Publié le 13 Jan 2022 - 14:36
CAN 2021 - GR. F : TUNISIE-MALI (0-1)

Tunisie-mali, la comédie de l'année

 

Il aura donc fallu attendre dix matchs pour être témoin du plus grand moment de cette CAN 2021. La rencontre Tunisie-Mali qui se déroulait ce mercredi 12 janvier a été secouée par un épilogue inattendu. Des décisions pour le moins étranges, trois coups de sifflet finaux et un arbitre soupçonné de corruption par le passé. Décryptage d'une pièce de théâtre qui n'a pas fini de faire du bruit.

 

L'entrée des artistes.

Même avec des stades souvent vides, des rencontres toutes aussi soporifiques les unes que les autres et une période malheureusement bousculée par l’émancipation du coronavirus, cette CAN a le mérite de nous offrir des scénarios jusqu'alors insoupçonnés. Ce mercredi 12 janvier, pour le compte du choc du groupe F entre la Tunisie et le Mali, les admirateurs du ballon rond ont été témoins d’un triste spectacle qui marquera pour un moment l’histoire de la compétition. Et pas seulement à Tunis et Bamako.

Les trois coups

85 minutes et 6 secondes de jeu. Alors que les Maliens sont de plus en plus acculés dans leurs derniers mètres par les Aigles de Carthage, qui tentent tant bien que mal de revenir au score, l'arbitre de la rencontre regarde sa montre, et siffle la fin du match. Dans l'incompréhension la plus totale, la crispation devient reine avant de vite laisser la place à l’agacement. Tout le banc de la Tunisie se révolte et un des adjoints du sélectionneur maghrébin, Mondher Kebaier, se confrontent à l’arbitre assistant. La situation est absurde, alors que, côté jardin, les supporters du Mali fêtent déjà leur entrée en lice réussie. Un succès portant à douze leur nombre de matchs d’ouverture sans défaite dans la compétition continentale. Sept victoires, cinq nuls et aucune défaite. Mais ça, c’était avant que l’arbitre de la rencontre Janny Sikazwe ne se rende compte de son erreur. Le chrono est relancé.

Quelques minutes plus tard, l’homme en rouge va récidiver. À plus grande échelle. Cette fois-ci, c’est plus fort, plus inattendu. Alors que le chrono affiche 89 minutes et 43 secondes, l’arbitre zambien siffle de nouveau la fin du match, soit treize secondes avant la fin officielle de la rencontre. Excédés, le staff ainsi que les joueurs de la sélection tunisienne se rebellent et contestent nerveusement la décision du corps arbitral. À raison d’ailleurs. La rencontre n’étant pas allée à son terme, selon l'IFAB, l'instance qui détermine et fait évoluer les règles du football, le match doit être rejoué, sauf disposition contraire du règlement de la compétition ou décision des organisateurs.

La stupéfaction est d’autant plus importante au regard des neuf changements effectués en seconde période, ainsi que des deux penaltys sifflés et du carton rouge écopé par l’attaquant rémois El Bilal Touré, qui ont à chaque fois obligé l’arbitre de la rencontre à faire appel à la vidéo. « Il devait y avoir 7 ou 8 minutes de temps additionnel. Sa décision est inexplicable » , balance Kebaier en conférence de presse. Mais c’est décidé, la bougie s’est éteinte, et les Tunisiens vont tout simplement se heurter à un mur. Sûr de lui, Janny Sikazwe se fait escorter par la sécurité pour retourner aux vestiaires. Les autres membres du corps arbitral l’accompagnent, regagnant le tunnel sous les nombreux gestes d’humeur des perdants du jour.

Les différents acteurs de cette comédie passent devant les micros des journalistes pour refaire le match, les vainqueurs remercient leurs supporters venus en nombre cet après-midi, le stade se vide peu à peu, les chaînes de télévision rendent l’antenne... bref, le scandale prend fin. Mais jamais deux sans trois, tout le monde est vite tenu au courant de la reprise de la rencontre. La conférence de presse du sélectionneur malien Mohamed Magassouba est interrompue par des responsables de la CAF.

L’entraîneur est hors de lui, mais c’est acté : le quatrième arbitre va prendre le sifflet à la place de l'arbitre principal, annoncé comme malade, pour disputer les trois minutes de temps additionnel. Nouveau problème, les joueurs tunisiens, déjà assis confortablement dans le bus selon les informations de beIN Sports, ne se rendent pas sur la pelouse. « Les joueurs ont pris des bains de glace pendant 35 minutes avant d'être rappelés sur le terrain. J'entraîne depuis longtemps et je n'ai jamais rien vu de tel » , a argumenté Kebaier en coulisses, loin d’être redescendu après ce fiasco. Le nouveau dramaturge siffle donc une troisième et dernière fois le coup de sifflet final, mettant fin à un dénouement que l’on contera encore dans plusieurs années.

Le Malade imaginaire

Il suffit de taper son nom dans une barre de recherche pour se rendre compte que l'arbitre du match passera à la postérité. Janny Sikazwe est un arbitre zambien qui officie depuis 2001. Et même si son CV est bien garni, avec notamment des participations à huit CAN différentes et à la Coupe du monde 2016, Sikazwe est surtout connu pour avoir été suspendu provisoirement le 20 novembre 2018 à la suite de la demi-finale retour de la Ligue des champions de la CAF, entre l'Espérance sportive de Tunis et le CD Primeiro de Agosto d’Angola (4-2).

L’officiel zambien est alors soupçonné d’avoir enfreint les articles 82, 136 et 152 du code disciplinaire de l’instance de l’arbitrage et accusé de corruption. Une enquête est ouverte, tandis que le principal concerné est suspendu de toute activité liée au football jusqu’à son audition par le comité de discipline de la CAF jusqu’à nouvel ordre. Vingt-quatre heures après cette annonce, la CAF autorise Sikazwe à reprendre service. « Il n’existe aucune preuve suffisante pour impliquer Monsieur Sikazwe dans les accusations de corruption portées contre lui » , indique l’instance de football africain.

Il n’empêche que ce Tunisie-Mali a fait ressortir d’anciennes casseroles où l’arbitrage n’est pas à son avantage. Comme la fois où il avait sifflé la fin du match entre le Nigeria et l’Égypte en éliminatoires de la CAN 2017 alors que Mohamed Salah partait au but. Ou un Algérie-Burkina Faso (3-2) en 2013 pour le compte des barrages aller du Mondial 2014, qui avait provoqué la colère des Algériens à la suite de décisions très étranges. Cette histoire s’ajoute donc à sa petite liste burlesque de couacs, mais vient surtout ternir l’image d’une si belle compétition qui n’avait pas besoin de ça pour exister.

SOFOOT.COM

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