Publié le 18 Jan 2018 - 09:34
EN PRIVE AVEC AMADOU ELIMANE KANE (ECRIVAIN)

‘’Trump est un idiot béni’’

 

Poète, romancier et auteur prolifique, Amadou Elimane Kâne vient de sortir le troisième roman de sa dernière trilogie romanesque intitulé ‘’Moi, Sidia Diop ou l’astre d’espérance de la Sénégambie au Brésil’’. Dans cet entretien   avec EnQuête, il revient sur ses trois derniers ouvrages qui traitent de questions liées à l’Afrique. Pour ensuite donner son point de vue sur le discours de Trump.

 

Pouvez-vous nous parler de la dernière trilogie que vous venez de faire paraître ?

C’est une trilogie qui s’inscrit dans la dynamique de l’appropriation et de la réappropriation de notre patrimoine culturel. Le premier ouvrage sorti dans ce sens est ‘’Moi, Ali Yoro Diop ou la pleine lune initiatique’’. Ali Yoro Diop est un homme qui a vécu pendant la période coloniale et qui s’est opposé aux colons. Ce qui est consécutif à une situation d’injustice et il a proposé aux uns et aux autres la justice universelle. Pendant cette période, comme vous le savez, la vérité était souvent écrasée et Ali Yoro a été présenté comme un malade mental. Pour aujourd’hui faire signifier à la postériorité qui était Ali Yoro Diop, toujours dans cette dynamique de la réécriture de notre récit, j’ai fait immerger son histoire. Ainsi, je montre qu’Ali Yoro Diop était un homme normal, digne et qui se battait tout simplement pour la justice.

Le deuxième ouvrage de cette trilogie est ‘’Moi, Rokhaya Diop ou la négresse fondamentale qui déplie le temps’’. Au moment où les uns et les autres parlent de fortes vagues migratoires, j’ai voulu leur montrer que tout réside dans le travail et l’exigence. Les uns et les autres, nous sommes tous capables de... J’ai donc voulu montrer, dans ce deuxième volume, qu’un émigré est capable de… comme tous les autres êtres.

Dans le troisième, c’est Sidia. Dans ce livre aussi, j’ai voulu montrer que, souvent, on a caricaturé notre histoire. Ce dernier était un homme intègre, qui se battait pour la dignité humaine. Sidia est aussi le fils d’une de nos grandes reines, Ndatté Yalla, qui a été exilée au Gabon où elle est décédée. J’ai eu le souci de réexpliquer à la postérité qui était Sidia et l’inscrire dans ce que j’appelle la justice cognitive.

Quel est le rapport entre ces trois personnages, de manière précise ?

Le lien est que tous ces personnages se sont battus pour la dignité humaine, la justice, la fraternité et l’égalité. Ils ont porté aussi ces belles valeurs africaines de Ubuntu. Ces dernières qui ont été portées dans la Charte du Mandé, l’Almamia de Souleymane Baal et Abdel Kader Kâne. J’avais donc cette forte envie de montrer qu’à partir de cette femme, Rokhaya, et de ces hommes, Sidia et Ali Yoro Diop, que l’Afrique avait de belles valeurs, qu’elle avait des choses à enseigner sur les questions humaines, qu’elle avait des choses à partager avec l’humanité. La culture africaine peut être utilisée comme un outil de compréhension de l’humain.

Ce n’est pas votre première trilogie. Vous en avez fait bien d’autres. Pourquoi sortir toujours trois livres ainsi ?

C’est parce que tout simplement j’ai toujours envie d’aller jusqu’au bout de mes interrogations et c’est ce qui fait que j’aime les trilogies. D’ailleurs, c’est le cas dans tous les domaines. Que cela soit au niveau de la pédagogie, de la poésie, du roman, je procède toujours de cette manière. Je pose toujours le premier, ensuite il m’en faut un deuxième puis un troisième. C’est tout simplement une question de responsabilité et d’assumer ma réflexion en allant jusqu’au bout.

Vous êtes un auteur prolifique. Qu’est-ce qui fait parler votre muse ?

C’est toujours le fait de contribuer à la réécriture de l’histoire africaine, du récit africain qui me porte, qui est ma muse. Je travaille pratiquement pendant 56 ou 57 heures par semaine. Tout ceci est le fruit de ces valeurs qui m’habitent et qui sont des valeurs de savoir, de travail et de justice.

Pourquoi vos thématiques sont toujours liées au continent noir, au-delà du fait que vous êtes africain ?

Je viens de ce continent, comme vous dites, et avec la mondialisation aujourd’hui, c’est à nous de faire signifier ce que nous sommes et ce que nous avons. C’est dans ce souci-là et également par-delà s’inscrire dans une dynamique humaine. Qu’on soit en Europe, en Amérique ou en Afrique, en dernière instance, nous sommes tous des êtres humains.

Au moment où certains pensent que c’est aux puissances étrangères d’aider l’Afrique à se développer, vous, vous restez convaincu que le développement du continent se fera par ses fils. Qu’est-ce qui devrait être fait pour que l’Afrique se relève ?

Pour cela, je vais le redire encore, il nous faut porter la réécriture de notre récit, du récit africain, parce que nous y avons tellement de choses extraordinaires. Nous avons tellement de choses à partager et à faire partager. Aujourd’hui, quand on observe tout autour de l’Afrique, quand on voit ce qui se passe en Occident, on se rend compte que l’Occident est traversé par une crise morale, intellectuelle et même métaphysique. Regardez cependant l’Afrique. Malgré les conditions dans lesquelles les uns et les autres vivent, l’Afrique est toujours dans cette dynamique d’harmonie, de fraternité. Il y a des valeurs africaines telles que celles Ubuntu, c’est-à-dire ‘’je suis parce que tu es’’.

En voilà des valeurs que nous, nous devrions porter pour pouvoir aider l’humanité et la faire sortir de cette période de barbarie. Vous avez récemment entendu des discours barbares comme celui de Donald Trump sur ces hommes qui se déplacent. Ce que Trump oublie, c’est que depuis que l’humanité existe, les hommes se sont toujours déplacés en fonction des besoins moraux, économiques, politiques. La culture africaine a ses outils-là de compréhension. C’est pour cela qu’aujourd’hui, moi je suis de ceux qui pensent que l’Afrique peut aider l’Occident. L’Afrique peut faire sortir l’Occident de cet impasse où, on le sait, tout tourne autour du matériel. L’Occident a oublié que c’est l’humain qui fabrique le matériel. Cependant, chez nous, nous n’avons pas encore oublié cela. On continue à vivre de manière très belle et on sait que c’est nous autres, l’humain qui est au centre. C’est cette valeur que j’ai envie de partager.

Que vous inspire le personnage de Trump ?

Les discours de Trump n’ont plus lieu d’être, dans la mesure où on sait, avec tous les outils dont on dispose, qu’il n’y aucune vie qui est supérieure à une autre, qu’un homme qui pense être au-dessus d’un autre homme est un homme aliéné. Comme aussi un homme qui pense être en dessous d’un autre est un homme aliéné. Pour moi, Trump est un idiot béni, tout simplement. Il est comme Bokassa, pour moi, parce que pendant très longtemps, on a caricaturé l’Afrique à partir de certains de ses dirigeants. C’est pour montrer le peuple qu’on est, ce sont des moments de faiblesse et aussi des moments de force. Et aujourd’hui, le peuple américain est en train de traverser des moments de faiblesse.

Avoir un président de cet acabit, je suis désolé, ça me fait penser à nous, à l’époque, avec notre Bokassa qui, effectivement, racontait aux gens des bisbilles. Aujourd’hui, c’est pour dire en fait qu’il n’y a pas qu’en Afrique qu’on note des régressions. Même là, je peux convoquer à un moment la France où il y a eu des hommes comme Sarkozy. Pour moi, ce sont des périodes de régression, il faut oser le dire. On nous a tellement installés dans l’auto-flagellation, dans la négation qu’on n’analyse pas, comme disait l’autre poète, que tout ce qui est humain ne nous est pas étranger. Ce qui se passe chez nous, se passe ailleurs également. Elles peuvent être des choses belles comme elles peuvent être laides. 

 BIGUE BOB

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