La hantise des Diables Rouges

Menant 2-0 à la 87e minute, les Lions de la Teranga ont touché du doigt les huitièmes de finale avant de s'effondrer de manière irréelle face à des Diables Rouges renversants (3-2, a.p.). Un penalty de Tielemans à la 120e minute brise le rêve sénégalais à Seattle.
Une entame de feu
Dès le coup d'envoi dans le chaudron de Seattle, il n'y a eu qu'une seule équipe sur la pelouse. Parfaitement organisés et maîtres du ballon, les hommes de Pape Thiaw ont immédiatement étouffé une équipe belge incapable de relancer proprement. C'est sur le flanc gauche que le poison s'est d'abord installé, sous l'impulsion d'un Sadio Mané ultra-disponible et d'un Ismaïla Jakobs tranchant.
Après une première alerte à la 14e minute, où Ismaïla Sarr a trouvé le poteau sur une sortie manquée de Thibaut Courtois, la lumière est venue dix minutes plus tard. Sur une nouvelle tête de Sarr qui s'écrase sur le montant, Habib Diarra suit parfaitement et propulse le ballon au fond des filets (1-0, 24e). En ouvrant le score, le jeune milieu entre dans l'histoire : il devient le premier Sénégalais à marquer dans un match à élimination directe de Coupe du monde depuis la génération dorée de 2002.
Derrière, le bloc des Lions gère. Si Leandro Trossard, Maxim De Cuyper et Jérémy Doku font passer quelques frissons dans la défense africaine avant la pause, le portier Mory Diaw veille au grain, bien protégé par le travail de l'ombre de Pathé Ciss.
Le break d'Ismaïla Sarr et le coup de poker belge
Au retour des vestiaires, le Sénégal ne recule pas. Au contraire, les Lions enfoncent le clou. À la 52e minute, sur un merveilleux ballon en profondeur de Moussa Niakhaté, Ismaïla Sarr fait parler sa puissance. Il résiste au retour d'Arthur Theate et déclenche une demi-volée limpide qui nettoie le filet belge (2-0, 52e). Seattle chavire, le Sénégal vole vers une qualification historique.
Dos au mur, le sélectionneur belge Rudi Garcia tente le tout pour le tout. Exit Kevin De Bruyne et Jérémy Doku, place à la jeunesse de Nicolas Raskin, à la vitesse de Dodi Lukebakio et, surtout, au poids de Romelu Lukaku. Côté sénégalais, Pape Thiaw injecte lui aussi du sang neuf (entrées de Mbaye, Pape Matar Sarr et Camara) pour cadenasser l'entrejeu. Pendant de longues minutes, le plan fonctionne à la perfection face à des Diables Rouges sans idées.
Le trou noir des trois minutes et le coup de poignard de la 120e
Alors que le tableau d'affichage égrène les dernières minutes et que les supporters sénégalais retiennent leur souffle, le match bascule soudainement dans l'irrationnel. À la 87e minute, sur une déviation subtile dans la surface, Romelu Lukaku redonne espoir aux siens (2-1, 87e).
Ce but agit comme un électrochoc. Complètement sonnés et surpris par la furia noir-jaune-rouge, les Lions capitulent à nouveau deux minutes plus tard. Youri Tielemans, opportuniste, profite du chaos dans la surface sénégalaise pour égaliser (2-2, 89e). En 120 secondes, le Sénégal a tout perdu.
La prolongation devient alors un long calvaire respiratoire où la fatigue paralyse les jambes et les esprits. On se dirige tout droit vers la séance de tirs au but quand le destin choisit cruellement son camp. À la 120e minute, après recours à l'assistance vidéo (VAR), l'arbitre désigne le point de penalty pour une faute du malheureux Lamine Camara dans la surface. Dans un geste de grand capitaine, Tielemans prend ses responsabilités et trompe Diaw sans ciller (3-2, 120e).
Le coup de sifflet final retentit comme un couperet. Le Sénégal, qui a livré un match tactiquement et techniquement grandiose pendant près de 87 minutes, quitte la compétition par la plus cruelle des portes. Les visages fermés des Lions contrastent avec l'euphorie miraculeuse des Belges, qui filent en huitièmes de finale.
MAMADOU DIOP
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POINT TACTIQUE
L’attaque avait fait le boulot…
Pour les équipes africaines, les huitièmes de finale de la Coupe du monde ressemblent, jusqu’ici, à un cauchemar sans fin. Hier, Sadio Mané et sa bande sont passés à la trappe lors d’un match qu’ils ont maîtrisé jusqu’aux ultimes minutes. L’attaque menée par Ismaëla Sarr avait fait le travail.
Hier, les poulains de Pape Thiaw avaient pourtant pris le match par le bon bout. Disposés en 4-3-3, avec un trio d’attaque composé de Sadio Mané, d’Ismaëla Sarr et d'Iliman Ndiaye, les Sénégalais ont rapidement monopolisé le ballon. Le bloc médian du Sénégal a facilement contrecarré les projets belges. À la 15e minute, la bande à Sadio Mané avait 61 % de possession, grâce à un bon pressing et une bonne conservation de balle.
Cette bonne entame était symbolisée par un Sadio Mané assez libre qui n’hésitait pas à revenir au milieu pour offrir des solutions à la défense dans les phases de relance. Idem pour Iliman Ndiaye. Ainsi, les Sénégalais battaient facilement le pressing belge.
C’est ainsi qu’à la 17e minute, Mané, revenu au milieu, a pu hériter du ballon et mettre sur orbite Ismail Jakobs, qui a adressé un centre tendu, dévié de justesse par Courtois. De ce fait, Ismaëla Sarr, idéalement placé, a été légèrement pris à contre-pied. Sa reprise a touché le poteau. Dans la foulée, Gana a chauffé les gants de Courtois d’une reprise de volée topée.
Après la première pause fraîcheur, les Sénégalais n’ont pas desserré l’étreinte. C’est ainsi qu’à la 25e minute, Diarra a ouvert le score. Il a repris dans le but vide un ballon renvoyé par le poteau, après une tête en extension d'Ismaëla Sarr, intenable.
Après cette ouverture du score, les Belges se sont rebellés. Ils ont confisqué le ballon. Mais le bloc sénégalais, bien compact grâce au travail des trois de devant, n’a rien laissé à l’adversaire. D’ailleurs, à la 37e minute, la belle percussion de Mané sur le côté gauche, après une belle action initiée par Diarra, aurait pu connaître un meilleur sort. Son tir en bout de course n’a pas trop inquiété Courtois.
Dans ce premier acte, le trio d’attaque a causé beaucoup de soucis à la défense belge. Ismaëla Sarr, dans la lignée de ses matchs précédents, a été dans tous les bons coups. Iliman Ndiaye a apporté le danger dans son aile. Ses replis défensifs ont permis au bloc équipe de rester compact. Sadio Mané a eu beaucoup d’activités. Il a été à l’initiative des actions les plus dangereuses.
… Le coaching de Pape Thiaw a tout gâté
La 2e mi-temps a démarré bien mieux que la 1ère. Les Lions se sont rapidement installés dans le camp belge, en multipliant les occasions de but. À la 51e minute, Diarra a raté le cadre sur un centre de Mané. Avant cela, Iliman avait aussi raté le cadre sur un centre en retrait tout aussi dangereux. Dans la foulée, sur une longue transversale de Niakhaté, digne des meilleurs quarterbacks, Ismaëla a merveilleusement réceptionné le ballon de la poitrine, résisté au retour de Théate, avant d’ajuster Thibaut Courtois, qui n’a esquissé aucun geste (51e).
Ce but ponctuait une bonne phase de possession, grâce à un pressing haut qui a totalement fait déjouer les Belges, qui ne voyaient pas le jour. À la 57e minute, le Sénégal aurait pu corser l’addition sur un contre rondement mené par Ismaëla Sarr, leader du pressing et du contre-pressing.
Le match a commencé à basculer avec les changements inopportuns et mal sentis de Pape Thiaw. Le sélectionneur a décidé de sortir, dès la 66e minute, Pape Guèye, qui régnait en maître au milieu de terrain, pour le malheureux Lamine Camara, qui a pris un jaune dès sa première intervention.
Ensuite, il a fait entrer Pape Matar Sarr et Ibrahima Mbaye à la place de Habib Diarra et Iliman Ndiaye (73). Si l’attaque n’a pas été amoindrie par l’entrée de l’attaquant du PSG, il n’en a pas été de même pour le milieu, totalement remodelé avec Gana Guèye, Pape Matar Sarr et Lamine Camara. Car Habib Diarra était en train de faire un match de titan, parfaitement secondé par Pape Guèye, dont les transversales soyeuses permettaient d’aérer le jeu, d’étirer le bloc belge et de maîtriser le jeu.
Ayant totalement laissé le ballon aux hommes de Rudi Garcia, les Lions ont fini par boire la tasse sur deux buts évitables, en fin de match.
Lors des prolongations, Ibrahima Mbaye a eu le ballon pour faire mal aux Belges. Il a vu sa reprise du pied gauche, sur un centre, fuir le cadre, alors que le but était grand ouvert.
Le coach a bien essayé de forcer la décision en faisant entrer Nicolas Jackson (93e), à la place d’un Sadio Mané rincé depuis très longtemps. Mais l’attaquant du Bayern a erré sur le terrain comme une âme en peine. Un mondial totalement raté.
Au final, Pape Thiaw, par son mauvais coaching, a totalement déstructuré une équipe du Sénégal qui tenait sa qualification en huitième de finale. Les entrées désastreuses de Lamine Camara et de Pape Matar Sarr ont apporté de la fébrilité et permis à des Belges, totalement à la rue, de renverser un match qu’ils n’auraient jamais dû gagner.
GASTON COLY






