Publié le 9 Feb 2021 - 18:33
REVELATIONS SUR LES ACCUSATIONS CONTRE OUSMANE SONKO

Les médias entre le marteau et l’enclume 

 

Indexés pour avoir fait leur travail ou pour un manque de hauteur par rapport au traitement des informations sensibles, les médias sont parfois les cibles de quelques citoyens sous le coup de leurs émotions.  Méritées ou non, ces incompréhensions ont encore été illustrées par la nouvelle affaire mettant en cause le leader de Pastef Les Patriotes.

 

Depuis 4 jours, les accusations de viol à l’encontre de leader de Pastef Les Patriotes déchainent les passions. Et l’expression n’a jamais autant porté son sens que dans le contexte actuel. Hier, les partisans d’Ousmane Sonko ont affronté les forces de l’ordre, dans beaucoup d’artères du pays et au-delà (à Paris par exemple), pour défendre celui qu’ils estiment victime d’une cabale politicienne du pouvoir en place. Et ce déchainement de sentiments et d’actes de toutes sortes n’épargne personne, surtout pas les médias.

En première ligne, ceux qui ont révélé l’accusation contre le premier opposant politique du pays. Mais de manière générale, le bashing a concerné la presse. Sur les réseaux sociaux, où le troisième de la dernière présidentielle compte un nombre impressionnant de suiveurs, les journalistes en ont pris pour leur grade. Ils ont été insultés, souvent de manière arbitraire. Le manque d’objectivité dans l’expression d’un sentiment d’injustice n’a égal que la colère que traduisent les mots utilisés.

Toutefois, rien de bien nouveau pour Bakary Domingo Mané. Le journaliste spécialiste des questions politiques place tout cela dans les relations tumultueuses entre la presse et les politiques. Celles-ci, rappelle-t-il, « n’ont jamais été un long fleuve tranquille. Elles évoluent plutôt au gré des intérêts des politiciens. Lorsque les informations traitées les arrangent, ils sont du côté des journalistes. Dès qu’il s’agit de nouvelles compromettantes par rapport à leurs activités, ils dénoncent une presse partisane ou en manque d’éthique ».

Loin d’indexer les militants et sympathisants de Pastef, le journaliste formateur insiste sur des faits similaires qui ont été observés à différentes étapes de l’évolution politique du Sénégal. La seule différence avec aujourd’hui, c’est  l’existence des réseaux sociaux qui a démocratisé l’accès aux médias et donné la parole à monsieur tout le monde.

De la violence verbale à celle physique, il peut y avoir qu’un pas à franchir. Le quotidien qui a eu l’exclusivité sur les accusations contre Ousmane Sonko a rapporté avoir reçu des menaces. De sorte que des éléments des forces de l’ordre ont jugé nécessaire d’y envoyer des éléments pour assurer leur sécurité. 

Cette situation a même poussé le Syndicat des professionnels de l'information et de la communication du Sénégal (SYNPICS) à publier un communiqué dans lequel il appelle tous les « extrémistes de tout bord, qui pensent que la presse doit être de leur côté, ou que le devoir d'informer ne vaut que lorsque la cible est un adversaire » à savoir que « la Liberté de la Presse n'a pas de couleur politique, religieuse, sociale ou économique ».

L’organisation dirigée par Bamba Kassé offre même, dans cette note, un cours sur ce métier assez particulier. « Le journaliste n'a qu'une contrainte : vérifier les informations, procéder à leur recoupement, au besoin contacter le ou les mis en cause pour recueillir leur avis, et publier s'il considère le rendu crédible et d'un intérêt certain pour le public. Au-delà, aucune obligation, si ce n'est celle de mesurer la responsabilité sociale de ses publications (une responsabilité du reste individuelle), ne le tient ».

Rôle primordial du quatrième pouvoir

Reconnue comme le quatrième pouvoir, la presse joue un rôle primordial dans toutes les grandes démocraties du monde. Capable de faire basculer le destin d’une nation d’un côté comme de l’autre, elle n’exécute cette tâche que lorsqu’elle détient dans sa ligne de mire la défense de l’intérêt du public. Ceci amène Bakary Domingo Mané à pointer une autre implication du travail des journalistes : « Je pense qu’il faut savoir agir avec responsabilité et mesurer les conséquences de ce que l’on publie. Il ne faut jamais servir des intérêts autres que d’informer le public. On ne peut pas suivre des intérêts partisans à l’encontre du peuple et, derrière, se réfugier derrière son métier de journaliste pour demander l’appui de la corporation, lorsque cela vous retombe dessus ».

Cette position du membre du Comité d'Observation des Règles d'Ethique et de Déontologie (CORED) montre que, malgré le respect des règles régissant la corporation, les publications des journalistes doivent toujours prendre en compte les retombés qu’elles peuvent avoir sur le public.

Si l’avènement des réseaux sociaux a grandement bousculé l’environnement des médias traditionnels, ces derniers demeurent les principaux gages de crédibilité des informations qui arrivent au grand public. Raison pour laquelle, ils restent très convoités des hommes politiques, malgré les canaux alternatifs modernes. Informer juste et vrai : tel être devrait le credo de n’importe quel journaliste. Celui dont aucun citoyen, fut-t-il politique ou sympathisant, ne devrait avoir à insulter.

Lamine Diouf

 

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