Publié le 20 Jun 2024 - 20:20

ÉVOLUTION ET DÉFIS DE LA SÉCURITÉ DANS NOS VILLES

 

Récemment les éléments de la brigade de Pikine ont saisi un dépôt abritant des produits périmés attribués à un commerçant véreux qui voulait écouler ces produits dangereux dans cette période de tabaski. Dans la même période, de retour d’un marché hebdomadaire de Thillé Boubacar dans le Podor, des vendeurs de moutons ont été les victimes d’une attaque par des hommes armés et encagoulés vers 18 heures. Les malfrats ont tiré sur les pneus du véhicules et emporté de fortes sommes d’argent. Ces faits déplorables ne sont pas nouveaux malheureusement. Ils tendent à se répéter et finiront à installer un climat d’insécurité et de psychose. Les saisies de drogue par les douaniers sont récurrentes et défraient la chronique.

De même, la présence de motos dans notre cadre de vie en ajoute une couche si on sait que les utilisateurs de ces engins échappent au contrôle des services publics et représentent un réel danger pour tout le monde. Comme l’a si bien souligné Mr le Colonel (ER) Alioune Diop dans son article ‘’Mettre fin au calvaire des motos-taxis à Dakar : Une urgence désormais vitale’’ paru dans le quotidien Enquête du Mardi 21 Mai 202.  

En effet, des étrangers sont fortement impliqués dans cette activité sans casque de protection ni numéro d’identification. Ils ne s’arrêtent pas aux feux de signalisation ni ne respectent aucune règle du code de la route. Les motos au Sénégal viennent après celles du Nigéria, de l’Ouganda, de la RDC, de la RCA, du Cameroun, du Bénin et du Burkina. Dans ces pays, leur utilisation est strictement contrôlée règlementée. Le Sénégal gagnerait beaucoup à en faire autant pour réduire les accidents et les crimes dans lesquels ces motos sont impliquées.

Seulement chez nous, nous avons la mauvaise habitude de réagir après des catastrophes en lieu et place d’une proactivité d’où découle un comportement qui nous pousse à la résolution d’un problème avant qu’il ne se produise. Ce comportement proactif implique d’agir bien avant une situation future, plutôt que de réagir.  

Nous avons tous un besoin humain fondamental de nous sentir en sécurité : être à l’abri des menaces, avoir une confiance et le soutien nécessaires pour continuer à avancer dans la vie. Pour notre épanouissement, il est essentiel d’être dans un état où les risques et les conditions entraînant des dommages physiques, psychologiques ou matériels sont maîtrisés afin de préserver la santé et le bien-être des personnes et de la collectivité. Lorsque nous nous sentons en sécurité, nous trouvons plus facile de travailler, de nous détendre et de nous concentrer sur nos relations et nos responsabilités citoyennes.  

La sécurité urbaine, entendue comme l’absence de menace sérieuse en matière de criminalité et de perception subjective de la protection, dépend aujourd’hui de divers facteurs structurels et locaux. L’urbanisation est devenue l’un des premiers aspects structurels qui influencent les villes et leur sécurité. Comme cette tendance va s’accentuer, la criminalité sera principalement urbaine et de plus en plus polymorphe, complexe et difficile à contenir par le contrôle social spontané qui caractérise les zones rurales et les petites villes.

En outre, l’essor démographique a une influence qui s’étend sur les villes. Par conséquent, la délinquance deviendra encore plus complexe. Cela a un impact sur certaines formes de criminalité, telles que le crime organisé, le trafic de drogue, les cambriolages, les vols et les braquages. A mesure que l’urbanisation se développe, les villes se mondialisent et la criminalité devient plus complexe. Cette évolution nous oblige à réinventer la coproduction de la sécurité dans de nouveaux contextes, avec la participation des acteurs étatiques et locaux tels que la société civile et la population dans son ensemble.

 Par ailleurs, le processus d’exode rural implique la coexistence de comportements divers au sein des villes et met en évidence le défi de la gestion de ces différences et des conflits qu’elles provoquent. Par conséquent, les types de criminalité varient selon les régions, atteignant dans certains cas des quartiers sans loi.

L’augmentation exponentielle qui a suivi la sécheresse des années 1970 et le Covid 19 a été caractérisée par la présence de la majorité de la population autour de toutes les opportunités économiques du pays concentrées dans la capitale. Étant donné que le phénomène de la criminalité urbaine est multi causal et découle de différentes variables, les forces de sécurité doivent maintenant utiliser de nouveaux outils modernes pour faire face à l’évolution de la tendance dans ces activités criminelles.

Bien que nous ayons tendance à considérer la sécurité comme une responsabilité centrale des autorités gouvernementales, il n’en demeure pas moins qu’elle devrait au même moment être la responsabilité de tous si nous voulons gagner la bataille contre la criminalité. Cependant, il est essentiel de développer une politique de prévention au niveau local qui implique l’utilisation d’une méthodologie rigoureuse qui inclut un diagnostic participatif pour comprendre la réalité et les causes de la criminalité. En matière de prévention, les forces de sécurité ont une responsabilité unique car elles peuvent bénéficier de la proximité avec la population et donc connaître les besoins et les caractéristiques du territoire.

En tout état de cause, la cohérence entre la prévention et les politiques sociales est fondamentale car les causes de la criminalité sont enracinées dans le tissu social de la ville. L’idéal des politiques de prévention consiste à se concentrer sur les groupes vulnérables et, en même temps, à s’attaquer à la modification des facteurs structurels qui génèrent les vulnérabilités. Les limites les plus courantes à l’adoption de politiques de prévention sont l’absence d’un cadre institutionnel adéquat, de ressources financières et d’évaluations rigoureuses.

Parmi les recommendations issues des assises de la Justice, il y en a une qui était relative à une amende à infliger aux fumeurs de chanvre indien sous prétexte que les mettre en prison remplirait inutilement les prisons. Pour ma part, je suis de ceux qui pensent que cela signifierait plutôt une autorisation donnée aux fumeurs à plus laisser les bouffées de fumées polluer notre environnement et donnerait en même temps un signal de la tendance excessive à la conciliation et la tolérance de pratiques inacceptables ; une absence de rigueur dans la démarche justifie en partie la répétition des crimes liés au petit et grand banditisme.

Une autre recommendation avait trait à la construction de plus de prisons où incarcérer les criminels de toutes sortes. Il est retenu que la prison joue un rôle clé dans la protection de la société contre les criminels et la criminalité. Les prisons veillent à ce que les prisonniers soient confinés en toute sécurité, loin du reste du public, jusqu’à ce qu’ils se réforment et puissent réintégrer la société en tant que membres respectueux des lois. Dans cette optique, il ne serait pas mauvais d’envisager des peines en travaux communautaires ou mieux encore, en travail dans des périmètres irrigués de l’Etat sous la surveillance de l’Administration pénitentiaire pour participer à l’autosuffisance alimentaire qui est à l’ordre du jour.

Le défi actuel est de s’attaquer à ces problèmes avec proactivité et faire preuve de beaucoup de courage et de rigueur et dans le cadre d’un processus articulé entre les Forces de Défense et de sécurité et la population dans son ensemble.

Mr Alioune FALL, Capitaine (ER)

108, Comico Mermoz

Dakar

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