Publié le 4 Jun 2013 - 09:42
Dangote

Ou si le Sénégal refusait le développement ?

Mr Aliko Dangote

 

Il m'a été donné de visiter les Usines Dangote sises à Pout, région de Thiès. J'ai eu à visiter nombre d'unités industrielles dans ce pays. Mais j'ai été impressionné par la qualité de l'unité ,une usine flambant neuve dans ce no man's land, redevenu comme par enchantement un nouveau havre d'espoir pour les populations locales comme pour la jeunesse en quête d'emplois.

La visite des silos,des hangars, du labo, et des autres sites de production et de traitement,la revue des techniques et méthodes utilisées jusqu'à la robotique pour le contrôle de la qualité, le recours à des engins ultra-modernes valant pour certains 1 000 000 000(un milliard Cfa l'unité), tout cela prouve à suffisance la volonté de l'investisseur africain Dangote, d'installer au Sénégal une unité industrielle de pointe, ultra-moderne et de référence mondiale.

La discussion avec les travailleurs trouvés sur place et qui ont conduit cette visite, chiffres à l'appui, est la dernière illustration des véritables enjeux que constitue le soit disant différend opposant Aliko Dangote aux héritiers de Feu Serigne Saliou Mbacké (RTA). Près de 375 milliards Cfa investis dans cette entreprise, quelques 4500 emplois directs et indirects, une production de 1.500 000 tonnes, la construction d'équipements sociaux (route bitumée, école, centre de santé, 4 forages, écovillage avec des logements sociaux, espace sportif pour les jeunes...) avec à la clé, la réduction du prix du ciment, allégeant ainsi la bourse des consommateurs en plus de rendre le logement plus accessible.

Tout cela entrait dans une stratégie globale de pénétration du marché sénégalais dans la perspective d'investir près de 1000 Milliards Cfa dans d'autres secteurs comme le Sucre, l’Énergie, l'Alimentation en vue de réduire sensiblement les prix de ces produits.

Assurément l'implantation de Dangote Industries et son implication dans le marché sénégalais et ouest- africain dérangent plus d'un. De sorte que le dossier en justice avec les héritiers de Feu Serigne Saliou,qui n' a pas connu d'avancée depuis le 19 août 2012, n'est que la face visible de l'iceberg. On doit aux héritiers de Feu Serigne Saliou des productions agricoles record à Khelcom par exemple, ou l'implantation d'une unité industrielle dans l'exploitation d'eaux minérales.

Les enjeux sont donc ailleurs. Veut-on tuer un concurrent qu'on ne s'y prendrait autrement. Aujourd'hui l'usine est à l'arrêt depuis le 7 janvier 2013 sur décision du Préfet de Thiès ; après la mise à feu de la veille, qui consacrait le démarrage effectif des activités. Et donc la production qui devait enregistrer ses premiers tonnages au mois d'avril, se verra renvoyée aux calendes grecques. Et l'usine est l'ombre d'elle-même, comme un territoire pour fantômes, avec un personnel payé depuis à ne rien faire, ce qui a motivé le redéploiement de certains au Nigeria, pays de Dangote.

Mais pourquoi aucune autorité ne s'est levée pour faire le déplacement à Pout et voir de ses propres yeux la vérité d'un formidable gâchis ? Comment peut-on faire le tour du monde à la quête d'investisseurs, alors que plus près de nous un investisseur, Africain de surcroit, se voit bloqué dans sa tentative de défier les grands monopoles ou autres groupes occidentaux, sur ses propres terres. Car pour nous, Dangote est au Nigeria comme au Sénégal, chez lui.

0ù est donc la préférence nationale ou simplement africaine, surtout quand, à armes égales l'Africain dame le pion aux autres sur tous les plans ? Et de nous interroger, en paraphrasant l'autre : Et si le Sénégal refusait le développement ?

Cheickh Mouhamadou Bassirou Sarr
Président de And Jerin Senegaal
 bassirou.sarr@gmail.com
 

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