Publié le 25 Jul 2018 - 21:24
DENONCIATION CALOMNIEUSE

100 millions réclamés au DG de Café de Rome

 

C’est encore les prolongations dans l’affaire de vol qui avait secoué le Café de Rome en novembre 2016. Hier, le dossier était évoqué à la barre de la troisième Chambre correctionnelle du tribunal de grande instance de Dakar, par le truchement de la dame Marie Niang.

Cette dernière, qui a été relaxée en première instance et en appel, s’est retournée contre leur accusateur, notamment le Directeur général Michel Michelon. L’ex-réceptionniste l’accuse de dénonciation calomnieuse et lui a servi une citation directe. L’affaire avait été plaidée et mise en délibéré. Le DG n’avait pas comparu et avait sollicité un rabat du délibéré. C’est pourquoi les débats ont été rouverts à nouveau.

 Hier, dès la notification de la prévention, Me Yéri Ba s’est attaqué à la procédure. Il a demandé que la citation soit déclarée nulle car ‘’la qualité des personnes poursuivies doit être indiquée de façon claire, nette et précise’’. Il a également argué que Café de Rome n'existe pas légalement puisqu’il est une enseigne commerciale. L’avocat de la défense a soulevé aussi comme grief que le fait poursuivi n’est pas précisé et que l'article de la loi qui réprime la dénonciation calomnieuse n'ait pas été indiqué. Dans ses répliques, Me Assane Dioma Ndiaye a soutenu qu’aucun reproche ne peut être fait à la citation qui répond aux normes. Il a également rétorqué que Michelon est cité en sa qualité de DG. ‘’Nous lui avons opposé ce qu'il a mis sur sa plainte qu’il avait initiée contre ma cliente et ses collègues’’, a-t-il lancé à son confrère.

Le tribunal a préféré joindre l’exception au fond et a ordonné l’ouverture des débats. Dans sa déposition, Marie Niang est revenue sur les raisons de son action. Elle a commencé par expliquer que l’argent qu’on leur reprochait d’avoir volé provient des pourboires offerts par les clients qui logeaient à l'hôtel. Recadrée, elle a indiqué avoir fait 16 ans au Café de Rome comme réceptionniste avant d’être accusée injustement de vol. ‘’J'ai été traumatisée par 15 jours d'incarcération. J'ai fini par démissionner. Je suis malade depuis lors et traumatisée par cette affaire qui a terni mon image’’, a soutenu la partie civile.

 Le DG de Café de Rome a déclaré n’avoir aucune responsabilité sur ce qui est arrivée à son ex-employée. ‘’Lorsqu’on a constaté des manquants, nous avons mis en place une organisation contre un système et non contre des individus. Nous avons sollicité l'aide de la DIC qui a installé des caméras de surveillance. Ainsi des employés ont été arrêtés par la justice. Jamais nous n’avons ordonné l'arrestation de personnes. C'est la justice qui les a arrêtées’’, s’est défendu le prévenu. Mais d’après Me Assane Dioma Ndiaye, la plainte de Michel Michelon a eu des conséquences sur la vie de sa cliente. A l’en croire,  ‘’cette péripétie judiciaire’’ a causé à la dame Niang ‘’un préjudice moral, psychologique et économique car depuis sa détention, elle souffre d’un traumatisme psychologique attesté par un rapport médical.

 ‘’16 ans, c'est une vie ! Elle s'attendait à une rétribution mais son image a été ternie car il n'y avait aucun indice contre Marie Niang puisqu’elle était à la réception’’, a-t-il plaidé. A son avis, il y a une volonté de nuire car le prévenu a récidivé aussitôt après la relaxe des prévenus, en faisant appel. Pour la réparation, l’avocat a réclamé le montant de 100 millions de F CFA au titre de dommages et intérêts. Une demande qui a poussé Me Yéri Ba à accuser la dame de vouloir battre monnaie. A ses yeux, le délit n’est pas établi dans la mesure où ‘’ce n'est pas parce qu'une personne est relaxée que les faits ne sont pas établis’’. Surtout que, a-t-il relevé, certains ont été condamnés en appel. Dans la foulée, il a dénoncé l’absence de preuve attestant que Marie Niang est malade et victime de harcèlement. Et de relever qu’en portant plainte et en faisant appel,  Michel Michelon n’a fait qu’user d'un droit.

 Le Parquet n’a pas fait de réquisitoire.  Le dossier sera vidé le 14 août prochain.

 

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