Publié le 24 Jul 2026 - 19:12
FINANCES DES COLLECTIVITÉS TERRITORIALES

L’OBFiLoc à l’épreuve des données

 

Avec le lancement de l’Observatoire des Finances Locales (OBFiLoc), l’État se dote d’un outil permettant de suivre la situation financière des communes et des départements. Recettes, dépenses, investissements et situations budgétaires pourront être renseignés dans un tableau de bord consolidé. Une avancée en matière de transparence dont l’efficacité dépendra toutefois de la fiabilité et de l’actualisation des données.

 

« Lancer un outil, c’est une étape. Le faire vivre, le nourrir de données fiables, l’utiliser pour décider, c’est là le véritable défi. » À lui seul, cet avertissement de Pierre Bonneau, responsable des opérations de la Banque mondiale au Sénégal, résume l’enjeu qui entoure l’Observatoire des Finances Locales (OBFiLoc), officiellement lancé hier, 23 juillet, à Dakar.

Le nouvel instrument doit permettre à l’État, aux collectivités territoriales et à leurs partenaires de disposer d’un tableau de bord consolidé des finances locales. Recettes fiscales et non fiscales, dépenses d’investissement et de fonctionnement, situations budgétaires : l’OBFiLoc doit offrir une meilleure visibilité sur la situation financière des communes et des départements.

Pour l’État, l’enjeu est notamment de pouvoir suivre en temps réel la performance financière des collectivités, identifier les difficultés en amont, valoriser les bonnes pratiques et favoriser le partage d’expériences. L’Observatoire s’intègre au logiciel GFILOC (Gestion des Finances Locales), qui accompagne la réforme budgétaire des collectivités territoriales. Celle-ci vise notamment le passage d’une logique de moyens à une logique de résultats, fondée sur les autorisations de programme et les crédits de paiement.

La mise en place de l’OBFiLoc intervient dans un contexte où l’autonomie et la performance des collectivités restent étroitement liées à leur capacité à disposer d’informations financières fiables pour orienter leurs décisions et programmer leurs investissements. Des progrès sont néanmoins relevés dans la gestion financière locale.

Selon les données communiquées lors de la cérémonie, 94 % des collectivités urbaines bénéficiaires du Programme d’Appui aux Communes et Agglomérations du Sénégal (PACASEN) répondent aujourd’hui aux conditions minimales de gestion financière. Un résultat mis en avant par la Banque mondiale comme le signe d’une amélioration des pratiques de gestion au niveau local. L’institution accompagne cette transformation à travers le PACASEN, cofinancé avec l’Agence française de développement (AFD).

Cet accompagnement ne porte pas seulement sur le financement. Il concerne également les systèmes d’information, de gestion et de contrôle. L’OBFiLoc constitue l’un des instruments issus de ce processus. Pour Pierre Bonneau, l’enjeu dépasse toutefois les indicateurs financiers. Une collectivité qui améliore la mobilisation de ses ressources et la qualité de ses investissements doit être en mesure de renforcer les services publics, de développer les infrastructures et d’apporter des réponses plus adaptées aux besoins des populations.

La fiabilité des données, principal défi

Encore faudra-t-il que l’Observatoire soit régulièrement et correctement alimenté. C’est sur ce terrain que se jouera une bonne partie de son efficacité. Les services techniques de l’État sont ainsi appelés à assurer une alimentation régulière et fiable de l’outil. Les élus locaux devront, de leur côté, se l’approprier et l’utiliser comme un instrument d’aide à la décision. Quant aux partenaires techniques et financiers, ils sont invités à poursuivre l’accompagnement des collectivités dans le renforcement de leurs capacités.

Des ateliers de formation ont déjà été organisés à Saly, Ziguinchor et dans d’autres régions afin de favoriser cette appropriation et de rendre le dispositif accessible aux différentes collectivités territoriales. L’objectif affiché est aussi de renforcer la transparence et la redevabilité. En donnant une meilleure visibilité sur les recettes et les dépenses des communes et départements, l’OBFiLoc est appelé à contribuer à un dialogue plus transparent entre les collectivités, l’État et les citoyens.

Inscrit dans la dynamique de décentralisation et de la Vision Sénégal 2050, le nouvel Observatoire dispose ainsi d’ambitions importantes. Mais au-delà de son lancement et de ses possibilités techniques, son véritable test commencera avec son utilisation. La qualité des données renseignées, leur régularité et leur exploitation dans les décisions publiques détermineront si l’OBFiLoc devient effectivement un instrument de gouvernance locale ou reste simplement un outil supplémentaire dans l’architecture administrative.

F. BA

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