Publié le 2 Oct 2020 - 17:48

Enfin, Ils sont partis, à la COMICO d’être juste

 

J’ai beaucoup hésité avant de prendre ma plume pour dire ce que je savais de cette honteuse histoire du Terme Sud.

J’ai hésité parce que ces désormais sinistrés et leurs bourreaux sont de ma famille. Certains de deux bords sont mes amis. Beaucoup d’entre eux ont contribué à ma construction de citoyen. Je pourrais même dire que tous ont contribué  pour ce que je suis devenu aujourd’hui……. Et convenez avec moi que ce n’est pas rien. C’est même beaucoup !!

Nous aurions pu laver notre linge sale en famille, mais la nature humaine est ce qu’elle est….Bref.

Comment en est-on arrivé là ?

Nous étions vers la fin les années 90, début 2000, des rumeurs avaient couru, affirmant que l’assiette foncière et les immobilisations aussi bien matérielles qu’immatérielles, (lesquelles héritées par l’Etat du Sénégal au lendemain des indépendances), objet du litige entre les habitants du Terme Sud et la COMICO,  seraient désormais reversées dans le domaine privé de l’Etat.

J’avoue ne pas connaitre l’articulation juridico-foncière dans le cadre d’une érection d’un cantonnement militaire.

 Pour moi, ces assertions ne relevaient que l’imagination de leurs auteurs car personne ne m’avait montré un quelconque document y afférant.  Quand il m’a été proposé de faire partie du Collectif des habitants du Terme Sud, pour acquérir ces logements, j’ai décliné pour deux raisons.

La première était que je venais dans la même semaine de déposer une demande de résiliation de mon  contrat avec l’armée.

La deuxième était que je ne concevais pas que je puisse faire main basse sur un patrimoine national qui m’était attribué dans le cadre d’une « militarité »[1]

Dès  la sortie en 2001 de la décision qui me déchargeait de toute obligation militaire, j’ai rafraichi le logement, et l’ai rendu aux autorités avec une lettre de remerciements au Commandement pour m’avoir permis pendant ces longues années de mettre un toit au-dessus de ma tête et aussi de celles de tous les membres de ma famille. Je suis allé louer un appartement dans le même quartier mais dans la zone civile, comme tout bon gorgorlou sénégalais.

Bien après mon départ de l’armée, mes frères d’armes me donnaient des nouvelles rassurantes quant à leur obtention prochaine des titres de propriété.  J’étais heureux pour eux. Ils me citaient les noms de personnes influentes et autres autorités et dignitaires coutumiers et religieux, rencontrés qui seraient favorables à leur requête. Nous étions déjà en plein dans les années libérales.

Mais très vite 12 ans ont passé et manifestement aucun document ne pouvait établir leur entière et pleine propriété des maisons.

Vint la deuxième alternance…. Toujours pas de titre de propriété. J’entendais souvent certains me dire que les titres étaient déjà confectionnés et qu’ils étaient dans le circuit de validations et de signatures…. Jusqu’au jour où, je suis officiellement saisi par des mères de familles inquiètes par la tournure que prenaient les choses.

A lecture de la documentation qui m’avait été donnée, j’avais des réponses à certaines questions mais ces mêmes réponses soulevaient d’autres équations logarithmiques plus accrues et plus inquiétantes.

J’eus la preuve que le Terme Sud n’appartenait plus à l’armée nationale mais plutôt à une coopérative. Je restais pantois devant une telle option des dirigeants. Ne comprenant pas les dessus d’une telle décision, je me suis gardé de faire le moindre commentaire devant la délégation venue me rencontrer.

 Le récent communiqué de la Dirpa est venu balayer ma dernière réserve. De manière officielle, il est affirmé que le terrain appartient à la COMICO (Coopérative Militaire de Construction).

Mais je ne comprends toujours pas,  pourquoi la Direction des Relations Publiques de l’Armée Nationale (DIRPA),  devrait-elle  communiquer en lieu et place de la COMICO,  entité commerciale qui a pignon sur rue comme toutes les organisations immobilières des autres corporations.

Pourquoi cet amalgame ? Est-ce volontaire ? Voudrait-on faire croire au citoyen que la COMICO est un prolongement de l’Armée Nationale ?  Non, ce serait trop gros…..

La COMICO bien qu’elle soit administrée par les militaires est une organisation de solidarité sociale qui n’a rien de militaire. Elle a pour mission de « faciliter »  l’accès au logement du personnel militaire (tous y compris les civils travaillant pour l’armée).

Elle est pour l’habitat social  ce qu’est  l’Hôpital Principal est pour la santé. D’ailleurs allez à Ouakam, allez à Yeumbeul, Mermoz, vous ne trouverez pas que des militaires. Heureusement d’ailleurs….

La preuve, tous les militaires ne sont pas membres de la COMICO. Y adhère qui veut et qui peut !

Je ne reviendrai pas sur le feuilleton juridico administrative. Il est désormais clos, le conseil constitutionnel a tranché. C’est clair c’est net. Le Terme Sud est une propriété de la Comico. Dont acte !!!

Mais alors comment se fait-il que le Terme Sud, propriété de cette même entité CIVILE, continue d’abriter des militaires en activité, en échange de leur indemnité réglementaire de logement ? Y a-t-il une convention qui encadre cette gestion ? Je l’espère bien…

Parmi les personnes  qui se battaient hier pour le Terme Sud, y figurent des militaires encore en activité. L’on me dit qu’ils ont été épargnés du déguerpissement forcé du mercredi 30 Septembre 2020

Mais ma gêne est ailleurs….

En passant….. La Covid19 c’est du passé ou est-elle encore actuelle ??? L’hivernage c’est fini aussi ?

Mes chers amis ma gêne, elle est là….

Quelle est l’URGENCE ? Le Terme Sud est dit-on sur 13 ha. La COMICO n’en réclame que 3. S’il était prévu un programme de construction, il pouvait se faire dans l’espace inhabité…. mais alors à l’aise…..

OU EST L’URGENCE ???

Le Gouvernement cherche à recaser les victimes des inondations pour permettre aux victimes de passer les caps de ces deux calamités, on vient mettre 1000 personnes dehors. Des écoles sont même réquisitionnées au point d’entraver la rentrée scolaire prochaine ???

Je n’ose pas croire qu’une spéculation foncière soit en soubassement dans ce qui s’est fait hier Mercredi 30 Septembre 2020 à Ouakam. Je ne veux surtout pas y croire. Car je croirai finalement  que mon cher  Sénégal est  maudit au point que ses habitants soient si malades pour  soulever des conflits fonciers jusque dans les baignoires de salle de bain.

Le Terme Sud de son érection dans les années 1940 jusqu’aux années 70 était une petite ville coquette, dans la banlieue dakaroise  avec des rues propres, des constructions bien assorties avec son cadre, des commerces, des lieux de plaisance. Terme SUD était une belle et une charmante oasis de paix et de vie.  Tout le personnel de l’armée de l’air, jusqu’au chef d’Etat-major y logeait avec les familles…

L’Armée sénégalaise l’a délaissé juste après les années 70. Sa situation va s’étioler  jusqu’à devenir un taudis que personne ne voulait, avec ses tas d’immondices puantes et malodorantes (Comme toutes les casernes du Sénégal d’ailleurs).

La faiblesse de moyens  a obligé la plupart de « ces désormais  impactés de la furie  Comico » à  venir y vivre avec leurs familles tout en améliorant.

Je me rappelle le jour où j’avais aménagé dans le bâtiment 47 ma petite fille a refusé d’entrer dans les toilettes jusqu’à l’installation d’une nouvelle cuvette de toilette. Les chambres en plus d’abriter une légion de cafards et souris, sentaient la charogne, le reste des repas des chiens errants et des chats sauvages. J’ai dû y mettre quelques centaines de milliers de francs pour que nous ayons un cadre de vie à peu près correcte. Au bout de 3 mois nous avions cette villa tant convoité et enviée. Mais le tout à ma charge sans aucune forme de dédommagement de la part de l’Armée.

A force de bras, de petites privations et beaucoup de travail manuel pendant les heures creuses a permis à Terme Sud de revivre au point d’être envié et disputé aujourd’hui. (Ce n’est pas Pape Ndongo Diop qui me démentira)

Ces désormais impactés COMICO ont investi toute leur vie dans cet espace. Je demande aux dirigeants de la COMICO de faire une évaluation exhaustive des IMPORTANTS INVESTISSEMENTS CONSENTIS par ces pauvres personnes et les indemniser le plus rapidement possible pour leur permettre d’essayer d’oublier ne serait-ce que l’attachement affectif qu’ils ont des lieux.. Ils n’ont plus rien aujourd’hui. Même pas les 3 mois d’avance pour accéder à une location.

Nos lois sont à respecter et à faire respecter, mais faisons-le avec HUMANITE et surtout AVEC JUSTICE.

Xavier DIATTA

Ancien habitant du Terme SUD

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