Des paysans grognent encore

Malgré les efforts des autorités dans la mise en place des intrants agricoles, une frange des paysans affiche sa colère. Ce week-end à Kaolack, Aar Sunou Momeel, une organisation paysanne, a fait face à la presse pour, dit-elle, faire le point sur la situation "catastrophique" des opérations de distribution des intrants et réclame un audit du budget alloué à l'agriculture.
"Malgré le démarrage des pluies dans beaucoup de localités, notamment celles du sud et du centre du pays, absolument aucune quantité de semences n'a été réceptionnée dans les champs. Même si les autres soutiennent avoir distribué des semences, seulement moins de 5 % a été bénéficiaire parmi les paysans", a dénoncé, ce samedi, le président de Aar Sunou Momeel, Bassirou Ba.
Son inquiétude se traduit par le fait que la saison ayant déjà démarré, le temps joue contre le monde paysan qui risque de rater sa campagne agricole. Il fulmine : "le peu d'intrants mis en place par les autorités l'ont été de façon anarchique."
D'ailleurs, enchaîne-t-il, personne ne sait quelle quantité de semences ou d'engrais il aura cette saison pour faire des projections. De plus, aucune prévision de dotation d'engrais n'a non plus été faite par les autorités, selon les producteurs qui restent sceptiques face à un bon déroulement de la saison.
Ainsi, les producteurs disent ne pas savoir où donner de la tête dans ces circonstances. Pour ce qui est des intrants comme l'engrais et l'urée, ils considèrent qu'ils sont quasiment inexistants. "Une augmentation de 3 000 francs a été appliquée sur le sac de l'urée, dont le prix peut grimper jusqu'à 25 000 FCFA, car l'intrant peut devenir de plus en plus rare", avertit-il.
D'après les producteurs affiliés à Aar Sunou Momeel, si on en est à ce stade, c'est parce que les ressources allouées à l'agriculture ne sont soit pas injectées au bon endroit, soit pas du tout. "Il faut auditer les fonds destinés à l'agriculture de 2024 à nos jours, car les paysans souffrent chaque année des mêmes difficultés", dénonce M. Ba.
« Comment espérer de bons rendements agricoles alors que même le conseil interministériel annuel n'a toujours pas eu lieu ? », s'interroge-t-il.
Les paysans ne parlent pas le même langage
Cependant, il faut rappeler que pour ce qui est de la zone centre où cette organisation est la mieux implantée, la direction régionale de développement rural (DRDR) a récemment informé de l'effectivité de la mise en place des intrants (semences, engrais, urée...) dont la distribution a atteint les 50 % en attendant de rattraper le retard accusé dans la mise en place des intrants.
11 600 tonnes de semences et plus de 10 000 tonnes d'engrais ont été mises en place à Kaolack, selon le directeur du DRDR de Kaolack, et la moitié a été réceptionnée.
Des paysans regroupés au sein de la célèbre association des agriculteurs du bassin arachidier ont également révélé que beaucoup d'intrants ont été distribués, même si le retard pose problème. Cheikh Tidiane Cissé, président de l'association des agriculteurs du bassin arachidier, disait, il y a quelques jours : "Nous avons réceptionné une bonne quantité de semences, d'engrais et d'autres intrants comme des fertilisants de sols. Mais c'est le timing qui inquiète »
Toujours dans le bassin arachidier, Ahmad Diakhaté Niass a confié que des efforts sont en train d'être faits, surtout pour l'engrais destiné à la culture du maïs, notamment hybride, dans les champs de Taiba Niassene où il est à la tête d'une coopérative agricole. Sur les 100 tonnes d'engrais maïs attendues, 59 tonnes sont déjà disponibles ; de même, sur les 450 tonnes de fertilisants de terres obtenus l'année dernière, 100 ont été reçues cette année", précisait-il, il y a quelques jours, en indiquant que le processus de distribution est en cours et qu'il espère que cette quantité sera revue à la hausse.
BACHIR KANE






