Publié le 2 Dec 2014 - 05:10
ALPHA CONDE, PRESIDENT DE LA GUINEE

‘’Ce n’est pas le peuple sénégalais qui m’a élu…’’

 

En marge du XVe sommet de la Francophonie, le président guinéen Alpha Condé a tenu hier une conférence de presse au cours de laquelle il a abordé beaucoup de questions liées à ses rapports avec le président Macky Sall, la crise Ebola et la situation du continent. EnQuête vous propose quelques morceaux choisis de cette discussion à bâtons rompus avec la presse sénégalaise.

 

Le secrétariat général de la Francophonie est revenu à Michaelle Jean qui est une Canadienne. N’avez-vous pas le sentiment que les chefs d’Etat africains ont échoué dans ce sens ?

Nous parlons de panafricanisme mais très souvent, nos comportements disent le contraire. En toute logique, le secrétaire général de la Francophonie doit être un africain. Mais si n’arrivons pas à nous mettre d’accord, jusqu’à hier (NDLR : avant-hier), nous n’avons pas été d’accord, étant donné que le sommet était axé sur la jeunesse et la femme, on peut se demander pourquoi on n’a pas eu une candidature féminine. Pourquoi tous les candidats africains étaient des hommes ? C’est une leçon pour l’avenir.

Vous semblez snober le président Macky Sall dans votre discours et selon des rumeurs, vous avez même failli boycotter le sommet de la francophonie. Peut-on savoir pourquoi ?

Moi je ne fonctionne pas à partir de rumeurs. Moi je dois beaucoup au peuple sénégalais. La preuve, lorsque j’ai failli être assassiné, je ne me suis pas refugié dans une ambassade occidentale. Je me suis réfugié à l’ambassade du Sénégal. Quand j’ai été en prison, j’ai senti le soutien du peuple sénégalais et Me Ousmane Ngom était mon avocat. Je me suis marié au Sénégal et tous les leaders sénégalais étaient venus à la cérémonie. J’ai eu des problèmes avec le président Wade. Mais j’ai estimé que cela n’est pas essentiel. Ce qui est important, c’était de rendre hommage au peuple sénégalais. Mais je suis président de la République en Guinée et si je dois rendre hommage au peuple sénégalais, je dois rendre compte en Guinée. Donc j’ai estimé que je suis chez moi au Sénégal, je suis tout le temps au Sénégal. J’aime beaucoup le Sénégal mais ce n’est pas le peuple sénégalais qui m’a élu mais plutôt le peuple guinéen. Il y a eu pas mal de rumeurs sur un boycott mais je suis là.

En recevant récemment le président Hollande chez vous, vous avez salué la solidarité de la France et déploré le manque de solidarité de certains de vos voisins. Faites-vous allusion au Sénégal qui a fermé ses frontières parce qu’il a le devoir de protéger ses citoyens ?

Je ne sais pas si vous connaissez les frontières en Afrique. La meilleure façon de se protéger de cette maladie, ce n’est pas de fermer les frontières. Puisque quand vous fermez les frontières, les gens passent par les pistes. Moi je ne stigmatise personne. Je dis simplement que si ton voisin dit que ton chien est enragé, comment voulez-vous que les autres n’aient pas peur de ton chien. Nous, nous avons pris toutes les dispositions à l’aéroport et jusqu’à présent, personne n’est parti de l’aéroport pour contaminer quelqu’un. Donc je ne vois pas la pertinence de fermer les frontières alors qu’il suffisait juste de mettre un dispositif à l’aéroport pour empêcher les malades de circuler. Si je comprends bien cette attitude, cela veut dire que le peuple guinéen peut mourir là-bas, ce n’est le problème du Sénégal. Est-ce que être malade est un crime ?

On a comme l’impression que la crise Ebola a fini par prendre le dessus sur vos relations personnelles avec le président Macky Sall ?

Macky Sall est mon petit frère. Je n’ai pas de problèmes personnels avec lui. Mais je dois défendre les intérêts du peuple guinéen. De toute façon moi, ma position est très claire : le peuple sénégalais et le peuple guinéen comme les peuples malien et burkinabé sont des peuples frères. Pour moi, le plus important, ce sont les rapports entre les peuples. Les présidents de la République partent mais les peuples demeurent. Je ne veux pas que les présidents créent des problèmes avec les peuples. Je n’ai aucun problème avec Macky Sall. La preuve, quand le président IBK a rendu hommage aux soldats français et tchadiens qui sont morts au Mali, j’ai pris d’abord note et j’ai dit : il y a aussi des soldats sénégalais et nigériens qui sont morts. J’ai demandé qu’on se rencontre ici à Dakar pour se mettre d’accord. Je ne vois pas pourquoi les gens veulent qu’il y ait un problème entre le président sénégalais et moi, Macky Sall est mon petit frère.

En recevant le président Hollande en Guinée, vous en avez également  profité pour lui présenter le leader de l’opposition guinéenne. Est-ce pour vous une nouvelle manière d’appréhender les rapports entre pouvoir et opposition ?

Moi j’ai longtemps vécu en France et je constate qu’il y a une certaine complicité entre la gauche et la droite. Ils entretiennent des rapports civilisés. Le fait d’être de côtés différents ne signifie pas que vous êtes des ennemis. Malheureusement en Afrique, on pense que si vous n’êtes pas du même bord politique, vous êtes des ennemis. Moi, j’ai voulu montrer le bon exemple. Je n’ai aucun problème avec l’opposition. On n’est pas des ennemis mais des adversaires. Sélou est l’opposant qui a le plus de députés à l’Assemblée nationale. Je ne le prends pas comme mon ennemi mais plutôt un adversaire politique. Il faut qu’on ait des rapports civilisés.

Quelle est la position de la Guinée par rapport à la mise en place d’une monnaie unique ?

Je constate que la France et l’Allemagne ont eu trois guerres en un siècle. Mais cela ne les a pas empêchés d’avoir une monnaie commune, l’Euro. Et l’Allemagne a un PIB plus important que celui de tous les pays africains francophones. L’Allemagne est une grande puissance économique. Si aujourd’hui on peut arriver à s’entendre et à créer une monnaie unique, pourquoi pas ? Pour moi, il faut même aller au-delà de la zone Franc, il faut aller à l’espace CDEAO.

Il nous faut une monnaie de la CDEAO. On a fixé l’échéance de 2020 pour avoir une monnaie unique. Mais lorsque je vois le comportement de certains pays, je doute que cela se réalise d’ici 2020. Il ne faut pas confondre nos problèmes politiques avec nos problèmes économiques. J’espère que les nouvelles générations qui vont venir seront plus patriotes et plus conscientes.

Pourquoi la Guinée qui est un pays très riche en ressources minières n’a pas pu décoller depuis son indépendance ?

Vous savez, les conditions dans lesquelles on a pris l’indépendance a amené la France à boycotter la Guinée. Ensuite, il y a eu un système étatique qui n’a pas permis à la Guinée de se développer. Malgré cela, la Guinée avait beaucoup d’usines et dans beaucoup de secteurs, on avait des ressources qui pouvaient nous permettre d’être autosuffisants. On a les minerais de fer les plus riches du monde, nous sommes le château d’eau de l’Afrique. Sékou Touré au départ était un patriote africain mais il y a eu des conflits avec la France.

Mais la deuxième République posait la question et a engouffré la Guinée dans une crise économique sans précédent. Maintenant la situation est en train de changer. A Conakry par exemple, il y a des immeubles partout. J’ai refait le code minier pour relancer le secteur et coupé court à la corruption qui a mis à terre ce secteur. Donc, c’est une question de gestion économique qui a fait que la Guinée n’a pas décollé depuis lors. Mais cela est en train de changer grâce à une volonté politique affirmée.      

PAR ASSANE MBAYE

 
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