Publié le 5 Nov 2018 - 18:16
AVORTEMENT CLANDESTIN

Deux Nigérians condamnés par le tribunal de Mbour 

 

Le tribunal de grande instance (Tgi) de Mbour a condamné, vendredi dernier, deux ressortissants nigérians à 3 mois ferme pour le délit d'avortement. Leurs trois compatriotes avec qui ils comparaissaient pour les faits d'association de malfaiteurs, de non-inscription au fichier sanitaire, de traite de personnes aux fins de prostitution, ont été relaxés.

 

Victor Okoro et Wisdom Peace n’ont pas eu la même baraka que leurs compatriotes Success Okewe, Miracle Maxwell et Joy Cyril. Les deux sont condamnés à 3 mois de prison ferme pour avortement clandestin, tandis que les trois derniers recouvrent la liberté après leur relaxe par le tribunal de grande instance de Mbour. Les juges ont estimé que les faits d'association de malfaiteurs, de non-inscription au fichier sanitaire, de traite de personnes aux fins de prostitution ne sont établis à l’endroit d’aucun prévenu. Ces ressortissants nigérians ont été arrêtés suite à une dénonciation anonyme reçue par la police de Mbour.

Tout est partie de la grossesse contractée par Wisdom Peace, arrivée au Sénégal il y a deux mois de cela. Il ressort de l’enquête que la jeune fille a été recrutée par Success Okewe depuis le Nigeria. Joy Cyril l'a accueillie et hébergée, mais lorsque sa tutrice a découvert son état de grossesse, elle lui a demandé de se faire avorter ou de repartir. La fille, née en 1993, est allée voir son compatriote Victor Okoro qui, d’après l’enquête, lui a remis des médicaments afin d’avorter. Toujours est-il que la police est entrée dans la danse, après la disparition de la grossesse.

Devant le tribunal, tous les prévenus ont nié les faits. Chacun y est allé de sa propre version. Joy Cyril dit évoluer dans la restauration, qu’elle se rend dans différents pays pour acheter des condiments qui aident à préparer les plats traditionnels du Nigeria. Miracle Maxwell a déclaré être une coiffeuse et non une prostituée. Quant à Wisdom Peace, elle affirme être une styliste et qu’elle est venue au Sénégal avec ses propres moyens. A son arrivée, son oncle l’avait accueillie, mais était ensuite retourné au Nigeria. Elle explique qu’elle voulait se rendre chez Victor, mais n’avait pas assez d’argent pour payer son transport. Ayant beaucoup marché, elle avait des saignements. Si, dans un premier temps, elle a allégué que la longue marche est la cause de son avortement, elle finira par changer de fusil d’épaule. Dans une seconde version, elle a prétendu que c’est sa jumelle avec qui elle vivait à Saly qui est enceinte.

Lorsque le juge lui demande où se trouve sa jumelle, Wisdom Peace a répondu qu’elle est allée rejoindre son mari au Mali. A la question de savoir si Victor Okoro lui a donné des médicaments, elle a répondu par la négative. Pourtant, des médicaments ont été saisis chez Victor Okoro. ‘’Ce sont mes médicaments et ceux de mes enfants’’, s’était-il défendu. Son avocat, Me Ndeh, l’a conforté, soutenant que son client les utilise pour des problèmes cutanés. Mieux, il a laissé entendre que rien ne prouve que Wisdom ait provoqué une interruption de grossesse.

Aucune des dénégations n’avait convaincu le procureur qui, dans son réquisitoire, avait indiqué que le groupe avait une stratégie de réponse pour qu’on ne puisse pas rétablir la vérité. Et que la prostitution était leur unique source de revenu. Aussi, le maitre des poursuites avait bien distribué les rôles en indiquant qu’il est bien établi que Success Okewe recrute et paie les billets pour le voyage. Arrivées au Sénégal, Joy Cyril accueille et héberge.

Pour leur avocat, Success Okewe et Joy Cyril n’ont pas le profil de femmes qui font voyager d’autres femmes afin de les exploiter. Qu'il y avait des incohérences dans l’enquête. Et qu’il y a un manque de preuve.

Si l'avocat a pu obtenir le bénéfice du doute pour Miracle Maxwell, Joy Cyril et Success Okewe, cela n'a pas été le cas pour Wisdom Peace et Victor Okoro qui restent dans les liens de la détention.

KHADY NDOYE (MBOUR)

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