Publié le 25 Nov 2024 - 11:10
ASSANE DIOMA NDIAYE SUR LE MANDAT DE LA CPI CONTRE NETANYAHU ET CONSORTS

‘’Le Sénégal, en tant que signataire du Statut de Rome, a l’obligation de respecter ses engagements internationaux’’

 

La Cour pénale internationale a franchi une étape majeure, en émettant des mandats d'arrêt contre des figures de premier plan comme Benjamin Netanyahu, Yoav Gallant et Mohammed Deif. Cette décision suscite des interrogations sur l'avenir de la justice internationale et ses répercussions sur les relations diplomatiques mondiales. Maitre Assane Dioma Ndiaye, avocat sénégalais agréé près de la CPI, livre son analyse éclairée sur cette initiative historique, ses implications politiques et les défis à venir pour une véritable application du droit international.

 

La Cour pénale internationale (CPI) a récemment émis des mandats d'arrêt contre Benjamin Netanyahu, Yoav Gallant, et Mohammed Deif. Quelle est votre analyse de cette décision, en tant qu'avocat agréé près de la CPI depuis 2010 ?

Assane Dioma Ndiaye : À vrai dire, on ne peut pas réellement parler d'une portée symbolique inédite. Ce n'est pas la première fois que la CPI délivre un mandat d'arrêt contre un chef d'État en exercice ou un ancien dirigeant. On se souvient de l'affaire du président soudanais Omar el-Béchir. Ce qui distingue ce cas, c’est l’envergure des personnalités visées, en particulier Benjamin Netanyahu, soutenu par des puissances majeures comme les États-Unis et d'autres membres du Conseil de sécurité de l'ONU.

Cette décision marque-t-elle une avancée vers une justice internationale plus équitable ?

 Absolument. Elle témoigne d'une volonté de la CPI d'incarner une justice universelle, impartiale, sans distinction de rang ou de puissance des accusés. C'est une démarche essentielle pour renforcer la crédibilité de la cour, souvent critiquée pour son focus sur les dirigeants africains. Ce mandat pourrait marquer un tournant, mais son impact concret dépendra de la coopération internationale.

Pensez-vous que cela pourrait renforcer ou fragiliser les relations internationales ?

C’est un couteau à double tranchant. D'un côté, cela envoie un message fort : nul n'est au-dessus des lois. Un monde plus juste et apaisé est envisageable, si cette décision est soutenue. D'un autre côté, elle risque de braquer des puissances comme les États-Unis, la Russie ou la Chine, qui pourraient remettre en question leur coopération avec la CPI, voire se désengager de certains engagements internationaux. Cette décision pourrait polariser davantage les relations internationales.

Comment assurer l’application de ces mandats d’arrêt ?

La coopération des États est cruciale. Pour que ces mandats soient exécutés, les suspects doivent quitter Israël où ils sont protégés. Si l’un d’eux voyage dans un pays signataire du Statut de Rome, ce pays a l'obligation de procéder à son arrestation. Mais l'histoire a montré la difficulté de ces procédures. L’Afrique du Sud avait tenté, en vain, d’arrêter Omar el-Béchir. L’engagement des États est donc indispensable, tout comme la pression des sociétés civiles pour soutenir la CPI dans sa mission contre l’impunité.

Quelles pourraient être les conséquences pour le Sénégal, notamment dans ses relations avec Israël ?

Le Sénégal, en tant que signataire du Statut de Rome, a l’obligation de respecter ses engagements internationaux. Une décision judiciaire internationale ne devrait pas faire l’objet de considérations diplomatiques. Comme l’a fait la France, le Sénégal pourrait simplement prendre acte des mandats sans commentaire. Cependant, si une situation se présentait où le Sénégal devait agir, il devrait respecter ses obligations, sous peine de compromettre sa crédibilité sur la scène internationale.

 

Amadou Camara Gueye

 

Section: 
REVISION CONSTITUTIONNELLE : Le PDS exige un référendum et appelle à un sursaut républicain
RÉVISION CONSTITUTIONNELLE-AMANDEMENTS DE LA MAJORITÉ PARLEMENTAIRE : Le gouvernement pour une concertation avec les acteurs politiques et de la société civile
RENVOI CODES DU TRAVAIL, CONDITIONS POUR LA RÉVISION DE LA CONSTITUTION : L’Assemblée déclenche la guerre
RÉVISION DE LA CONSTITUTION : Pastef dans un engrenage
THIES - REFORMES INSTITUTIONNELLES L’APR dénonce une « dérive »
POLITIQUE : Juan Branco, l’allié encombrant du Pastef
RECONFIGURATION POLITIQUE : Une drôle d'opposition
APRÈS LA DÉCISION DU CONSEIL CONSTITUTIONNEL SUR OUSMANE SONKO Le FDR appelle à la constitution d’un large front contre le pouvoir
RÉINTÉGRATION OUSMANE SONKO Le Conseil Constitutionnel clôt le débat
CANDIDATURE À L'ONU : Macky Sall poursuit sa campagne diplomatique en Europe
POUVOIRS DE L’ASSEMBLÉE NATIONALE Entre fantasmes et réalité
TENSIONS EXPLOSIVES AU PARTI SOCIALISTES : Une motion de confiance sur fond de violents affrontements
CRISE AU PARTI SOCIALISTE Des lendemains incertains dans la maison de Senghor
NOMINATION DE SUPERVISEURS ADJOINTS : Diomaye Faye muscle son appareil politique
POLITIQUE : Suspicions généralisées au sommet de l’État
L'AFFAIRE ASER OCCUPE LE DEVANT DE LA SCÈNE Du livre de Bachir Fofana à la conférence de Thierno Alassane Sall
ASSEMBLEE GÉNÉRALE PS DEMAIN : L’Union régionale de Dakar dénonce des appels à la violence
Alain Diouf remplace Aminou Lo…
Pastef-Les Patriotes
RÉINTÉGRATION D’OUSMANE SONKO : La compétence du Conseil constitutionnel à l’épreuve