Une solution que la Senelec peut et doit mener

L’équation Akilee
Rappel historique sur les pertes non techniques, dites « fraudes »
Dans les années 1980, la Senelec disposait dans son réseau de ce que l’on appelait des « compteurs de rendement », qui lui permettaient de mesurer l’énergie effectivement livrée à la clientèle.
Après la nationalisation de 1983, le manque de moyens, aggravé par les contraintes imposées par la Banque mondiale, a considérablement freiné les investissements, et ces compteurs sont progressivement devenus obsolètes.
Il a fallu attendre les années 2000, sous la présidence d’Abdoulaye Wade, pour voir naître le projet RECORD, destiné à lutter contre la fraude en instituant la « référence électrique », c’est-à-dire un lien direct entre le client et le poste de distribution. Malheureusement, faute d’une gestion rigoureuse, ce projet n’a jamais pu être mené à terme. Pourtant, chaque année, dans son rapport annuel comme dans son rapport sur les prix de revient, la Senelec soulignait la nécessité de lutter contre la fraude, tandis que le taux de rendement ne cessait de se dégrader.
Le contrat avec Akilee
C’est dans ce contexte qu’en 2018, la Senelec a signé avec Akilee un contrat très déséquilibré, portant sur la lutte contre la fraude et la fourniture de compteurs.
Rappelons qu’en 2015, le cabinet Performances avait accompagné la Senelec dans l’élaboration de son Plan stratégique 2015-2020. Monsieur Amadou Ly, aujourd’hui Directeur général d’Akilee, faisait partie de cette mission, et le cabinet avait alors eu accès à l’ensemble des documents de l’entreprise, dont naturellement tout ce qui touchait à la problématique des fraudes.
Sur le plan éthique, il n’est donc pas anodin qu’une personne ayant eu connaissance de l’intégralité de ces difficultés, et même des rapports qui proposaient des solutions, se retrouve ensuite en position de soumettre une offre pour combattre ces mêmes fraudes et fournir des compteurs à la Senelec.
Il faut aussi rappeler que la Senelec était déjà en relation avec une entreprise chinoise fournissant des compteurs intelligents : il n’y avait donc, en réalité, rien de nouveau sous le soleil. À notre connaissance, Monsieur Ly n’était ni électricien ni informaticien, et il n’apportait aucune solution différente de celles que la Senelec envisageait déjà elle-même.
Ce contrat a d’ailleurs été dénoncé par les syndicats. Sous la direction de Monsieur Biteye, la Senelec s’est retrouvée en contentieux avec Akilee, un contentieux dont cette dernière est sortie gagnante, empochant plusieurs milliards au détriment de la Senelec.
Une question légitime
Il est donc légitime de s’étonner que les nouvelles autorités souhaitent aujourd’hui reconduire ce contrat avec Akilee, alors même qu’une entreprise fabriquant des compteurs intelligents, fruit d’un partenariat entre la Senelec, des acteurs privés et des partenaires chinois, sous le nom d’ARAMCO, est déjà opérationnelle.
Le moment est venu de redonner à la Senelec les moyens de reprendre la main sur son réseau, ses données et sa lutte contre la fraude.
solution pour lutter contre la fraude, qui coûte des milliards à la Senelec, a déjà été pensée et testée sur le plan technique par l’entreprise elle-même. Il s’agit aujourd’hui, très simplement, de reprendre l’adressage des clients par rapport au poste de distribution, une opération que les nouvelles technologies devraient grandement faciliter. Reste la volonté de combattre efficacement ce fléau en y mettant les moyens : les compétences, et les compteurs de rendement dans le réseau.
La Senelec, qui connaît son réseau mieux que quiconque, est en mesure de mener ce projet à son terme. À mon humble avis, il serait même dangereux, pour la sécurité de son exploitation, de livrer l’ensemble des informations de son système d’information à une entreprise privée. La Senelec doit assumer sa part de responsabilité dans le retard pris par ce projet hautement structurant.
Haby Dieng Fall
Retraite Senelec






