Publié le 4 Nov 2026 - 18:26
AUX ORIGINES DE LA RÉVISION

Diba mouille Ousmane Sonko et sa LFI

 

Dans le rapport de la Commission, le ministre des Finances et ses équipes présentent la loi de finances rectificative comme un exercice de mise en cohérence des autorisations parlementaires avec les perspectives révisées de recettes et de dépenses. Alors que la LFI tablait sur un taux de croissance de 5 %, la LFR mise sur un taux de 2,7 %. Pendant que le déficit était d’environ 1 245 milliards de FCFA dans la LFI, soit 5,4 % du PIB, il a été porté à 1 735 milliards de FCFA, soit 7,6 % du PIB dans la LFR….

Selon le rapport, les ministres ont relié cette évolution à une diminution nette des recettes évaluée à environ 415 milliards de FCFA et à un accroissement net des dépenses de l’ordre de 74 milliards de FCFA. Pour eux, la réduction des dépenses avait permis de limiter la dégradation du solde. « Selon les simulations présentées, en l’absence de ces ajustements, le déficit aurait pu atteindre environ 9,8 % du PIB. »

« S’agissant des investissements prioritaires, le ministre chargé du Budget a expliqué que les réductions de crédits découlent principalement de la baisse des recettes, de l’accroissement de la subvention au secteur de l’énergie pour atténuer l’impact du choc sur les prix des hydrocarbures sur les populations et des contraintes de financement », indique le rapport.

Les ajustements ont été déterminés, à en croire les membres du gouvernement, selon la maturité des projets, leur niveau d’exécution et les engagements déjà contractés. « Les réductions de 295,6 milliards de FCFA affectant les projets financés par les recettes du Plan de redressement économique et social (PRES) ont été justifiées par un recouvrement de 174 milliards à fin septembre 2026, contre une prévision annuelle de 762,6 milliards de FCFA », justifie le ministre des Finances et ses équipes.

ÉNERGIES

Les risques d’un black-out

Les questions relatives aux subventions énergétiques et aux bourses de sécurité familiale sont également au cœur des divergences entre le gouvernement et la majorité.

À propos des subventions énergétiques, le ministre a souligné que la dotation initiale de 250 milliards était intégralement consommée. « Au 26 octobre 2026, les créances déclarées s’établissaient à 137,7 milliards auprès du Fonds de soutien à l’énergie et à 182,8 milliards auprès de la CRSE et de SENELEC, soit 320,5 milliards, hors dossiers encore en instruction auprès de la CRSE », informe le ministre dans le rapport. Cheikh Diba annonce que « des paiements supplémentaires de 155,5 milliards étaient programmés pour novembre et décembre, concernant notamment les pertes commerciales et les achats de combustibles de SENELEC ».

Le ministre des Finances a, en outre, précisé que les créances déclarées par les acteurs du secteur avoisinaient 320 milliards de FCFA. « En l’absence de l’adoption de la LFR 2026 et de l’ouverture des crédits additionnels qu’elle prévoit, le Fonds de soutien au secteur de l’énergie ne disposerait pas des moyens nécessaires pour faire face à ces charges, alors que les opérateurs doivent continuer à financer les importations de carburants et l’approvisionnement des centrales électriques en combustibles », avertit le ministre.

Cette situation entraînerait, selon lui, une accumulation des arriérés, aggraverait les difficultés de trésorerie des opérateurs et exposerait le pays à des risques de ruptures d’approvisionnement et de délestages. « Le ministre a ainsi souligné que l’adoption de la LFR 2026 constitue un enjeu majeur pour la continuité de l’approvisionnement énergétique et la prévention d’une crise susceptible d’affecter les ménages et l’activité économique », rapporte le rapport.

BOURSES DE SÉCURITÉ FAMILIALE

Pastef dénonce les 70 milliards consacrés aux bourses

Il y a quelques jours, Ousmane Sonko dénonçait la réduction de l’enveloppe dédiée aux bourses de sécurité familiale, qui auraient été portées de 35 milliards à 22 milliards dans la LFR, alors même que lui voulait la porter à 51 milliards dans la LFR. Après les explications du gouvernement qui montrent que l’enveloppe a plutôt été portée à 70 milliards, les députés de Pastef ont changé de stratégie en remettant en cause la pertinence même des bourses.

Selon le rapport, certains intervenants ont fait observer que l’allocation annuelle de 140 000 FCFA par ménage, correspondant à 35 000 FCFA par trimestre, représentait environ 11 667 FCFA par mois. « Rapportée à un ménage de huit personnes, cette somme équivaudrait à près de 48 FCFA par personne et par jour. Ils ont considéré que ce niveau de transfert demeurait particulièrement faible au regard des besoins essentiels des bénéficiaires et se sont interrogés sur sa capacité à favoriser une sortie durable de l’extrême pauvreté. »

À cet égard, les commissaires ont insisté sur la nécessité de disposer d’une évaluation indépendante de l’impact des bourses de sécurité familiale, après plus d’une décennie de mise en œuvre. « Ils ont demandé des informations sur le nombre de ménages effectivement sortis de l’extrême pauvreté, les critères de maintien et de sortie du programme, l’évolution des revenus des bénéficiaires ainsi que les effets des transferts sur leur accès à l’alimentation, à la santé, à l’éducation et aux activités économiques », ont-ils souligné.

Les députés se sont également interrogés sur l’opportunité de recourir à des emprunts de longue maturité pour financer des transferts sociaux récurrents, sans disposer préalablement d’une évaluation approfondie de leur efficacité.

FMI – DETTE - HYDROCARBURES

Ce que risque le Sénégal  

Les conséquences de ce rejet pourraient être néfastes, si le gouvernement n’arrive pas à convaincre les partenaires sur ses capacités à poursuivre les politiques indispensables pour respecter sa trajectoire budgétaire. La principale préoccupation à ce jour, c’est un retard dans la signature du programme avec le Fonds monétaire international.

Comme le disait le professeur Amath Ndiaye dans notre édition d’hier, le FMI a besoin de garanties sur la capacité du gouvernement à mettre en œuvre les engagements budgétaires négociés, notamment en matière de réduction du déficit. Idem pour les créanciers qui ont besoin d’un nouvel accord avec le FMI pour poursuivre dans un climat serein les discussions dans le cadre du traitement de la dette.

Sans accord avec les partenaires, le gouvernement va continuer de s’endetter à des taux excessifs, ce qui diminue fortement ses marges de manœuvre budgétaire. Cela pourrait mener également au défaut de paiement avec des conséquences néfastes.

Certains responsables de Pastef semblent en être bien conscients. “Le Sénégal risque le défaut pour la première fois de son histoire, et c'est l'entêtement incompréhensible de Diomaye Faye qui en sera la cause”, accuse l’ancien directeur général de Petrosen, Alioune Gueye. Pire, le ministre des Finances avertissait déjà contre des difficultés dans l’approvisionnement du pays.

Le gouvernement devra forcément recourir à l’article 86 de la Constitution pour imposer sa LFR et éviter d’évoluer dans l’illégalité le risque de l’année.

 


REJET DE LA LFR 2026

Le droit de dire non, le devoir d’expliquer

En rejetant le projet de loi de finances rectificative 2026, les députés ont exercé une prérogative qui leur appartient. Mais au-delà du vote, une exigence demeure : expliquer aux Sénégalais les raisons précises de leur décision et ses conséquences sur la conduite des affaires publiques.

L’Assemblée nationale a rejeté, mardi 3 novembre, le projet de loi de finances rectificative présenté par le gouvernement. À l’initiative du député Amadou Ba, une question préalable a mis fin à l’examen du texte avant la discussion générale. Après rectification du décompte par l’Assemblée, 126 voix se sont prononcées en faveur du rejet.

Ce vote constitue un revers pour le gouvernement. Il confirme également la profondeur des tensions entre l’Exécutif et la majorité parlementaire issue de Pastef, dans un contexte politique marqué par la rupture entre le président Bassirou Diomaye Faye et son ancien Premier ministre, Ousmane Sonko.

Mais les députés sont pleinement dans leur rôle lorsqu’ils contestent un projet qu’ils estiment contraire à l’intérêt général. Le Parlement n’est pas une chambre d’enregistrement. Sa mission de contrôle peut le conduire à s’opposer à un gouvernement, y compris lorsque celui-ci est issu de sa propre famille politique.

Des interrogations qui appellent des réponses

Encore faut-il que les citoyens puissent comprendre les motifs du refus. Le député Amadou Ba a notamment évoqué des réserves sur la sincérité des prévisions budgétaires et l’insuffisance des informations mises à la disposition des parlementaires. L’Assemblée nationale a aussi mentionné des préoccupations liées à des coupes dans les secteurs de la santé et de l’éducation.

Ces objections méritent d’être détaillées. Quelles prévisions les députés jugent-ils irréalistes ? Quels documents manquent-ils pour apprécier le projet ? Quelles dépenses sociales seraient touchées et dans quelles proportions ? Quelles solutions proposent-ils pour répondre aux besoins de financement de l’État ?

Le gouvernement doit, de son côté, fournir les éléments demandés et expliquer ses arbitrages. Il ne suffit pas d’invoquer la nécessité d’ajuster le budget : encore faut-il démontrer pourquoi les mesures proposées sont justifiées et quelles seraient leurs conséquences pour les populations.

Éclairer les Sénégalais

Le rejet de la LFR ne laisse pas l’État sans budget : la loi de finances initiale continue de s’appliquer, sans les modifications proposées. Mais les difficultés que le gouvernement entendait traiter par cette rectification demeurent. Leurs effets éventuels sur la trésorerie, les investissements et les dépenses publiques doivent être clairement exposés.

À l’approche de l’examen du budget de 2027, le risque est que la confrontation politique prenne le pas sur la discussion des priorités nationales. Les Sénégalais ont besoin de savoir ce que chaque camp défend, mais aussi ce qu’il propose.

Rejeter un texte est un droit parlementaire. En expliquer les raisons et les conséquences est une responsabilité démocratique. C’est à cette condition que le vote du 3 novembre pourra être compris pour ce qu’il devrait être : un acte de contrôle au service de l’intérêt général.

 

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