On a rasé sa tête, pas ses compétences

Clotilde Djireye Coly n'a pas encore eu le temps de poser un dossier sur son bureau qu'on lui fait déjà un procès. Son crime ? Une coupe de cheveux rasée le jour de sa passation de service. Depuis, c'est l'hallali. Je vais vous dire ce que cette femme a dans son CV, puisque visiblement peu de gens ont pris la peine de le lire avant de commenter sa tête. Vingt ans de carrière en finance, en audit, en gouvernance d'entreprise. Inscrite à l'Ordre national des experts-comptables. Douze années chez Microsoft. Partner chez Deloitte, où elle supervisait des missions au Sénégal, au Mali, en Mauritanie. Directrice de l'Emploi au ministère du même nom. Voilà le profil qu'on a préféré ignorer pour épiloguer sur ses cheveux.
Et puis hier, la France a battu le Sénégal. Et comme par magie, la meute est revenue. Pas pour parler du jeu de Pape Thiaw. Pas pour interroger les choix tactiques. Non. Pour reparler de la tête de la ministre des Sports, comme si une défaite en Coupe du monde se réglait avec une perruque. Qu'on m'explique le rapport entre un milieu de terrain qui perd ses duels et une femme qui porte les cheveux courts.
On me dit que ce n'est pas "culturellement sénégalais" ou "africain". Permettez-moi d'en rire, doucement. Coumba Gawlo. Germaine Acogny. Deux femmes qui ont arboré le crâne rasé sans jamais perdre une once de leur féminité, sans que quiconque ose leur fermer la porte de l'africanité. Le crâne rasé n'a rien d'étranger à ce continent. Il a accompagné les rites, le deuil, la sagesse, la force, l'indépendance. Ce n'est pas la culture qui dérange ces gens. C'est une femme qui ne se plie pas à ce qu'ils attendaient d'elle.
Le plus douloureux dans cette affaire, c'est que la charge ne vient pas que des hommes. Des femmes s'y sont mises aussi. Des femmes politiques, qui ont elles-mêmes connu les couloirs du pouvoir, qui savent ce que coûte une nomination, qui devraient savoir ce que c'est que d'être jugée sur son apparence plutôt que sur ses compétences. On peut s'opposer à une ministre. On peut critiquer son action, ses choix ou sa vision. C'est même le principe du débat démocratique. Mais lorsque la critique descend au niveau de l'apparence physique, elle perd de sa noblesse et trahit surtout la vacuité de ceux qui la portent.
Clotilde Djiré Coly réussira ou échouera à la tête du ministère des Sports. Cela dépendra de son travail, de ses résultats et de sa capacité à répondre aux attentes du secteur. C'est sur ce terrain qu'elle doit être attendue. Le reste n'est que bruit. Ce dernier, en réalité, en dit beaucoup moins sur la ministre que sur ceux qui le produisent.
Madame la Ministre n'a pas demandé qu'on l'aime. Elle a accepté un poste exposé, à quelques jours d'un Mondial et à quelques mois des premiers Jeux olympiques de la Jeunesse organisés pour la première fois sur le continent africain, au Sénégal. Elle aura, je n'en doute pas, des choix contestables, des décisions à assumer, un bilan à présenter. Jugeons-la là-dessus. Pas sur son crâne.
B. BOB






