Publié le 1 Sep 2025 - 11:01
Dette africaine et dépendance extérieure

Sortir du piège de la vulnérabilité

 

La question de la dette africaine est devenue l’un des enjeux les plus stratégiques pour l’avenir du continent. À la fin de 2023, le stock de dette extérieure africaine dépassait 1 150 milliards de dollars, et devrait atteindre 1 200 milliards en 2025. En moyenne, le ratio dette publique/PIB en Afrique subsaharienne avoisine les 60 %, tandis que plusieurs pays comme le Mozambique, le Rwanda ou le Cabo Verde affichent des niveaux dépassant 65 à 90 % du PIB.

Au-delà des chiffres, c’est le service de la dette qui illustre le mieux l’étau financier dans lequel se trouvent nos États. En 2023, l’Afrique consacre en moyenne 16,7 % de ses recettes fiscales au remboursement de la dette, contre seulement 6,5 % en 2010. Dans certains pays, cette charge dépasse même les budgets de la santé ou de l’éducation : plus de 750 millions d’Africains vivent aujourd’hui dans des pays où l’État dépense davantage pour ses créanciers que pour ses populations.

Cette situation traduit une dépendance extérieure structurelle. La dette africaine est désormais détenue à plus de 40 % par des créanciers privés, souvent sous forme d’euro-obligations coûteuses. Cela renforce l’influence des bailleurs internationaux sur les choix budgétaires et politiques des gouvernements africains. Le cas de l’Angola est révélateur : plus de la moitié du budget national est consacrée au remboursement, tandis que les dépenses sociales ont chuté de 55 % depuis 2015.

Le problème n’est donc pas seulement la dette, mais le cercle vicieux dette-dépendance. Plus la dette s’alourdit, plus l’autonomie politique et économique se réduit. Plus l’État est contraint, plus il doit recourir à de nouveaux emprunts, souvent dans des conditions défavorables.

Pour sortir progressivement de cette vulnérabilité, plusieurs leviers existent. Le financement endogène, prôné récemment dans certains plans de redressement, est une piste crédible : il s’agit de mobiliser davantage l’épargne locale, de renforcer les marchés financiers domestiques et de développer des instruments de financement innovants. Mais ce levier ne saurait suffire. Il doit s’accompagner d’une valorisation des ressources naturelles, d’une industrialisation accélérée et d’une intégration régionale permettant de créer des marchés intérieurs plus solides.

L’Afrique ne pourra pas éternellement rester dépendante de financements extérieurs conditionnés, qui hypothèquent sa souveraineté. L’urgence est de bâtir un modèle de croissance résilient, capable de financer son propre développement sans s’enfermer dans le piège de la dette.

Car au fond, la véritable indépendance du continent ne se joue pas seulement dans les urnes ou sur les symboles politiques, mais dans la capacité de nos États à maîtriser leurs ressources, financer leurs ambitions et résister aux pressions extérieures.

Par Cheikh Mbacké SENE,

Expert en intelligence économique et analyste économique

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