Publié le 7 May 2015 - 16:21
MAMADOU LAMINE DIANTE COORDONATEUR DU GRAND CADRE

"Ces camarades qui m’ont poignardé dans le dos…’’

 

Déchu de sa fonction de coordonnateur du Grand cadre par une partie des syndicats, Mamadou Lamine Dianté ne se sent pas pour autant vaincu. Dans cet entretien accordé hier à EnQuête, le secrétaire général du Saems/Cusems revient sur son fameux wax waxeet et n’oublie pas de régler ses comptes avec ses camarades syndicalistes qui, dit-il, l’ont poignardé dans le dos.

 

Actuellement le grand cadre s’est divisé. Est-ce que la stratégie de l’Etat n’a pas finalement eu raison de l’unité et de la cohésion de la coalition ?

Il n’y a pas eu de problèmes de cohésion au niveau du Grand Cadre. Le grand cadre est une seule entité. Il peut arriver à un moment de l’histoire que certains s’éloignent de la mission originelle que nous avons et que nous tenons des enseignants. On peut comprendre les enjeux, mais les gens vont revenir à la raison le plus tôt possible pour que nous puissions accomplir cette mission.

On pouvait s’attendre à cela dans ce genre de situation parce que le Grand cadre était devenu la bête à abattre et le gouvernement allait user de toutes les stratégies pour tenter de déstabiliser le groupe. Mais ce qui réconforte est que les enseignants restent toujours concentrés sur le sujet et restent attachés à ma modeste personne pour la conduite à bien de nos revendications. Le grand cadre a des structures qui sont interdépendantes et qui ont également leur autonomie. A la base, nous avons installé des bureaux dans chaque département, cela veut dire que le grand cadre est fort de 54 bureaux départementaux. Ce qui veut dire que le Grand cadre n’est pas l’affaire de Dianté ni de quelqu’un d’autre mais des syndicats.

Une frange du grand cadre ne vous reconnaît plus comme étant son coordonnateur légitime. Qu’est-ce que cela vous fait ?

Ils se sont égarés. Ce sont des camarades de lutte. On a partagé beaucoup de moments. Nous avons fait le terrain ensemble dans des situations difficiles, tout cela pour veiller sur une mission que les enseignants nous ont confiée. Ils sont allés dans le sens qu’ils ont voulu sans respecter les procédures, le cadre réglementaire et dans l’empressement, pour tenter de récupérer les acquis du mouvement syndical. Ils sont conscients qu’ils n’ont pas pris la bonne direction. Ce que nous leur souhaitons, c’est de se ressaisir à temps. De notre côté, nous gardons la main tendue vers ces camarades. Parce que la seule volonté des enseignants, c’est de rester dans le cadre d’une unité. Je suis toujours le coordonnateur du Grand cadre parce que légalement, c’est cela, légitimement, c’est cela et c’est ce que les autorités savent et c’est cela que les enseignants savent.

Mais sur quoi vous fondez votre légitimité ?

Je dois être plus précis. Dans le Grand cadre il y a la plénière des secrétaires généraux. La dynamique imposée au sein des secrétaires généraux était pour la suspension du mot d’ordre. Mais la dynamique au niveau de la base, c’est la poursuite de la lutte. En vérité, au niveau de la plénière des secrétaires généraux, nous avons essayé de jouer la carte de la démocratie à fond en mettant toutes les décisions à la majorité des voix sans tenir compte du poids de chaque syndicat. Nous avons ainsi créé une majorité virtuelle. Alors que la restitution des procès-verbaux des décisions prises par les bases au niveau des assemblées générales laisse apparaître que 100% des bases ont demandé la poursuite de la grève. J’ai cherché à jouer la carte de l’équilibre en tenant compte de ces enseignants qui sont à la base. Car ce sont eux qui mènent la grève, qui sont en proie à des mesures de représailles de la part du gouvernement à travers des ponctions de salaires et des demandes d’explication etc. Il fallait qu’on tienne compte de cela et veiller à la préservation de l’unité du Grand cadre. Il était de mon devoir de préserver cette cohésion quoi que cela puisse me coûter.

Et c’est cela que j’ai fait le 30 avril dernier en allant dans le sens d’annoncer publiquement qu’on a suspendu le mot d’ordre de grève. Jeudi soir, toute la nuit, jusqu’au-delà de 4 heures du matin, mon téléphone n’a pas cessé de sonner. Les gens appelaient de partout pour dire leur désaccord par rapport à la suspension du mot d’ordre de grève. Je devais me battre pour préserver la décision du Grand cadre mais je devais aussi me battre pour ne pas être en déphasage avec la base. C’était une suspension provisoire, le gouvernement n’a pas réaffirmé à la face du monde que les mesures prises à l’encontre des enseignants seront levées ; la base a fait une désapprobation générale de la décision prise. Par conséquent, le mot d’ordre qui a été suspendu a été levé. Ce sont les deux raisons qui m’ont poussé à faire cela.

Qu’est-ce qui s’est passé par la suite ?

 Nous avons ensuite discuté avec la base. Et  après nos explications sur la situation, mes camarades ont compris et m’ont dit que s’ils avaient ces informations le 30 avril, il n’y aurait pas eu tant de réprobation. Ils m’ont renouvelé leur confiance. Mais il y avait déjà des manigances qui se passaient. Parce que quand j’ai fait la déclaration, quelques minutes après, c’étaient des fusillades tous azimuts des camarades avec des propos que je leur concède parce qu’eux-même, ils me connaissent. Ce n’est pas une façon de tirer la couverture de mon côté. J’ai fait preuve de beaucoup de compétences, beaucoup de subtilité et beaucoup de largesse d’esprit pour conduire ce groupe hétéroclite pendant tous ces longs mois.

Plusieurs d’entre eux m’ont dit à plusieurs reprises que je suis le seul capable de diriger ce Grand cadre jusqu’à aujourd’hui. Parce qu’ils reconnaissent quelque part mon mérite. Si au même moment où on a convoqué la plénière d’évaluation, ils préfèrent se trouver dans un endroit inhabituel, ils se sont éloignés de la mission que les enseignants nous ont confiée ; ils se sont éloignés des textes que nous avons ensemble élaborés. Ils ne peuvent pas sur un coup de tête dire qu’ils récusent le coordonnateur du Grand cadre. Non. S’ils avaient besoin d’explications, l’occasion leur était offerte à travers la plénière que j’avais convoquée. Mais je ne tiens rigueur à personne. Je préfère qu’on travaille inlassablement à la recherche d’un consensus. Je ne ferme la porte à personne.

Abdou Faty qui a été désigné nouveau coordonnateur du Grand cadre est membre du Haut conseil du dialogue social. N’y a-t-il pas des intérêts politiques derrière ?

Je préfère laisser les enseignants répondre à cette question.

Avez-vous toujours une maîtrise de la situation ?

Je suis en parfaite connexion avec les bureaux. Aujourd’hui (hier), presque l’ensemble des bureaux vont tenir leurs assemblées générales pour donner leur position. Ce sont des bureaux qui m’ont appelé pour me dire qu’ils ne reconnaissent aucun coordonnateur du Grand cadre à part moi. C’est ça le Grand cadre. Ce n’est pas un collectif de secrétaires généraux qui le constitue. Il faut que les gens apprennent à éviter de tomber dans l’erreur. La réalité est là. C’est avec eux que nous avons installé les bureaux. A Ziguinchor, le premier vice-président du Grand cadre est du Sudes. Le Grand cadre est l’affaire des enseignants. Et si on sait la valeur d’un enseignant, on doit savoir qu’on ne peut pas tromper un enseignant. Certes on peut le trahir. Mais gare à celui-là !

Mais est-ce que vous êtes toujours  majoritaire au sein du Grand cadre ?

Ce grand cadre, nous l’avons bâti ensemble. Wally Soumaro au nom du Cuse, Abdou Faty au nom du Sels authentique, Ndongo Sarr au nom du Cusems, Mamadou Lamine Dianté au nom du Saems/cusems. Nous avons constitué le comité d’initiative. J’étais en alliance stratégique avec le Sels de Faty, qui nous a amené ensemble à rejoindre le Grand cadre. Ndongo Sarr, son syndicat a eu des problèmes et s’est éclaté en deux. Une partie est venue frapper à la porte du Grand cadre et je lui ai ouvert les portes. Cela m’a valu des critiques de la part des camarades comme Abdoulaye Ndoye. Ce dernier m’a reproché ‘’de légitimer quelqu’un qui n’est pas légitime’’. Mais ça, c’est ma nature : je ne sais pas repousser une personne. Il y a d’autres qui sont venus, et qui se réclament du titre de secrétaire général comme moi alors qu’on ne sait pas s’ils ont des syndicats ou pas. Quand ils viennent, ils ne s’acquittent même pas des frais d’adhésion. Ils ne s’acquittent pas non plus des cotisations mensuelles ? Est-ce qu’on a le droit de parler au nom de cette coalition ? Je pense que  non.

Plusieurs fois, des secrétaires généraux m’ont demandé de faire le point et de renvoyer ceux qui ne sont pas à jour. Mais j’ai toujours refusé de renvoyer qui que ce soit. Si j’avais suivi le conseil de ces camarades secrétaires généraux, la moitié de syndicats qui s’agitent ne seraient pas aujourd’hui dans le Grand cadre. Maintenant si des camarades syndicaux se retournent contre moi, pour me poignarder dans le dos en pensant qu’ils vont atteindre leur objectif, ils se trompent. Parce que Dieu existe.

A qui  vous faites allusion ?

Je préfère ne pas citer de noms, mais ils se reconnaîtront.

Quel est l’avenir du Grand Cadre ?

L’avenir du Grand cadre reste constant. Ce n’est pas le grand cadre des secrétaires généraux des syndicats mais celui des enseignants. En cherchant à s’en prendre à ma personne, ils ont réussi cette prouesse de développer chez les enseignants le reste de conservation. Parce que vous ne pouvez pas vous en prendre aussi méchamment au porte-étendard du mouvement syndical d’enseignants et penser que vous allez atteindre vos objectifs. Je reste modeste, mais je pense que je représente quelque chose aux yeux des enseignants en tant que Mamadou Lamine Dianté. Ces camarades, au risque d’avoir des difficultés à conduire leurs activités syndicales, ont le devoir de nous rejoindre pour que l’on puisse ensemble se réhabiliter et aller voir les enseignants. Sinon cela va être extrêmement difficile pour eux et ça, je ne le leur souhaite pas.

Aujourd’hui vous avez suspendu votre mot d’ordre après deux mois de grève. Etes-vous prêts à prolonger l’année scolaire ?

Il est impératif de réaménager le calendrier scolaire. Le ministre Serigne Mbaye Thiam fait un peu dans la politique de l’autruche en refusant de regarder la vérité en face. Les grèves du Grand cadre ont fait tressaillir toutes les autorités à tous les niveaux. Une grève qui s’étend du 17 février au 30 avril et dire que ça n’a pas d’incidence sur le quantum horaire, c’est refuser de reconnaître la vérité ou chercher à tromper le public. Nécessairement, il faut qu’on aille vers le réaménagement du calendrier scolaire. D’ailleurs, les élèves, conscients de cet état de fait, demandent le prolongement de l’année scolaire.

Est-ce que cela va se faire ?

J’en doute. Les enseignants n’ont jamais attendu un appel du président de la République pour faire des rattrapages. Pendant tous les congés de Pâques, presque tous les enseignants ont fait des cours de rattrapage, que ce soit en classe d’examen ou en classe intermédiaire. C’est le sens de la conscience professionnelle. Ils ont toujours accepté de réaménager le calendrier scolaire. Mais cette année, il y a une nouvelle donne. On a considéré que les heures non travaillées sont des heures dues. Et par conséquent, si on ne les a pas travaillées, on les ponctionne sur les salaires. On a payé les heures dues, en ne respectant pas la procédure y afférente. Ce qui fait qu’à ce niveau, nous considérons qu’il n’est pas exagéré de dire que l’Etat n’a pas respecté la loi.

Des enseignants qui n’ont jamais suivi le mot d’ordre ont vu leurs salaires ponctionnés. Parce que la procédure n’était pas suivie. Si elle était suivie, on n’aurait pas noté de tels dysfonctionnements. Des enseignants ont trouvé moins de 15 000 francs dans leur compte. C’est de l’anarchie. Si après tout cela on veuille me demander de discuter avec les enseignants pour leur demander de réaménager le calendrier scolaire, je ne peux pas le faire parce qu’ils ne seront pas d’accord. A moins que pour le réaménagement du calendrier, en les faisant  travailler en dehors des heures normales, qu’on les paye par conséquent. Puisqu’on doit respecter la loi, ce respect a un coût que le gouvernement doit supporter.

PAR VIVIANE DIATTA

 

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