Macky Sall n’est pas le seul candidat sans le soutien de son pays

La candidature de l’ancienne ministre équatorienne María Fernanda Espinosa Garcés, transmise hier aux États membres par une lettre conjointe des Présidents de l’Assemblée générale, Annalena Baerbock, et du Conseil de sécurité, Fu Cong, dont EnQuête a obtenu copie auprès de ses sources onusiennes, met en lumière une réalité souvent absente du débat public : dans la course à la succession d’António Guterres, trois candidats sur cinq ne sont pas présentés par leur propre pays.
Selon le document officiel onusien diffusé le 12 mai 2026, Mme Espinosa est présentée par Antigua-et-Barbuda - et non par l’Équateur, dont elle fut pourtant ministre des Affaires étrangères et qu’elle représenta à la présidence de la 73e session de l’Assemblée générale en 2018-2019. La page officielle des Nations Unies consacrée au processus (un.org/en/sg-selection-and-appointment) précise que l’ancienne présidente chilienne Michelle Bachelet poursuit sa candidature sur la base des seules nominations du Brésil et du Mexique : le Chili lui a retiré son soutien le 25 mars 2026 sous la présidence de José Antonio Kast, par une lettre conjointe enregistrée sous la cote A/80/694-S/2026/226. Quant à Macky Sall, il a été nominé le 2 mars 2026 par le Burundi, en sa qualité de président en exercice de l’Union africaine.
Seuls deux candidats sur cinq bénéficient du parrainage de leur pays d’origine, selon la même source : Rebeca Grynspan, secrétaire générale de la CNUCED, présentée par le Costa Rica, et Rafael Grossi, directeur général de l’AIEA, présenté par l’Argentine. La cinquième candidature, celle de la diplomate argentine Virginia Gamba présentée par les Maldives le 11 mars (A/80/671-S/2026/168), a été retirée fin mars.
Une pratique conforme aux textes
Cette configuration est parfaitement régulière. La résolution 79/327 de l’Assemblée générale, adoptée le 5 septembre 2025 et qui encadre le processus de sélection, n’exige nullement qu’un candidat soit présenté par son pays. Chaque État membre dispose d’une nomination, à utiliser au profit du candidat de son choix, ressortissant ou non, comme l’a rappelé la lettre conjointe d’ouverture du processus du 25 novembre 2025 (A/80/544-S/2025/765).
Cette latitude traduit une doctrine ancienne des Nations Unies : le Secrétaire général n’est pas le représentant d’un État, mais un haut fonctionnaire international au service de 193 nations. Les précédents abondent, dès la course de 2016.
Ce qui se joue réellement
Trois des cinq candidats sont issus d’Amérique latine et des Caraïbes - région qui revendique ouvertement la rotation, comme l’a rappelé la déclaration du sommet de la CELAC du 21 mars 2026, citée par le centre d’analyse Amani Africa dans sa note d’avril sur le dossier. L’arrivée de Mme Espinosa renforce cette concentration régionale et durcit l’équation pour la candidature africaine, déjà fragilisée par la rupture du silence par une vingtaine d’États africains le 27 mars, qui a empêché l’endossement formel de l’Union africaine - un épisode documenté notamment par Amani Africa, par la revue juridique Opinio Juris (5 mai 2026) et par la publication new-yorkaise PassBlue.
Selon des sources diplomatiques consultées par EnQuête, l’entrée tardive de la candidature équatorienne pourrait également peser sur les arbitrages en cours au sein du groupe latino-américain et caribéen (GRULAC), où la coordination autour d’un nom unique reste pour l’instant introuvable.
Mais la décision se prendra ailleurs, selon d’autres règles : au Conseil de sécurité, dans les straw polls, sous le verrou des cinq membres permanents - Chine, États-Unis, France, Royaume-Uni, Russie - dont chacun dispose d’un droit de veto. C’est là, et là seulement, que la course sera tranchée.






