Publié le 8 Mar 2013 - 16:34
KAUSHIK BASU, VICE-PRÉSIDENT À LA BANQUE MONDIALE

''Prendre en compte les aspects moraux et culturels''

 

 

L'universitaire et économiste Kaushik Basu, vice-président à la Banque mondiale, a invité les économistes à prendre en compte les aspects éthiques et culturels dans leurs études.

 

Pour corriger l'oubli des normes sociales et les coutumes dans les études des économistes, Kaushik Basu a intitulé sa communication d'hier à Dakar, ''Fondements sociaux et moraux du développement économique.'' En conférence de presse à l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar (Ucad), le vice-président de la Banque mondiale entend ainsi attirer l'attention des chercheurs dans la prise en compte de ces aspects.

 

 

''On oublie trop souvent que le développement dépend très largement aussi des normes sociales, des coutumes, habitudes et même des normes morales qui prévalent dans un pays'', explique l'économiste. De son avis, le fait d'avoir souvent négligé ces facteurs sociaux qui sous-tendent le développement ''n'a pas rendu service à la science économique''.

 

Cependant, l'universitaire souligne que la recherche pour le développement doit essayer de comprendre comment les bonnes normes sociales se forment et comment celles qui sont nocives peuvent être ''expurgées''. Étayant son propos, il a évoqué une étude qui montre que le peuple japonais n'était pas ponctuel, il y a 100 ans, alors qu'aujourd'hui, il demeure une référence en terme de ponctualité. Idem pour la Corée qui, il y a 50 ans, était taxée de peuple paresseux, alors qu'il est considérée maintenant comme un peuple travailleur. Ce qui lui fait dire : ''Ces normes qui semblaient enracinées sont en réalité changeables.''

 

Confiance et fiabilité

 

Dans son speech, l'économiste a aussi évoqué la nécessité de la confiance et la fiabilité ou la crédibilité au niveau des transactions. ''Divers travaux récents montrent que les sociétés qui sont parvenues à développer des niveaux de confiance et des sentiments de fiabilité entre leurs membres s'en sortent mieux sur le plan économique'', analyse l'expert. Dans ce type de société, poursuit-il, les contrats sont plus souvent considérés comme ''sacrés et ont une plus grande valeur, ce qui favorise l'esprit d'entreprise, l'entrepreneuriat et le commerce''.

 

Prenant le cas de l'Afrique, le conférencier soutient que le sous-développement n'est pas une fatalité. La comparant à l'Inde, il a dit qu'il fut un moment où les Indiens étaient convaincus que leur pays était condamné à un taux de croissance de 1%, dans les années 1980. Mieux encore, lorsque le pays a décollé vers les années 1990, ils continuaient à croire que ce sont des statistiques qui ne reflétaient pas la réalité. ''Je crois que l'Afrique est à la tendance de la croissance'', conclut-il.

 

Modérant la conférence, le doyen de la Faculté des sciences économiques et de gestion (Faseg), Ahmadou Aly Mbaye, a dit que le Sénégal doit s'inspirer des valeurs édictées par M. Basu pour amorcer le développement. ''Il y a un certain nombre de normes qui sont fondamentales pour le développement. Surtout le respect des engagements. Chez nous, la plupart des contrats ne sont pas exécutés'', se désole-t-il. 

 

 

 

PIERRE BIRAME DIOH

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