Publié le 22 Jun 2017 - 14:21
LE PARQUET A REQUIS 20 ANS DE TRAVAUX FORCES

Babacar Camara a tué Poulo pour… une assiette de riz 

 

Le ferrailleur Babacar Camara a comparu ce mardi, devant la Chambre criminelle de Dakar, pour meurtre. Son délibéré est prévu le 4 juillet prochain. Il avait poignardé son ami au cours d’une bagarre.

 

La pauvreté dans toute sa laideur et ses drames. En effet, c’est d’un seul coup de couteau que le jeune Poulo est passé de vie à trépas. Nous sommes le 19 avril 2011 dans la banlieue dakaroise, lorsqu’une bagarre éclate entre la victime et Babacar Camara pour un plat de riz, à l’heure du déjeuner. Les éléments du commissariat de Bel-Air arrivent sur les lieux du crime et découvrent le corps sans vie près de la voie ferrée, non loin du camp Abdou Diassé. Des blessures sont visibles sur la main gauche et au niveau de la poitrine du défunt. Les policiers constatent des traces de sang un peu partout, avant d’en déduire que le présumé tueur a escaladé le mur en prenant la fuite. Suite à une information anonyme, ils procèdent à l’arrestation du ferrailleur Babacar Camara, dix jours après.

A l’enquête préliminaire et devant le magistrat instructeur, l’inculpé déclare avoir asséné un coup de couteau à la victime. ‘’Le jour des faits, je n’avais pas d’argent et j’avais demandé à mon ami Poulo si je pouvais partager son repas. Il a répondu par la négative, avant de m’insulter. Me sentant humilié, j’ai réagi. Il s’en est suivi une rixe. Comme je gardais toujours un couteau dans ma poche par mesure de sécurité, je l’ai sorti pour le poignarder. Toutefois, je ne voulais pas sa mort’’, raconte-t-il.

Le ferrailleur : ‘’Je commence à avoir des fuites de mémoire en prison’’

Hier, à la barre de la Chambre criminelle de Dakar, le ferrailleur a varié dans ses déclarations. Il a renseigné avoir ôté la vie de son copain au cours d’une agression. Babacar Camara a fait savoir qu’à la date indiquée, il s’apprêtait à quitter son lieu de travail, lorsqu’il a été intercepté par la victime qui détenait un couteau par devers lui. ‘’Il voulait me déposséder de mes chaussures et de mon argent. Nous nous sommes battus et je l’ai mordu à la main pour le désarmer. Puis je l’ai tué. J’étais ivre. Cependant, je n’ai pas pris la fuite après avoir commis mon forfait. Je ne savais pas qu’il avait rendu l’âme suite à ce coup. C’est pourquoi, je ne suis pas allé me livrer aux policiers’’, a expliqué Camara. Avant de dire : ‘’Je regrette sincèrement mes actes. Depuis la mort de mon ami, je sens que je commence à avoir des fuites de mémoire. Je ne suis plus la même personne. Je souffre en prison. Ma vie n’est plus comme avant. C’est comme si je devenais fou.’’

La parquetière Ramatoulaye Ly Ndiaye a souligné que ‘’les tentatives de dénégations du ferrailleur devant la barre ne sauraient prospérer’’. A l’en croire, le sieur Camara a fait des aveux circonstanciés depuis l’enquête et devant le juge d’instruction. De plus, il a soutenu qu’au moment de son altercation avec Poulo, il a réussi à le désarmer. De ce fait, il n’avait pas à attenter à la vie de ce dernier. ‘’Le coup a été violent, car, la victime est morte sur le champ. Il n’y a ni d’excuse de provocation ni de légitime défense. Il connaissait la gravité de l’acte, c’est la raison pour laquelle il s’était échappé’’, a argumenté le Substitut du procureur. Sur ce, Ramatoulaye Ly Ndiaye a requis contre Babacar Camara une peine de 20 ans de travaux forcés pour meurtre.  

L’avocat de la défense : ‘’La banlieue a faim’’

‘’Il a toujours reconnu les faits qui lui sont reprochés et vous constatez qu’il les a contestés à la barre. C’est parce qu’il est désespéré. Il a peur. C’est l’émotion et il pense qu’en le faisant, il va s’en sortir’’, a précisé l’avocat de la défense au président de la Chambre criminelle, Seck Diouf. ‘’Il y a eu bagarre pour une assiette de riz et il y a eu malencontreusement mort d’homme. C’est en voulant sortir du magasin que Poulo l’a maîtrisé avant de le terrasser. C’est sur ces entrefaites que Babacar Camara a sorti son couteau suisse pour le lui asséner. C’était pour se défaire de la prise de son protagoniste.  C’est un instinct de survie. Même s’il avait un caillou, c’est ce qu’il allait utiliser’’, a poursuivi la robe noire en invoquant la légitime défense.

Ensuite, il a demandé au juge de disqualifier des faits en coups et blessures ayant entraîné la mort sans l’intention de la donner, tout en sollicitant également une application bienveillante de la loi pénale. ‘’Il y a plusieurs circonstances atténuantes dans ce dossier comme la pauvreté, la précarité, entre autres. La preuve, la plupart des affaires de meurtre que nous jugeons ici se sont produites dans cette banlieue qui a faim. Elle vit dans la misère’’, a tenté de convaincre le conseil de Babacar Camara. La décision sur cette affaire est attendue le 4 juillet prochain.

 AWA FAYE

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