Publié le 13 Dec 2013 - 15:06
CENTRAFRIQUE

La vaine tentative de réconciliation entre musulmans et chrétiens

 

La tension est, en apparence, un peu retombée à Bangui, capitale de la République centrafricaine (RCA). Jeudi 12 décembre au matin, quelques taxis ont commencé à réapparaître. Certains chauffeurs faisaient la queue devant une station-essence pour tenter de remplir leur réservoir de quelques litres. Kléber, l'un d'entre eux, reprenait le service après une semaine cloîtré à son domicile.

« Je commence prudemment, dit il. Il y a des routes qu'on ne prend pas à cause des ex-Séléka, des Tchadiens. Et puis c'est difficile d'avoir des clients car en ne travaillant pas pendant une semaine, tout le monde a mangé son argent.

Plutôt que de prendre le taxi, les gens marchent.» l'objectif avoué d'entamer un travail de réconciliation entre les communautés, des chefs musulmans et chrétiens se sont retrouvés ce matin sous un petit hangar du commissariat du 3e arrondissement, à proximité du marché de PK5 (point kilométrique 5), l'un des poumons économiques de la capitale, où tous les commerces, essentiellement tenus par des musulmans, sont toujours fermés. Les chrétiens ont, eux, déserté ce quartier.

Le discours se voulait apaisant. « Il faut que, ensemble (chrétiens et musulmans), nous indiquions les personnes qui agissent contre la paix. Il faut dire non à ces personnes », déclarait ce matin Ahmat Deliris, le deuxième vice-président de la communauté musulmane de la RCA.

« Il faut que l'on fasse un trou pour enterrer tout le mal, toutes les rancœurs qui amènent à la vengeance », insistait pour sa part Kombe Bervet, responsable chrétien du quartier, préconisant la mise en place de comités de défense où chrétiens et musulmans pourraient ensemble protéger la zone.

« Les coups portés ont été trop durs »

A peine la réunion terminée, toutes ces bonnes paroles se sont rapidement envolées et le discours a connu une sérieuse évolution. Pour Oumar Idriss, un lycéen de 22 ans, le problème vient des chrétiens qui « ne se sentent pas à l'aise avec les ex-Séléka alors qu'ils forment désormais la nouvelle armée centrafricaine. Nous sommes allés ce matin à l'église Notre-Dame-de-Fatima pour demander la réconciliation mais ils ont refusé. Nous savons qu'il y a là-bas des militaires de l'ancien président Bozizé et des anti-Balaka qui se cachent dans l'église. »

Fulbert qui habite à quelques centaines de mètres, dans le quartier de Miskine, considère qu'« il est encore trop tôt pour parler de réconciliation car les coups portés ont été trop durs. Aujourd'hui, dit-il, il y a trop de confusion car les commerçants musulmans portent tous une arme et que les ex-Séléka se déguisent en civils pour enlever des jeunes du quartier. »

A la paroisse Notre-Dame-de-Fatima, le père Gabriele Perobelli se refuse à parler de normalisation. « Ce sera normal quand le millier de personnes qui dorment ici chaque soir seront rentrés chez eux. Le problème, c'est que chrétiens et musulmans ont peur les uns des autres », estime ce missionnaire italien.

Assis sur un banc, installé sur le côté de l'église de briques rouges, Aubin ne croit pas une seconde à la portée de la réunion du matin à laquelle il a assisté. « Ils font semblant pour que les gens reviennent chez eux mais la nuit c'est autre chose. Ils font du porte à porte et chaque matin on retrouve des corps. Encore la nuit dernière, ils ont assassiné Achille, un petit débrouillard du quartier. Le problème avec les musulmans, c'est que dès qu'ils ont un mort, il faut qu'ils tuent une dizaine de chrétiens.»

Avec cette macabre arithmétique de la vengeance, un homme a été lynché à mort dans le quartier de PK5 après que les dépouilles de sept musulmans, tués dans d'autres endroits de la capitale, ont été amenées à la mosquée Ali Babolo. Dans la foulée, l'un des jeunes musulmans ayant participé à la réunion du matin considérait que « la réconciliation, c'est terminé ».

LEMONDE.FR

Section: 
UTILISATION RÉSEAUX CLANIQUES AU SEIN DE LA DIASPORA PAR LE HEZBOLLAH : Les révélations sur le clan Fawaz et ses ramifications au Sénégal
CANDIDATURE DE MACKY SALL À L’ONU : Plusieurs formations politiques sénégalaises affichent leur soutien
SUCCESSION D’ANTÓNIO GUTERRES À L’ONU : Macky Sall en pré campagne diplomatique à Paris
SUCCESSION SG ONU : Macky Sall, entre rancœur et espoir
SUCCESSION DE GUTERRES AU POSTE DE SECRÉTARIAT GÉNÉRAL DE L’ONU : Macky Sall officiellement dans la course
CANDIDATURE DE MACKY AU POSTE DE SG DE L’ONU : Ce n’est pas gagné !
Dans les secrets de la « Compagnie », le réseau russe chargé d’étendre l’influence de Moscou sur trois continents
COMMUNIQUÉ DE PRESSE : Air Sénégal lance la carte Trader pour accompagner les commerçants
DÉRIVES IMPÉRIALISTES : Vers la fin du multilatéralisme ?
COMMUNIQUÉ DE PRESSE : Air Sénégal intègre un B777 sur la ligne Dakar-Paris-Dakar
Air Sénégal s’engage sur sa première commande de Boeing 737 MAX
CRISE AU MALI : Bamako en alerte
COMMUNIQUE DE PRESSE : Air Sénégal accueille son 3ème Airbus A320
COMMUNIQUE DE PRESSE : Air Sénégal renforce sa flotte pour soutenir son réseau
67ᵉ ANNIVERSAIRE D’INDÉPENDANCE GUINÉE : Alpha Condé promet de « libérer la Guinée » et appelle à l’unité nationale
MASSACRE DE GAZA : La blague de Washington
MASSACRE DE GAZA : Les yeux braqués sur la Maison Blanche
G20-POLITIQUE ÉCONOMIQUE : L’Afrique dit stop !
SITUATION À GAZA : Le réveil timide des alliés
DIALOGUE POLITIQUE POUR LA CAPITALISATION DES RÉSULTATS DU PROGRAMME ADOS : Le Sénégal face aux défis des violences basées sur le genre