Publié le 24 May 2019 - 01:40
DIALOGUE NATIONAL

Les syndicalistes se sentent lésés

 

Les travailleurs du Sénégal se disent exclus du dialogue national. En conférence de presse hier, les différents syndicats ont fustigé ce fait, en proposant des solutions pour la paix sociale.

 

Le dialogue national, tel que décliné en ce moment, ne fait pas l’unanimité. Et pour l’heure, plusieurs entités de la société sénégalaise se sentent lésées par cette initiative du chef de l’Etat qui doit être inclusive, selon eux. A cet effet, les centrales syndicales des travailleurs ont rencontré, hier, Alioune Tine, membre de la société civile et fondateur d’Africajom Center. Ce sont, entre autres, la Cnts, le Saes, le G7, le Sels/Authentique, l’Unsas… D’un commun accord, ils estiment qu’il ne peut y avoir de dialogue national sans les enseignants, le personnel de santé, les acteurs de la justice et la société civile.

Par ailleurs, les syndicalistes rappellent au président Macky Sall que toutes les composantes de la société doivent prendre part aux échanges. Du journaliste au citoyen lambda, en passant par l’agriculteur et l’éleveur.

‘’Le président a choisi d’inviter d’abord la classe politique. C’est normal, parce que nous sommes allés à des élections sans consensus ; il y a eu beaucoup de contestations durant la période électorale. Mais, heureusement, le Sénégal s’en est sorti. Mais le dialogue national ne peut se limiter à la chose politique ou électorale. La gouvernance économique et sociale, la gouvernance des institutions sont autant de questions qui nous interpellent tous. Elles doivent faire partie du débat national pour un quinquennat apaisé et chacun en tirera profit’’, déclare Pape Diallo, syndicaliste. 

Pour ces travailleurs, tant que l’éducation, représentant ‘’l’industrie du capital humain’’, sera sous perfusion, le pays aura du mal à aller de l’avant. En outre, les syndicalistes demandent la concrétisation des recommandations, suite à l’étude sur le système de rémunération au Sénégal. Et Pape Diallo d’expliquer : ‘’Cet aspect concerne tous les travailleurs du Sénégal. Il y en a tellement parmi eux qui travaillent dur sans être payés. L’étude a révélé un système de rémunération inadéquat, injuste et truffé d’iniquités et de disparités économiques. Partout dans le monde, la justice sociale est la source de toutes les révolutions. C’est un point saillant qui doit être pris en charge par le dialogue national.’’

Par ailleurs, tous déplorent la suppression du poste de Premier ministre pour deux raisons. D’abord, ce dernier faisait régulièrement face aux syndicalistes pour discuter de leurs revendications ; ce qui ne se fait plus depuis la période électorale. Aussi, ils ajoutent que son poste a été supprimé sans une large consultation.

‘’Le discours du président, le 1er mai, tue l’espoir’’

Du côté des enseignants, on se demande à quand l’application du protocole d’accord signé en 2018. Ces derniers affirment constituer 70 % des travailleurs de la Fonction publique, mais ne touchent que 11,6 % de la masse salariale, soit 150 milliards sur 1 000 milliards de francs Cfa. Selon M. Dramé du G7, ‘’Il y a de quoi se poser des questions. Où passe le reste de cet argent ? Comment est-il réparti ? Au Sénégal, l’Etat est toujours prompt à signer, mais n’est jamais prêt pour appliquer’’.

Autant de couacs auxquels s’ajoute le discours du 1er mai du chef de l’Etat. ‘’Ce jour si symbolique devait être l’occasion, pour lui, de féliciter et d’encourager ses travailleurs. Au lieu de cela, il a prononcé un discours qui tue l’espoir. C’est décourageant et démotivant’’, fustige Pape Diallo.

En somme, le Sénégal souffre de beaucoup de dysfonctionnements qui n’apparaissent pas dans le dialogue national.

Pour corriger cet impair, le professeur Amsatou Sow Sidibé propose : ‘’Il faut qu’on mette sur pied un comité d’observation qui aura une mission d’orientation de suivi et d’évaluation. Il sera chargé, sur deux mois de travail, d’inclure dans le dialogue national le droit des travailleurs, la sécurité intérieure du pays, le rôle de l’Assemblée nationale, la pauvreté qui, pour moi, est le problème sous-jacent à tout ce qui se passe aujourd’hui. L’esprit du Sénégalais lambda est occupé par une question de survie, la politique n’occupe qu’une minorité dans ce pays. Alors, ce comité gèrera toutes ces questions de manière concomitante.’’ 

Selon elle, le terme ‘’dialogue’’ ne sied pas au contexte, parce que plusieurs composantes sont interpellées. Il faudrait plutôt parler de concertation, signale-t-elle, tout en appelant de ses vœux une discussion approfondie et inclusive. ‘’J’ai nourri beaucoup d’espoir, lorsque j’ai entendu l’appel au dialogue national du chef de l’Etat. Mais grande a été ma surprise, lorsque je me suis rendue compte qu’il s’agissait plutôt d’un dialogue électoral’’, se désole-t-elle.

Le fondateur d’Africajom, Alioune Tine, quant à lui, affirme que ‘’l’heure est à la discussion afin de préserver l’héritage de paix laissé par les ancêtres, vu les nombreux troubles constatés dans les pays environnants’’.

EMMANUELLA MARAME FAYE

 

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