Ousmane Sonko scelle sa rupture avec Diomaye Faye

Reconduit à la tête de son parti lors du premier congrès national, le président de l’Assemblée nationale a rempli le Dakar Arena ce dimanche. Entre messages de fidélité à sa base, piques acerbes contre les « marchands de crise » et officialisation du divorce politique avec le président Bassirou Diomaye Faye, le leader des Patriotes se positionne déjà pour les futures échéances électorales.
Pastef voulait marquer le coup ce dimanche au Dakar Arena. Quelques heures après avoir été officiellement reconduit à la tête de son parti pour un nouveau mandat, Ousmane Sonko a été accueilli par une foule compacte de militants et de sympathisants venus de plusieurs régions du pays. Dans un contexte de séparation désormais assumée avec le chef de l'État, Bassirou Diomaye Faye, cette mobilisation spectaculaire sonne comme une réponse directe à ceux qui prédisaient l'affaiblissement de son leadership. L’entrée du président de PASTEF, sous les ovations de ses partisans, a donné le ton d'une rencontre où les symboles ont compté autant que les discours.
Le pacte de fidélité à « la force du PASTEF »
Prenant la parole devant une assemblée surchauffée, Ousmane Sonko a d’abord tenu à adresser un message de fidélité et de reconnaissance à la base du parti, qu'il considère comme la principale force de son organisation. « Je ne trahirai jamais les militants que vous êtes », a-t-il déclaré avec fermeté.
Selon lui, l'engagement et la détermination des Patriotes suscitent l'admiration, mais aussi l'envie de leurs adversaires politiques. Ce que certains peinent à accepter, affirme-t-il, c'est « cette volonté commune de faire avancer le pays » qui unit les militants autour d'un même idéal.
Invoquant les principes qui guident son action, il a martelé : « Ma dignité, ma religion, mon éducation et mes valeurs ne connaissent pas la trahison », tout en affirmant mesurer pleinement la portée du choix porté sur sa personne, l'aboutissement d'un long parcours politique et militant.
La rupture avec les « pratiques du Palais »
Marquant sa différence avec une certaine conception du pouvoir qu'il dit rejeter, le chef du gouvernement n'a pas ménagé ses critiques envers l'entourage présidentiel ou le sommet de l'État. « Je n'ai pas la même lecture du pouvoir que certains. Il existe des personnes qui, une fois élues, regardent les autres de travers et se croient au centre de tout. Ce n'est pas mon cas », a-t-il soutenu.
Revenant sur les tensions internes qui ont traversé le parti ces derniers mois, il a rappelé avoir très tôt alerté sur l'existence de divergences et de manœuvres susceptibles de fragiliser l'organisation. « Quand j'ai commencé à souligner certaines divergences au sein du parti, on disait que j'étais pressé. Pourtant, j'avais parlé d'un avant, d'un pendant et d'un après novembre-décembre », a-t-il rappelé, estimant que l'heure est désormais à la clarification.
Loin d'avoir été affaibli par ces remous, le parti en ressortirait consolidé, selon son président : « PASTEF est plus que jamais la plus grande force politique du pays. Si nous sommes à 54 % aujourd'hui, nous serons à 75 % demain. »
Le bilan de la Primature face aux « marchands de crise »
Ousmane Sonko a profité de cette tribune pour revendiquer haut et fort le leadership des réformes majeures engagées depuis l'alternance, positionnant la Primature comme le véritable moteur de la rupture. « Pendant ces mois au gouvernement, la bataille contre la corruption, pour la justice, pour la renégociation de nos contrats et la récupération de nos avoirs se faisait à la Primature. Tout le monde sait qui voulait rompre avec les anciennes pratiques et qui veut aujourd'hui les restaurer », a-t-il lancé.
Abordant les relations tumultueuses entre les institutions, il a qualifié d’« prévisibles » certaines incompréhensions actuelles. Mais c'est son attaque contre ceux qu'il appelle les « marchands de crise » qui a le plus marqué les esprits. Sans citer de noms, il a accusé certaines personnalités d'entretenir artificiellement l'idée d'un conflit au sommet de l'État : « Les marchands de crise, qui se nourrissent de cela, qui sont reçus au Palais et qui en sortent avec des enveloppes, veulent faire croire aux Sénégalais qu'il existe une crise institutionnelle. Ce n'est pas le cas. Il n'y a pas de crise. Cette configuration n'est pas synonyme de guerre. La Constitution sépare les rôles entre l'Exécutif et le Législatif. »
« Ce pays a assez souffert des complots et des combines », a soutenu Ousmane Sonko, exhortant chaque institution à jouer son rôle sans se laisser instrumentaliser. En passant, il a chargé le président Diomaye Faye : « Même si le président veut satisfaire des ambitions politiques, il ne faut pas accepter qu’il fragilise les institutions », a-t-il ajouté.
Dans la même veine, il a demandé aux forces de l’ordre et de sécurité de ne pas suivre l’Exécutif dans ses desiderata et de refuser de suivre et d’exécuter des ordres ‘’manifestement illégaux’’.
Cap sur les urnes et les locales de 2027
Pour le Premier ministre, les rivalités et les ambitions personnelles ne doivent pas prendre le dessus sur les préoccupations quotidiennes des Sénégalais. Lancé dans une diatribe contre l'inaction ou les calculs précoces de ses détracteurs au sein du pouvoir, il a asséné : « Pendant que je travaillais d'arrache-pied à la Primature, certains pensaient déjà au deuxième mandat. »
Il a ainsi mis en garde contre toute tentative d'entraver le fonctionnement normal des institutions pour des raisons politiciennes. « L'Exécutif doit penser à régler les problèmes des Sénégalais. C'est comme cela qu'il pourra prétendre à un autre mandat », a-t-il déclaré, avant de marteler : « Nous qui détenons l'Exécutif devons travailler exclusivement pour l'intérêt du pays. Ne bloquez rien pour des combats politiques. »
Appelant à ce que « que chacun joue son rôle », il a exhorté les structures du parti à se mobiliser pour préparer les prochaines échéances, mettant en garde contre toute éventualité de report des élections locales prévues en 2027. C'est finalement vers le peuple qu'Ousmane Sonko a renvoyé ses adversaires pour arbitrer ce duel au sommet : « Dans deux ans et demi, les Sénégalais choisiront. »
D’ailleurs, il ne veut pas entendre parler d’un report des élections locales. « Pastef ne sera jamais d’accord pour un report des élections locales », a lancé le président de l’Hémicycle devant ses partisans, tout en rappelant que, « pour le faire, il faut passer par l’Assemblée et voter une loi d’habilitation. »
Si les observateurs rappellent qu'un meeting partisan ne constitue pas une mesure scientifique de l'opinion publique, le signal envoyé depuis le Dakar Arena est clair : en plaçant son parti en ordre de bataille, Ousmane Sonko prouve qu'il entend rester le maître du jeu politique sénégalais. La véritable épreuve du rapport de force avec Bassirou Diomaye Faye se jouera désormais dans les urnes.
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OUSMANE SONKO AU CONGRÈS DE PASTEF À DIAMNIADIO
« Une brèche historique s'est ouverte »
Réélu à la tête de son parti lors du premier Congrès ordinaire de PASTEF-Les Patriotes ce samedi 6 juin 2026 à Diamniadio, Ousmane Sonko a prononcé un discours fleuve aux accents de manifeste historique. Devant des délégués venus des 553 communes du Sénégal et de la diaspora, le leader souverainiste a acté la mutation de son organisation, passant d'un mouvement de rupture à un parti de transformation révolutionnaire. Entre mise en garde contre l'embourgeoisement, bilan des premières réformes économiques et fidélité absolue à la mémoire des martyrs, le président du parti au pouvoir trace la voie d'une rupture systémique.
Le sacre de Diamniadio
Douze ans après sa création en 2014, PASTEF-Les Patriotes s'est offert une démonstration de force structurelle et intellectuelle au Centre des expositions de Diamniadio. Loin de n'être qu'une simple messe électorale, ce congrès a validé des dizaines de rapports, thèses et textes d’orientation, consacrant le parti comme une véritable « force de pensée, d'organisation et de transformation ».
Reconduit sans surprise à la présidence de la formation, Ousmane Sonko a immédiatement refusé tout triomphalisme. Pour lui, l'accession aux responsabilités de 2024 n'est pas une fin en soi, mais l'ouverture d'une « brèche historique » qu’il s’agit désormais de consolider. Rappelant les années de persécution, de dissolution administrative et de violences policières, il a salué la résilience de la jeunesse et du peuple sénégalais. « On peut dissoudre un parti sur le papier, mais on ne dissout pas une espérance devenue collective », a-t-il martelé, en référence à la survie clandestine du parti avant l'abrogation de sa dissolution en mars 2024.
« Nous ne sommes pas réunis pour célébrer une victoire électorale comme on célèbre une fin. Nous sommes réunis parce qu'une brèche historique s'est ouverte et qu'il nous revient désormais de décider ce que nous allons en faire. »
La doctrine : Un panafricanisme souverainiste et populaire
Au cœur du projet décliné à Diamniadio figure une matrice idéologique inflexible : « un panafricanisme souverainiste de transformation démocratique » S'inscrivant dans la filiation d’intellectuels et leaders africains tels que Cheikh Anta Diop, Frantz Fanon, Amilcar Cabral, Kwame Nkrumah et Thomas Sankara, Ousmane Sonko a théorisé l’urgence d'une rupture avec l'État postcolonial. Le président de PASTEF a fermement rejeté deux impasses politiques : d'une part, le « réformisme tiède qui administre les dépendances sans les combattre » ; d'autre part, le « volontarisme autoritaire qui prétend parler au nom du peuple tout en l'éloignant des décisions ».
Pour réussir ce basculement, le leader s'appuie sur la construction d’un « bloc populaire » englobant la jeunesse, les travailleurs de l'informel, les femmes, les paysans, le monde de la culture, la diaspora, ainsi que les grandes traditions spirituelles du pays. « La souveraineté politique, sans souveraineté économique, n'est qu'un drapeau flottant sur la dépendance. La souveraineté économique, sans justice sociale, devient le privilège de quelques-uns. »
Abordant l'exercice du pouvoir, Ousmane Sonko a défendu la méthode globale de l'appareil gouvernemental actuel sous la bannière de « l’État stratège », faisant écho aux intuitions originelles de Mamadou Dia. Il a notamment valorisé le choix de l’honnêteté budgétaire : « Nous avons choisi la vérité plutôt que la dissimulation en révélant l’ampleur réelle de la situation financière héritée du passé ».
Parmi les accomplissements majeurs de cette première phase de gouvernance, le leader de PASTEF a mis en exergue la lutte contre la corruption, la rationalisation de l'administration et, surtout, le chantier hautement stratégique de la renégociation des contrats miniers, pétroliers et gaziers. L'objectif affiché est de garantir que les richesses nationales profitent en priorité aux populations sénégalaises et au développement des services de base (écoles, hôpitaux, infrastructures) plutôt qu'à des intérêts étrangers ou à des minorités rentières.
« Car un pays ne peut parler de souveraineté lorsque ses richesses financent d’abord la prospérité des autres pendant que ses propres populations croulent sous l’endettement, la pauvreté et la précarité. »
Mise en garde interne : refuser le piège de « l'élite de remplacement »
L'un des moments les plus intenses et politiques du discours a sans doute été l'adresse directe d'Ousmane Sonko à ses propres troupes, à ses cadres et à ses élus. Conscient des pièges classiques qui guettent les mouvements révolutionnaires parvenus au sommet de l'État, il a vigoureusement dénoncé toute velléité d'embourgeoisement ou de distanciation vis-à-vis de la base sociale du parti.
Le président de PASTEF a explicitement alerté contre le risque de voir la révolution s'étouffer sous une « routine administrative » ou se limiter à une banale alternance politique. Le parti, selon lui, doit rester le « levain de la révolution » et ne jamais muter en une simple machine électorale coupée de la réalité historique collective. « Le plus difficile n’est pas toujours de conquérir le pouvoir. Le plus difficile est de rester fidèle à la mission pour laquelle le peuple vous l’a confié. Nous n’avons pas le droit de devenir une élite de remplacement. Ces bourgeoisies nationales qui remplacent la domination sans transformer les structures qui la produisent. »






