Publié le 8 Sep 2025 - 12:56

Réaction au remaniement ministériel

 

Nous prenons acte du remaniement ministériel opéré par le Président de République sur proposition du premier ministre.

Nous félicitons et encourageons les nouveaux ministres, tout en rappelant que le régime a le droit de s’évaluer et de réaménager son équipe autant de fois qu’il l’estime nécessaire.

Au-delà des mouvements d’hommes et de portefeuilles, les Sénégalais attendent des résultats tangibles.

Nous regrettons que ce remaniement n’ait pas été l’occasion de réduire le nombre de ministères. C’était le moment d’envoyer un signal fort de sacrifice et de sobriété, à l’heure où l’on exige des populations de supporter des charges toujours plus lourdes.

Au contraire, c’est encore une fois le fonctionnement de l’État qui est priorisé au détriment du quotidien des Sénégalais.

La démission du ministre Abass Fall pour rester à la tête de la mairie de Dakar appelle aussi à réflexion. Elle intervient alors même que la Cour suprême doit se prononcer, le 18 septembre, sur l’acte du préfet visant le maire Barthélémy Dias.

Anticiper une démission avant le verdict, c’est envoyer un signal équivoque et exercer, de manière voilée, une pression inacceptable sur la justice.

Le départ du ministre de la Justice, Ousmane Diagne, ne peut passer sous silence.

Sa révocation, sur fond de pressions publiques répétées, laisse craindre une volonté de faire « sauter le verrou » d’une justice déjà fragilisée, afin de la mettre davantage au service des intérêts partisans du Premier ministre et de ses militants.

Rappelons que, malgré les injustices flagrantes liées à l’emprisonnement de journalistes, chroniqueurs et citoyens, ce dernier avait publiquement regretté qu’il n’y ait pas eu encore plus d’incarcérations, allant jusqu’à en attribuer la responsabilité au Président de la République.

Une telle orientation serait intolérable.

La nomination de Maître Bamba Cissé au ministère de l’Intérieur soulève également de profondes inquiétudes. Certes, il a tout le mérite de figurer dans un gouvernement mais la classe politique, dans sa grande majorité, a toujours souhaité que ce poste soit confié à une personnalité au-dessus de la mêlée, capable d’incarner une neutralité absolue.

En choisissant son propre avocat pour occuper ce ministère régalien, le Premier ministre donne le sentiment de vouloir garder la main sur l’organisation des élections et sur la politique de répression.

Ce choix contredit de manière flagrante les combats menés jusqu’ici pour sanctuariser certains domaines de l’État et les réserver à une gestion impartiale.

Le ministère de l’Intérieur, garant des libertés publiques et de la régulation démocratique, ne peut s’accommoder d’une partialité manifeste.

Ce remaniement, en consacrant à la fois le départ d’Ousmane Diagne et la nomination de Maître Bamba Cissé à l’Intérieur, nous interpelle au plus haut point.

Au lieu d’ouvrir une nouvelle ère de gouvernance responsable, il fait planer le doute sur un agenda politique dangereux pour la démocratie, pour l’État de droit et pour la liberté des Sénégalais.

 

Thierno Bocoum

Président AGIR-LES

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