Publié le 13 Dec 2017 - 01:32
Dakar se taille la part du lion

Dakar se taille la part du lion

 

Les députés, dans leur majorité, ont voté le projet de loi relatif au Programme triennal d’investissements publics (Ptip) 2018-2020. Ceux de l’opposition ont déploré le faible taux des ressources alloué aux autres régions, alors que Dakar prend 21,8 % des investissements.

 

Sept cent quinze projets et programmes d’investissements publics dont 90 % sont en cours d’exécution, selon le présent Programme triennal d’investissements publics (Ptip) 2018-2020. Il porte sur un montant de 6 257,843 milliards de francs Cfa, soit une progression de 1 466,056 milliards équivalent à une augmentation de 30,6 % par rapport au Ptip 2017-2019. Cependant, Dakar s’adjuge la somme de 165 353 081 000 F Cfa. Là où les enveloppes allouées aux autres régions se comptent en millions.

Ainsi, les députés ont déploré la faiblesse des investissements dans certaines zones du pays, le non raccordement à l’électricité de villages situés sur la desserte des lignes électriques ainsi que des communes comme celle de Mbeuleup, à Kaffrine. ‘’L’examen de ce Ptip nous conforte dans ce qu’on appelle aujourd’hui le manque de vision du président Macky Sall et de votre Plan Sénégal émergent (Pse) puisque l’essentiel des investissements reste concentré sur la région de Dakar qui a 21,8 %, plus sa part sur le plan national qui fait plus de 70 %. Au même moment, les régions sont abandonnées’’, déplorent des parlementaires. 

Les plus délestées sont Kaffrine (2,4 %), Kolda (2,7 %), Kaolack (2,8 %), Ziguinchor (3,4 %)’’, a détaillé le député Ousmane Sonko. Non sans regretter le manque de programme industriel pour le Sénégal. Selon lui, aucun pays n’a réussi à émerger sans une industrie forte. Tout comme lui, le parlementaire Abdoulaye Baldé a aussi dénoncé le déséquilibre du Ptip. ‘’Vous avez rappelé le principe de la libre administration des collectivités locales. Mais la loi dit que quand on transfère les compétences, on doit transférer les ressources. C’était tout le sens de l’acte 3 de la décentralisation. Après la départementalisation et la communalisation, il devait suivre le transfert financier. Mais au rythme où vont les choses, j’ai peur que la réforme soit mise dans les terroirs. En tant que maire, nous sommes très inquiets’’, s’est plaint le patron de l’Union des centristes du Sénégal (Ucs).

Soutenant que les régions de Ziguinchor, Sedhiou et Kolda sont toujours en queue du peloton avec un taux de 2 %, certains députés estiment que ‘’ces inégalités démontrent que la Casamance n’est pas une priorité dans le système d’investissement du gouvernement’’.  De plus, notent-ils, ‘’la part belle réservée au secteur tertiaire, qui est malheureusement contrôlé par des entreprises étrangères, conforte notre thèse selon laquelle les fruits de notre croissance économique garnissent les comptes bancaires des investisseurs étrangers au détriment du citoyen lambda qui ne reçoit que des miettes’’. ‘’M. le Ministre Amadou Ba, si vous étiez un élève à noter, vous êtes en deçà de la moyenne, avec une inscription sur votre copie : ‘Elève très sérieux dans ce qu’il fait et très distrait par la politique’’, raille le député Toussaint Manga.

Réagissant aux inquiétudes de la représentation nationale, le ministre de l’Economie, des Finances et du Plan (Mefp) a tenté de justifier le montant affecté à la région de Dakar. Selon lui, à peu près 23 % de la population y vit. ‘’Donc, qu’on y mette 21,80 % des investissements, ça semble être logique. Kédougou a 4 %, puisque c’est 1 % de la population. Le budget n’a pas de préoccupation autre que de régler les besoins des Sénégalais. Derrière ce budget, c’est l’audace et la prudence gestionnaire. Lesquelles nous permettent d’afficher les chiffres et nous permettent d’aller à l’aventure’’, a-t-il informé.

Avant de clore le débat sur la dette publique : ‘’On ne parle plus de taux de croissance. Ils ont déplacé le débat maintenant vers l’endettement. Tout le monde s’endette. Les pays qui nous entourent sont à risque de surendettement modéré. La Banque islamique de développement (Bid) vient d’approuver un soutien de 40 milliards de francs Cfa au Programme d’urgence de développement communautaire (Pudc).’’ ‘’Ceux qui pensent qu’on ne doit pas s’endetter, ces experts en finances (les députés de l’opposition) peuvent venir nous dire ici que les Sénégalais n’ont pas droit à l’électricité ou des pistes rurales’’, invite Amadou Ba.

Le Programme triennal d’investissements publics (Ptip) répertorie l’ensemble des projets et programmes financés par l’Etat et ses partenaires techniques et financiers sur un horizon de 3 ans, par secteurs et sous-secteurs, en liaison avec le cadrage macro-économique. 

AWA FAYE

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