L’APR réclame des comptes sur le budget et appelle l’opposition à s’unir

Dans une déclaration présentée à la presse le 28 octobre, l’Alliance pour la République critique la gestion économique du pouvoir et les divisions de la majorité autour de la loi de finances rectificative de 2026. Le parti réclame notamment un calendrier de règlement de la dette intérieure et des précisions sur les discussions avec le FMI. Il évoque aussi un éventuel retour aux urnes en cas d’impasse institutionnelle durable.
L’Alliance pour la République (APR) veut porter le débat au-delà des désaccords entre l’Exécutif et la majorité parlementaire. Dans son texte liminaire de conférence de presse, daté du 28 octobre, le parti dénonce une confrontation au sommet de l’État qui détourne, selon lui, l’attention des difficultés économiques et sociales. « Pendant que le pouvoir se dispute, le pays attend », résume-t-il. L’examen du projet de loi de finances rectificative (LFR) de 2026 constitue le principal point d’appui de sa critique.
Selon la chronologie rapportée par l’APR, le texte, rejeté en commission, a été renvoyé le 27 octobre devant la Commission des finances, à la demande du gouvernement, pour poursuivre les discussions. Le parti reconnaît au Parlement le droit de débattre, d’amender ou de rejeter un projet de loi. Il estime toutefois que les divergences actuelles traduisent une crise politique au sein d’une majorité qui avait sollicité les suffrages autour d’un projet commun. À ses yeux, les responsables de Pastef ne peuvent se dissocier des orientations budgétaires et du Plan de redressement économique et social (PRES) qu’ils ont eux-mêmes portés.
Des révisions budgétaires contestées
Sur le terrain économique, l’APR met en avant plusieurs chiffres qu’elle attribue au projet de LFR. Elle relève une baisse des recettes budgétaires de 340,1 milliards de francs CFA, une hausse des dépenses de 150 milliards et un déficit porté de 5,4 % à 7,6 % du produit intérieur brut. Elle mentionne également une révision de la croissance de 5 % à 2,7 % et une réduction des investissements publics de 555 milliards de francs CFA.
Pour le parti, ces ajustements interrogent la solidité des prévisions initiales et les résultats du PRES. Il redoute leurs conséquences sur les commandes aux entreprises, l’emploi et la réalisation des infrastructures. La dette intérieure occupe une place importante dans ses demandes. Citant des chiffres qu’elle attribue au gouvernement, l’APR évoque près de 1 956 milliards de francs CFA d’arriérés, dont 300 milliards seraient destinés à être apurés. Elle réclame la publication d’un calendrier de règlement des créances reconnues et exigibles, avec une attention particulière aux petites et moyennes entreprises fragilisées par les retards de paiement.
Le parti s’interroge aussi sur les conditions de financement de l’État. Il avance un besoin brut de financement de 6 774,2 milliards de francs CFA en 2026, dont plus de 4 500 milliards au titre de l’amortissement de la dette. Au-delà du déficit annuel, il demande des explications sur le coût et les conditions du refinancement. Concernant les discussions avec le Fonds monétaire international, l’APR prend acte des avancées annoncées, mais demande à connaître les engagements budgétaires envisagés, les garanties de financement et leurs conséquences sociales. Elle insiste sur la nécessité de préserver le pouvoir d’achat et l’activité économique.
Énergie : des précisions réclamées sur les subventions
L’approvisionnement énergétique constitue un autre volet de la déclaration. L’APR fait état de coupures d’électricité et de perturbations dans la distribution des produits pétroliers. Elle s’inquiète des répercussions de la hausse des carburants sur les transports, les marchandises et les coûts de production. Selon les chiffres cités dans son texte, les subventions énergétiques passent de 250 à 790,3 milliards de francs CFA dans le projet de LFR. Le parti demande au gouvernement de préciser sa stratégie de sécurisation des combustibles et de continuité de la fourniture d’électricité.
Il réclame également des détails sur le passage annoncé à des subventions ciblées : bénéficiaires, mécanismes de sélection et conséquences sur les tarifs. Pour l’APR, les arbitrages financiers doivent tenir compte des ménages vulnérables comme des besoins des entreprises. À ces demandes s’ajoutent le respect des accords sociaux, l’amélioration du fonctionnement des écoles et des structures sanitaires, ainsi que la publication d’un calendrier électoral transparent.
Un retour aux urnes évoqué sous condition
Sur le plan institutionnel, l’APR appelle à clarifier les responsabilités de l’Exécutif et de l’Assemblée nationale. Elle défend à la fois l’exercice des prérogatives gouvernementales et la liberté du Parlement dans ses missions de contrôle et de vote. Le parti estime qu’en cas d’impasse durable, la question d’un retour aux urnes pourrait être examinée dans les conditions prévues par la Constitution. Il ne précise toutefois pas le scrutin envisagé et souligne qu’une telle perspective ne dispense pas les autorités de répondre aux urgences économiques et sociales.
L’APR termine sa déclaration par un appel au rassemblement de l’opposition. Elle réaffirme son soutien à la coalition Takku Wallu Sénégal et son engagement au sein du FDR. Elle salue également la mobilisation d’autres responsables politiques, dont Idrissa Seck, contre les orientations du pouvoir. Sous la direction de Macky Sall, le parti dit poursuivre sa réorganisation et préparer une offre politique pour 2029. Il entend construire cette alternative autour de son expérience gouvernementale, de son implantation territoriale et d’un projet qu’il annonce vouloir renouveler.






