), au moins 274 civils ont été tués et 1 763 autres blessés dans le pays durant le mois de mai. C’est l’un des bilans les plus lourds depuis le début de la guerre. Depuis le début de la guerre, ce sont des centaines de milliers de victimes qui ont été notées de part et d’autre, faisant de ce conflit l’un des plus sanglants de l’histoire.

Section: 
RANCE : Patrick Bruel mis en examen pour viol, tentative de viol, agression sexuelle et harcèlement sexuel
GOUVERNANCE EN AFRIQUE : L’exemple béninois
SECRETARIAT GENERAL DES NATIONS UNIES Macky Sall décline sa feuille de route pour réformer l'ONU
ONU : Macky Sall n’est pas le seul candidat sans le soutien de son pays
FAYE-MACRON À NAIROBI : La diplomatie du réel
SOMMET FRANCE-AFRIQUE À NAIROBI : Le secteur privé africain interpelle sur la mobilisation des ressources et le financement des économies
SOMMET FRANCE - AFRIQUE : Un virage vers les anglophones
AFRICA FORWARD : L’Afrique se rassemble au Kenya pour partager avec la France
CRISE AU MALI : On a retrouvé Goïta, mais le régime vacille toujours
ESCALADE TERRORISTE AU MALI Dakar fait Bloc derrière Bamako
SECRETARIAT GENERAL DES NATIONS UNIES : Macky Sall décline sa vision
MACKY SALL EN ROUTE POUR L’ONU : Après le grand oral, les choses sérieuses
SEMAINE DE L’AMICALE MAURITANIE-SÉNÉGAL : L’intégration par les peuples
DIASPORA SÉNÉGALAISE AU CANADA EN ALERTE Des retards de passeports qui inquiètent fortement la communauté
GUERRES ET DÉSTABILISATION DU MONDE Sonko accuse Donald Trump
COMPÉTITION SPATIALE INTERNATIONALE DAUST offre la victoire au Sénégal
CANDIDATURE POUR LE SECRETARIAT GENERAL DE L’ONU : Macky Sall avance ses pions
SECRÉTARIAT GÉNÉRAL DES NATIONS UNIES : L'Union africaine met Dakar dos au mur
LOI DE DURCISSEMENT CONTRE L'HOMOSEXUALITE : Le Sénégal au cœur d’un bras de fer diplomatique sans précédent
FRANCE / MUNICIPALES 2026 Ce que le vote français dit à l’Afrique