Publié le 22 Jun 2026 - 08:59
RÉFORME DES FINANCES PUBLIQUES - DETTE PUBLIQUE  

Le Sénégal se dote d’une « tour de contrôle » pour sortir de l’impasse

 

Face à une dette publique qui réduit les marges de manœuvre budgétaires du pays et dans l’attente d’un accord décisif avec le FMI, le gouvernement du Président Bassirou Diomaye Faye a franchi une étape majeure. La création de la Direction générale des Financements et de la Dette (DGFD) marque une volonté de rupture nette avec les pratiques opaques du passé, visant à centraliser, auditer et assainir la gestion financière de l’État pour redonner au Sénégal son souffle économique.

 

Le Sénégal est à la croisée des chemins. Depuis plusieurs mois, le pays est plongé dans une séquence économique particulièrement tendue, marquée par la nécessité impérieuse de restructurer ou de refinancer une dette publique colossale. Ce fardeau, qui pèse lourdement sur les capacités d'investissement de l'État, est au cœur des préoccupations du nouveau régime.

Dans ce contexte, la découverte d'écarts significatifs et d'insuffisances graves dans la gestion des finances publiques, révélée par l'état des lieux dressé par le gouvernement pour la période 2019-2024, a agi comme un électrochoc. Pour répondre à cette urgence, le Président Bassirou Diomaye Faye a promulgué, le 11 juin 2026, un décret portant création de la Direction générale des Financements et de la Dette (DGFD).

Cette nouvelle entité, placée sous la tutelle du Ministère de l'Économie, des Finances et du Plan, n'est pas une simple réorganisation administrative. Elle constitue une réponse structurelle à la problématique de la « dette cachée » et à la dispersion des responsabilités qui ont longtemps favorisé l'opacité.

Alors que le gouvernement négocie activement avec le Fonds Monétaire International (FMI) pour obtenir un programme de soutien indispensable à la stabilisation macroéconomique, la création de cette direction envoie un signal fort de transparence et de rigueur à l'endroit des partenaires techniques et financiers.

Un impératif de transparence face à l'héritage de la « dette cachée »

Le rapport de présentation du décret, signé par le Ministre de l'Économie, des Finances et du Plan, Cheikh Diba, est sans équivoque. Il souligne que la poursuite des objectifs d'une gestion saine, telle que préconisée par les directives de l'UEMOA, a été entravée au Sénégal par une multiplicité d'acteurs. Cette fragmentation a conduit à une dispersion dommageable de l'information financière et comptable, rendant le pilotage de la dette complexe, voire illisible.

L'audit de la situation des finances publiques, dont l'ampleur a été confirmée par la Cour des Comptes, a mis en lumière des failles béantes dans le processus de négociation et de mobilisation des ressources. Le Ministre Cheikh Diba justifie ainsi la création de la DGFD par la nécessité de mettre fin à cet « éclatement des attributions ».

Désormais, la DGFD est l'autorité unique compétente. Elle est la seule habilitée à négocier les contrats de financement et à les soumettre à la signature du Ministre chargé des Finances.

Cette centralisation est le pilier de la nouvelle stratégie gouvernementale. En s'appropriant la gestion de la base de données unique sur la dette, la DGFD devient la garante de l'exhaustivité, de la fiabilité et de l'intégrité des données financières nationales. Il s'agit de clore définitivement le chapitre des zones d'ombre qui ont miné la crédibilité du Sénégal sur les marchés internationaux.

Pour le gouvernement, cette restructuration est la condition sine qua non pour restaurer la confiance des investisseurs et des bailleurs de fonds, et pour assurer la viabilité de l'Agenda national de Transformation « Sénégal 2050 ».

Une architecture rigoureuse pour une gestion proactive des risques

Au cœur de cette nouvelle direction, la « Direction de Gestion de la Dette et des Risques » occupe une place centrale. Ses missions témoignent d'un changement de paradigme : on passe d'une gestion administrative passive à une gestion proactive et stratégique. Cette direction est chargée de coordonner l'élaboration de la politique nationale d'endettement et de suivre l'exécution de la stratégie à moyen terme.

Plus encore, elle est dotée de prérogatives étendues en matière d'analyse de risques. Elle doit préparer le cadre de gestion des risques liés aux opérations de dette, notamment les risques de taux d'intérêt et de change, qui ont souvent été les angles morts de la gestion financière nationale.

En évaluant périodiquement la capacité financière des entreprises publiques bénéficiaires de la garantie de l'État, elle vise à prévenir les risques de défaut qui pourraient se répercuter sur le budget national.

Parallèlement, la Direction de l'Audit et du Contrôle interne vient renforcer cette architecture. Son rôle est de s'assurer que chaque opération respecte scrupuleusement les normes et procédures. Elle dispose d'un pouvoir de contrôle sur l'utilisation des crédits publics et sur la régularité des actes posés par les administrateurs de crédits. En procédant à l'audit des services et en contrôlant l'application des directives présidentielles et ministérielles, elle agit comme un garde-fou interne, indispensable pour éviter toute dérive.

La DGFD ne se limite pas à ces fonctions de contrôle et de stratégie. Elle comprend également des directions opérationnelles spécialisées : la Direction des Marchés de Capitaux, pour les émissions de titres publics ; la Direction des Financements bilatéraux et multilatéraux, pour les relations avec les partenaires techniques ; et la Direction des Financements structurés, qui gère les relations avec les créanciers commerciaux et les contrats de partenariat public-privé (PPP). Chaque segment de la dette est ainsi pris en charge par des experts dédiés, travaillant en synergie sous une direction unique.

Vers une gouvernance financière assainie et pérenne

Le décret du 11 juin 2026 ne se contente pas de créer des structures ; il impose une nouvelle culture de la redevabilité. La Direction du Suivi des Financements, par exemple, a la charge cruciale de contrôler la régularité des dépenses réalisées sur ressources d'emprunt et de dons, de gérer les échéanciers de remboursement et de préparer les mandats de paiement. Elle assure ainsi le lien entre la signature des accords et l'exécution réelle des projets, garantissant que chaque franc emprunté est utilisé conformément à sa destination initiale.

La Direction des Affaires juridiques, quant à elle, apporte l'expertise nécessaire pour sécuriser les conventions de financement et protéger les intérêts de l'État lors des négociations. Elle est désormais incontournable pour émettre un avis obligatoire sur toutes les conventions, veillant à ce que les termes soient équilibrés et conformes aux standards internationaux.

La Direction des Systèmes d'Information, quant à elle, garantit que la gestion des données est appuyée par des outils modernes, sécurisés et performants, indispensables pour une transparence en temps réel.

Ainsi, à travers la DGFD, le Ministre de l'Économie, des Finances et du Plan, Cheikh Diba, dispose désormais des outils nécessaires pour piloter la gestion de la dette et la soustraire des contingences politiques. En plus de sortir de cette spirale d'endettement qui limite les investissements dans les secteurs sociaux et productifs, la création de cette direction se veut une étape nécessaire vers plus de transparence et de rigueur budgétaire.

Autant dire que le gouvernement Diomaye Faye compte vaille que vaille venir à bout de la dette et assainir les comptes publics, afin de relancer la machine économique et placer le pays sur les rampes du développement. La réussite de cette réforme sera, à n’en pas douter, l'un des marqueurs forts de la gestion du nouveau régime.

Babacar Touré, un banquier à la tête de la DGFD

Pour piloter la Direction générale des financements et de la dette, le président de la République, Bassirou Diomaye Faye, a misé sur le profil de  Babacar Touré, un banquier issu du privé. Il dirigeait, depuis trois ans, Afrika Banque Sénégal, une boite dans laquelle il a atterri il y a 10 ans. Babacar Touré est un spécialiste en Banque, Finance et gestion des risques. Il est décrit comme un familier des systèmes d’emprunts et des marchés financiers. Il sera secondé dans sa tâche par neuf hauts fonctionnaires, dont Amadou Sow, inspecteur principal du Trésor, nommé directeur général adjoint. Balla Niass, économiste planificateur, est nommé directeur de  l’Audit et du Contrôle interne. Tandis qu’Alioune Diouf, inspecteur principal du Trésor, hérite de la direction des Marchés de Capitaux. 

Babacar Touré hérite donc d’une direction stratégique, car la gestion de la dette publique était jusqu’ici assurée par quatre institutions différentes (la Direction de la dette publique, la Direction de l’ordonnancement des dépenses publiques, la Direction de la coopération économique et financière et le Comité national de la dette publique). Il aura toute la latitude de faire étalage de son expertise acquise, notamment au sein de la prestigieuse banque d’investissement Morgan Stanley où il a évolué quelques années, après avoir décroché un diplôme en mathématiques à l’université Aix-Marseille, suivi d’un DESS en banque, finance de marchés et gestion des risques à l’Université Paris XIII.

Ensuite, de 2014 à 2016, il a occupé le poste de responsable des opérations à l’Agence UMOA-Titres. En 2016, il a intégré la BDK en tant que directeur des Activités de marchés. Puis, en 2020, il a été nommé Directeur général adjoint, avant d’être promu Directeur général de BDK Corporate and Private Bank en avril 2023. 

Aujourd’hui, en centralisant la gestion de la dette et en allant puiser dans le secteur privé un profil technique, le gouvernement répond aussi à la recommandation de l’Union économique et monétaire ouest africaine (Uemoa) de désigner une « autorité unique » pour gérer les emprunts. Une recommandation que le FMI s’est fait sienne, depuis.

 GASTON COLY

Section: 
THIES – AVEC PLUS DE 14,2 MILLIARDS DE FCFA INVESTIS : Le PACASEN a financé 464 projets entre 2019 et 2024
DIALOGUE STRUCTURE : L’UE et la société civile sénégalaise adoptent une nouvelle feuille de route
POLÉMIQUE DETTES CACHÉES – SORTIE PRÉSIDENT COUR DES COMPTES : Y a-t-il eu tripatouillage des comptes publics ?
PRODUCTION DE LA PÊCHE ET DE L’AQUACULTURE Elle a atteint 188,2 millions de tonnes en 2024
DÉMARRAGE DE LA SAISON AGRICOLE Entre soulagement et inquiétudes des paysans
LOI DE FINANCES RECTIFICATIVE 2026 : L’exécutif ajuste ses priorités budgétaires
COMMUNICATION POLITIQUE : OUSMANE SONKO : Le glissement sémantique
GESTION DES FINANCES PUBLIQUES : Sonko et son raisonnement troublant
SUR FOND DE DÉFIS ÉNERGÉTIQUES MAJEURS :Abdourahmane Diouf hérite d’un secteur stratégique
Campagne agricole
REFONDATION DU SYSTÈME ÉDUCATIF : Thiès ouvre le débat sur l’école sénégalaise de demain
ÉLIMINATION DES INÉGALITÉS ET AUTONOMISATION DES FEMMES ET DES FILLES : Le salut réside dans le budget
RARETÉ DU POISSON AU SÉNÉGAL : L'émigration clandestine, comme facteur aggravant
ÉLEVAGE AU SÉNÉGAL : Les ambitions du nouveau ministre Dr Cheikh Oumar Ba
MINISTÈRE DE LA FAMILLE, DE L’ACTION SOCIALE ET DES SOLIDARITÉS Marie Angélique Mame Selbé Diouf veut rompre avec “l’assistanat”
FINANCES PUBLIQUES - MARS 2026 : L’ANSD révèle des contreperformances fiscales
ÉCHÉANCE EUROBONDS : Dakar anticipe pour convaincre
ANSD
ASER-AEE POWER Le parquet financier relance le dossier des 37 milliards
RETARD DANS LA MISE EN PLACE DES INTRANTS AGRICOLES L'inquiétude des paysans