Publié le 9 Sep 2025 - 13:18

UNE ETAPE CRUCIALE VERS UNE REDEVABILITE PLEINE ET ENTIERE

 

A première vue, le réaménagement gouvernemental du 6 septembre 2025 peut sembler anodin. En effet, il n’y a eu que 5 nouveaux entrants et 4 sortants (en comptabilisant l’ancien ministre du travail devenu maire de Dakar et démissionnaire).

Il y a néanmoins eu certains autres changements, comme l’avènement d’une nouvelle entité ministérielle censée centraliser, dans une optique de rationalisation et d’efficience, tous les projets gouvernementaux dédiés aux infrastructures. De plus, il a été procédé à une certaine réorganisation du gouvernement (migration de la direction de l’Action sociale au département ministériel en charge de la Famille et des solidarités, fusion des ministères en charge de la Fonction publique et du Travail et scission du méga-ministère dévolu à la Jeunesse, aux Sports et à la Culture). De plus les secteurs de l’artisanat et du tourisme ont été affectés au Ministère de la Culture. Enfin, on a noté l’enrôlement d’une femme supplémentaire dans l’attelage gouvernemental, en charge du porte-parolat et des relations avec les Institutions, ce qui, avec le maintien du rang protocolaire élevé de madame le Ministre de la Justice, devrait atténuer, quelque peu, l’ire des féministes radicales.

Par ailleurs, tout semble indiquer que les orientations économiques fondamentales du régime PASTEF seront maintenues et consolidées, du moment que les ministres en charge des Finances et de l’Economie ont été épargnés par le réaménagement.

Les observateurs restent perplexes devant la nomination d’un nouveau ministre des Affaires Etrangères, certes crédité de sympathies pour la cause palestinienne, mais inconnu dans la galaxie patriotique et panafricaniste, ayant servi loyalement les précédents régimes, dont le moins qu’on puisse dire, est qu’ils faisaient preuve de beaucoup de bienveillance à l’égard de l’Occident.

Mais sans aucun doute, le fait marquant de ce réaménagement ministériel, qui fait sortir de leurs gonds certains ténors de l’Opposition milliardaire et « pro-impérialiste », est le remplacement de deux ministres technocrates, politiquement non encartés par deux militants politiques de la mouvance présidentielle, réputés proches du Premier ministre.

Même si les deux personnalités limogées avaient fait preuve de courage politique et d’indépendance d’esprit, durant le règne chaotique de Macky Sall, leur profil ne les prédispose nullement à mener à bien la tâche d’élucidation des forfaits du précédent régime, auxquels des secteurs importants de la magistrature et des forces de sécurité ont, sinon apporté leur concours, tout au moins couvert d’un mutisme complice.

Cahin-caha, notre République se fraye un chemin vers la libération nationale et sociale. Sur cette voie parsemée d’embûches, les leaders du camp patriotique se heurtent aux vestiges de l’ancienne idéologie dominante. Leur tâche est d’autant plus ardue que les habitudes de pensée des tenants de la continuité néocoloniale imprègnent encore profondément notre société, jusques et y compris au sein de la mouvance présidentielle, sans compter l’ancienne gauche désorientée.

Tant et si bien que la vive animosité qui règne sur la scène politique dépasse largement le cadre étroit du seul PASTEF et est à mettre sur le compte d’une ligne de fracture qui traverse la société toute entière.

Il s’agit du retour ou non au modèle néocolonial, que le nouveau régime essaie d’éradiquer, en vue de mettre un terme définitif à la prédation de nos ressources par la bourgeoisie bureaucratique et celle compradore. Lesquelles ont montré leur incapacité à assurer le développement de la production nationale, préférant s’enrichir, soit à travers leur contrôle sur l'appareil d'État, les entreprises publiques et les institutions administratives, soit par leur rôle d'intermédiaire pour les intérêts économiques étrangers.

Autant dire que pour ces « gens-là », l’enrichissement illicite, le pillage et le bradage des ressources nationales à l’Etranger sont des activités économiques comme toute autre. Pour eux, la corruption est une technique de fructification et de préservation de leurs biens (mal acquis). L’impunité se justifie dans la mesure où ces délinquants économiques se considèrent comme des « institutions sociales ambulantes » et de potentiels investisseurs dans l’économie nationale.  

Ils ne veulent pas de la reddition des comptes devenue une exigence populaire et plaident pour la réhabilitation des escrocs et criminels ayant infiltré la sphère politique.

Le peuple sénégalais ne l’acceptera pas.

NIOXOR TINE

leelamine@nioxor.com

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