Publié le 23 Nov 2023 - 19:32

En Côte d’Ivoire, peur sur la récolte de cacao après de trop fortes pluies

 

Suite à des précipitations exceptionnellement fortes en juillet, les récoltes de fèves de cacao du premier producteur mondial s’annoncent très faibles.

« Depuis trente ans que je suis dans le cacao, c’est la pire saison. » Dans le sud de la Côte d’Ivoire, Siaka Sylla contemple dépité l’entrepôt de sa coopérative quasiment vide : après des pluies exceptionnellement fortes, la récolte du premier producteur mondial s’annonce très faible.

En cette chaude matinée de novembre, de rares camions arrivent des plantations pour déposer quelques dizaines de sacs de fèves de cacao à la coopérative Scapen, du village d’Hermankono, près de Divo. « Il a trop plu cette année ! D’habitude à cette période, les camions font la queue pour décharger ! Là, on a à peine 200 sacs alors qu’on peut en stocker dix fois plus », déplore M. Sylla, président de la coopérative qui regroupe près de 1 500 planteurs. Il s’attend à une récolte trois à quatre fois moins importante qu’en 2022.

Dans les champs de cacao, le constat se vérifie. Au bord d’une piste où seules les motos peuvent se faufiler, Bamoussa Coulibaly récolte quelques rares cabosses jaune-rouge sur les nombreux cacaoyers.

Cette année, le mois de juillet a été particulièrement pluvieux dans le sud de la Côte d’Ivoire, pile au moment de la floraison du cacao et « les fleurs sont tombées », explique cet ouvrier agricole pour justifier sa maigre récolte. Et parmi les cabosses qui ont résisté, certaines ont pourri, là encore, à cause de l’humidité trop importante.

Hausse des pluies de 20 à 40 %

Dans certaines zones, les précipitations enregistrées depuis le début de l’année ont été de 20 à 40 % supérieures à la moyenne de 1991 à 2020, selon les chiffres de l’agence météorologique ivoirienne Sodexam. Or, le cacao a besoin d’une subtile alternance entre ensoleillement et précipitations pour s’épanouir pleinement.

A quelques kilomètres d’Hermanokono, dans la brousse proche de N’Douci, Monique Koffi Amenan patauge dans un champ marécageux, vestige des précipitations inhabituelles qui ont fait déborder pendant plusieurs semaines le cours d’eau voisin. « Cette année, ce qu’on a récolté, ça ne va même pas remplir un sac, au lieu de deux sacs normalement. La pluie a fait pourrir le cacao », explique cette quadragénaire qui exploite ce champ avec son mari depuis dix ans.

 « Nous avions prévu une baisse de 20 % par rapport à l’an dernier et nos prévisions se confirment. Avec les importantes pluies, beaucoup de cabosses ont pourri », confirme à l’AFP Yves Brahima Koné, patron du Conseil café cacao (CCC), l’organisme de réglementation du secteur dans le pays.

Premier producteur, la Côte d’Ivoire fournit environ 40 % du cacao mondial. Dès juillet, anticipant une mauvaise année, elle a suspendu la vente des contrats d’exportation. Résultat : les prix du cacao battent des records sur les marchés financiers. A Londres, la tonne de cacao culminait le 10 novembre à 3 478 livres sterling (près de 4 000 euros), un record depuis 1989, tandis qu’à New York, elle a dépassé la barre des 4 000 dollars, au plus haut depuis fin 1978, soit quarante-cinq ans.

Inquiétude des producteurs

Après les pluies, la situation pourrait rester critique, puisque la résurgence du phénomène climatique El Nino fait craindre des périodes de sécheresse prolongée en Afrique de l’Ouest. « C’est une preuve que le dérèglement climatique frappe davantage les pays en développement », assène l’économiste ivoirien Séraphin Prao.

Mais en attendant une éventuelle répétition du phénomène la saison prochaine, les producteurs s’inquiètent pour leurs finances à court terme. En Côte d’Ivoire, le prix d’achat bord champ du cacao est fixé par le gouvernement. A 1 000 francs CFA le kilo (1,5 euro), il est plus élevé cette année que lors des dernières saisons, mais la faiblesse des volumes va provoquer un manque à gagner pour de nombreuses familles.

Selon la Banque mondiale, le cacao fournit un revenu à un cinquième de la population ivoirienne. « Mes enfants vont à l’école, j’en ai un qui entre en 6et une autre qui passe le BTS. Mais si le cacao ne produit pas, comment on va faire ? », s’alarme Monique Koffi Amenan.

« Dans un système libéralisé, les planteurs seraient gagnants dans le contexte actuel, car le cacao atteint des niveaux record. Au Cameroun par exemple, où le prix n’est pas fixé par l’Etat, le kilo de cacao se vend deux fois plus cher », souligne Séraphin Prao.

De retour à la coopérative d’Hermankono, Siaka Sylla veut malgré tout croire que la récolte intermédiaire, qui a lieu en avril, sera meilleure. « Mais ça ne rattrapera pas le manque à gagner », soupire-t-il.

Le Monde avec AFP

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