Publié le 9 Jul 2026 - 21:39
MISE EN PLACE DES INTRANTS AGRICOLES À HAUTEUR DE 90%

C’est un leurre, selon les paysans

 

Lors de la récente visite du tout nouveau ministre de l'agriculture, Dr Cheikh Oumar Ba, un taux de 90% a été avancé pour la mise en place des intrants agricoles. Des statistiques battues en brèche par les paysans du bassin arachidier qui les évaluent plutôt à seulement 50% et parlent de falsifications volontaires des chiffres.

 

Lors de son déplacement à Kaolack dans le cadre des préparatifs liés à la saison agricole 2026-2027, le ministre de l'agriculture, Dr Cheikh Oumar Ba, a estimé à 90% le taux de mise en place des intrants agricoles. Le ministre a déclaré que ces estimations concernent plusieurs zones de la région de Kaolack. Il a également dit avoir constaté "une confiance qui se manifeste, d’autant que la mise en place des intrants agricoles est déjà terminée à plus de 90% dans certaines zones, de même que pour la cession".

Une réussite selon lui qui répond aux directives très importantes du Président Bassirou Diomaye Faye concernant cette présente campagne agricole. L’idée étant de mettre en avant la concertation dans tout processus, le dialogue avec les parties prenantes. D'ailleurs, a-t-il révélé, c'est l'explication de sa visite de terrain pour rencontrer les producteurs agricoles.

Le ministre s'est donc félicité de "cette prouesse de 90% de taux de cession des intrants", mais du côté des paysans du bassin arachidier, c’est un autre son de cloche.

Selon eux, ces statistiques sont erronées. En effet, affirme Cheikh Tidiane Cissé, président de l'association des agriculteurs du bassin arachidier, "On est loin des 90% de mise en place". Ces estimations sont, à ses yeux, "plus que des leurres".

M. Cissé assure d'ailleurs que, pour l'engrais et l'urée, c'est encore pire puisque, car, "le prix de l'urée a grimpé jusqu'à 13 000 francs au lieu de 10 000 et cela peut aller jusqu'à 25 000 sur le marché noir puisque les quotas ne suffisent pas et que c'est ce qui provoque des spéculations dues à la faible quantité d'urée distribuée, contrairement à ce qu'a avancé le ministre".

Il considère que c'est presque la même situation pour les semences tout en relativisant. Pour lui, le fait d'avancer de faux chiffres est une chose, mais les conséquences que cela induit en sont une autre. En effet, avec ces calculs qu'il juge infondés, la conséquence est que les résultats agricoles ne vont pas suivre, la culture du maïs étant devenue une tendance chez les paysans et que cette spéculation nécessite beaucoup d'engrais, sans quoi le rendement sera négatif à la récolte.

« J'évalue à 50% le taux de distribution des intrants agricoles »

Ainsi, il souligne qu'avec ce manque d'engrais et d'urée, plusieurs centaines de cultivateurs seront confrontés à des difficultés, surtout qu'ils ne pourront pas s'approvisionner sur le marché noir qui, certes, dispose de ces intrants, mais les cède à des prix très chers.

Très surpris de cette déclaration du tout nouveau ministre, le chef des producteurs du bassin arachidier appelle les autorités à plus de sérieux dans les estimations. "J'évalue à 50% le taux de distribution des intrants agricoles, ce qui est très en deçà des attentes des agriculteurs", martèle-t-il.

Notre interlocuteur s'offusque aussi du fait de la mauvaise méthode des autorités qui fait, selon lui, que des erreurs de calcul soient répétées chaque année depuis très longtemps. À son avis, les autorités en charge de la question agricole ne se concertent pas avec les vrais acteurs qui maîtrisent leur secteur et c'est pourquoi, d'ailleurs, en les excluant du processus, on passe à côté aussi bien dans les prévisions que dans les rendements.

"Ils pensent que nous sommes des politiciens alors que non. Ce que nous voulons, c'est que notre agriculture soit performante. Mais eux, ils ne nous écoutent même pas", peste Cheikh Tidiane Cissé qui rappelle que, l'année dernière, son organisation avait prévenu les autorités sur les risques de fausses notes quant à la campagne de commercialisation de l'arachide.

Mais, regrette-t-il, elles n'avaient pas prêté une oreille attentive à leurs observations. Résultat des courses, le fiasco de la dernière campagne arachidière est connu de tous. Un ratage qui se fait toujours sentir chez les agriculteurs, dont l'écrasante majorité n'est toujours pas parvenue à céder ses graines.

Ces problèmes, combinés à ceux de cette année, auront des répercussions, selon lui, très dures sur la campagne agricole en cours. Il estime qu'en résumé, les estimations de 90% avancées par le ministre de l'Agriculture ne sont pas exactes et que Dr Cheikh Oumar Ba se trompe.

Bachir KANE

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