Publié le 2 Feb 2016 - 13:40
L’AFFAIRE IDRISSA SECK…

Beaucoup de bruit pour rien?

 

Mis en cause dans une affaire politico-financière censée expliquer sa brouille avec Abdoulaye Wade, Idrissa Seck dénonce une fable complaisamment relayée par l’entourage présidentiel.

 

En guise de tapis rouge, pour son come-back politique après dix-huit mois de retraite volontaire, Idrissa Seck a trouvé une vulgaire peau de banane. En l’occurrence, un scandale comme le Sénégal les affectionne, mêlant querelles fratricides entre anciens alliés et milliards de F CFA à la provenance douteuse. Lancées le 13 janvier par un obscur site internet, les révélations dont il est l’épicentre sont censées livrer la clé d’un feuilleton qui a tenu le Sénégal en haleine voici dix ans : l’origine de la brouille spectaculaire entre l’ex-président Abdoulaye Wade et son ancien Premier ministre, que chacun considérait comme un probable dauphin.

C’est sur la base d’une simple phrase, attribuée par le site Afrique confidentielle à l’ancien chef de l’État, que l’affaire a débuté. «Il a volé mon argent : 74 milliards de F CFA!» aurait déclaré Abdoulaye Wade devant «un leader de parti sénégalais» en 2007. Sans le nommer ni fournir d’éléments tangibles à l’appui de ses affirmations, le site échafaude un scénario difficilement vérifiable : il est question d’un compte ouvert dans une agence parisienne de la Société générale au début des années 2000. Celui-ci aurait notamment été alimenté par des versements koweïtiens destinés aux caisses de l’État, et le tandem Wade-Idy est supposé avoir disposé de la double signature leur permettant d’effectuer des retraits. Cette gestion conjointe serait à l’origine du litige.

Une thèse «séduisante», mais «peu fiable»

L’ex-président et son ancien Premier ministre auraient donc scellé le «fameux protocole de Rebeuss (la prison dakaroise où Idy a passé six mois avant d’être blanchi)» afin d’éviter tout déballage fâcheux à propos de cette manne clandestine. «C’était un mensonge du temps d’Il est midi, c’est un mensonge aujourd’hui et ça sera un mensonge jusqu’à l’extinction du soleil», a sobrement réfuté Idrissa Seck, dans une allusion au défunt journal qui avait relayé avec complaisance les accusations à l’origine de ses ennuis judiciaires, en 2005.

La thèse d’Afrique confidentielle est séduisante. Mais au vu de l’articulet publié sur le site, qui se contente de recycler, sans la moindre enquête, une rumeur ancienne, difficile de lui accorder du crédit. Édité à Washington par un «institut de sondage et d’études stratégiques américain», ce site dépourvu d’organigramme et de directeur de publication, dont les premiers articles, non signés, datent de juin 2015, n’a pas encore fait ses preuves en matière d’investigation. Remarquant que trois articles y ont déjà été consacrés aux supposées turpitudes d’Idrissa Seck, l’entourage de ce dernier y voit un possible «sous-marin» à la solde de quelque clan politique hostile au patron de Rewmi.

Entre anciens «frères» libéraux, la guerre des casseroles fait rage

Dans le camp présidentiel, on s’est aussitôt précipité sur l’affaire, qui a le mérite d’éclabousser un éphémère allié devenu opposant, adepte des piques sarcastiques contre le bilan et la gouvernance de Macky Sall. À peine l’affaire rendue publique, des militants de l’Alliance pour la République (APR) annonçaient donc leur intention de «saisir l’Ofnac (Office national de lutte contre la fraude et la corruption) et de déposer une plainte au parquet de Paris».

Une démarche que l’on peut interpréter comme la réponse du berger à la bergère, un mois après l’exploitation par l’opposition (dont Rewmi ) des déclarations de Lamine Diack, l’ancien président de la Fédération internationale d’athlétisme mis en examen à Paris pour corruption après avoir notamment évoqué un possible financement de l’opposition sénégalaise par des pots-de-vin de 2009 à 2012.

Entre anciens «frères» libéraux, la guerre des casseroles fait rage, à base de scandales politico-financiers réels ou supposés. Tel un verre de thé à la menthe, ces derniers contiennent pourtant beaucoup de mousse, beaucoup de sucre, mais peu de breuvage.

Jeune Afrique

 

Section: 
Mouvement DKA
LICENCES DE PÊCHE : Les zones d’ombre de la chaîne décisionnelle
Commissions d’enquête parlementaire
LICENCES DE PÊCHE : La CEP remonte la chaîne des décisions
ENQUETE PARLEMNATIRE/PATRIMOINE BÂTI DE L’ÉTAT : Baux emphytéotiques, données incomplètes, actifs récupérés : les zones d’ombre d’un patrimoine mal maîtrisé
ENQUÊTES PARLEMENTAIRES : Le Forum Civil veut étendre le contrôle aux véhicules de l’Assemblée et de l’ONRAC
ÉLECTIONS EN GUINÉE-BISSAU : Dakar demande des garanties sur la fin de la transition
“UN ÉTUDIANT, UN ORDINATEUR” : La chaîne de passation des marchés sous le microscope
“UN ÉTUDIANT, UN ORDINATEUR” : Radioscopie d’une politique publique
CÉRÉMONIES DE PASSATION DE SERVICE : La Primature exige la « sobriété la plus stricte »
AFFAIRE SOFTCARE : L’Assemblée nationale pointe les failles du contrôle sanitaire
DR THIERNO S. LY, DG PETROSEN : “On espère entrer dans cette phase 2 à l’horizon 2028”
PARLEMENT PANAFRICAIN AU SENEGAL : Une mission au cœur de l’intégration africaine
APR – PASTEF – KIIRAAY : La guerre de trois
EXÉCUTIF - LÉGISLATIF : L’ossature d’une crise institutionnelle ?
TRANSHUMANCE : Qu’est-ce qui fait courir les maires ?
CANDIDATURE DE MACKY SALL À L’ONU : Diomaye et Ndayishimiye renouvellent leur soutien
SOMMET DE L’ONU : Diomaye Faye assume son soutien à Macky Sall et précise ses lignes de fracture avec Sonko
SUCCESSION DE GUTERRES : La carte Macky dans le jeu de Diomaye
RÉORGANISATION DE SON PARTI : L’APR relance ses bases et prépare la reconquête