Publié le 11 May 2015 - 11:49
AU BORD DE LA FAILLITE ECONOMIQUE

La Gambie appelle le FMI au secours et menace

 

Placée depuis 2012 sous le régime de la facilité élargie de crédit (FEC) qui fournit une aide financière aux pays qui connaissent des difficultés prolongées de balance des paiements, la Gambie a maintenant clairement fait savoir à la patronne du FMI qu'elle n'est plus en mesure de respecter ses engagements. Dès lors, le pays de Jammeh  demande qu'une aide urgente lui soit accordée pour éviter une catastrophe imminente.

 

Les programmes économiques de Yahya Jammeh n'ayant jamais su rétablir la stabilité et la viabilité macroéconomiques de la Gambie tout en favorisant une croissance vigoureuse et durable et la réduction de la pauvreté, ce voisin du Sénégal souffre  aujourd’hui de l'effritement comme peau de chagrin de l’aide extérieure et de ses réserves en devises étrangères.

Dans une lettre adressée le 4 mars dernier à Madame Christine Lagarde, la directrice générale du FMI, Kebba Touray, le ministre de l'Economie et des Finances de la Gambie et Amadou Colley, le gouverneur de la Banque centrale gambienne dressent  un tableau sombre et alarmant au FMI. Ils indiquent que les finances publiques et l'économie de leur pays souffrent gravement des dommages collatéraux liés à l'épidémie Ebola dans la sous-région ouest africaine et admettent que des dérapages budgétaires et l'écroulement de plusieurs entreprises publiques font que la situation nécessite une intervention urgente du FMI.

Indiquant qu'il est désormais impossible pour la Gambie de respecter ses engagements contractés en 2012 sous le régime de la facilité élargie de crédit (FEC), les autorités gambiennes demandent que le FMI place leur pays sous le régime de la facilité de crédit rapide (FCR). C'est l'outil qui permet d'apporter rapidement une aide financière concessionnelle assortie d'une conditionnalité limitée aux pays à faibles revenus qui se heurtent à un problème immédiat de balance des paiements.

Mais Jammeh et son régime placent la barre très haute pour montrer le caractère urgent de leur requête à la lumière de la gravité de la situation. La Gambie demande en effet que le FMI lui fournisse un soutien immédiat sous la forme d'un versement équivalent à 25 pour cent de ses droits de tirage spéciaux (DTS) au FMI, soit 7 775 000 DTS (environ 11 millions de dollars) que l'institution dirigée par Christine Lagarde devra verser à la Banque Centrale de Gambie (CBG) pour qu'elle puisse à son tour prêter au moins 7 millions de dollars au gouvernement, afin qu'il puisse couvrir ses exigences budgétaires. Cette demande signifie simplement que la Gambie dont le Dalasi, la monnaie nationale, chute vertigineusement face aux devises étrangères, demande à disposer de 25% de ses réserves officielles qui auraient dû servir à racheter sa monnaie nationale sur les marchés des changes internationaux, au besoin pour maintenir son taux de change qui vire à la catastrophe. Le dollar s'échange désormais à 54 Dalasis sur le marché gambien alors que la livre sterling est à 80 Dalasis.

Yahya Jammeh impose son taux de change et menace

La situation est si délétère que le président Jammeh a fait diffuser un communiqué le 4 mai dernier à la télévision nationale gambienne pour annoncer : "La présidence de la République est intervenue pour freiner la montée du taux de change des devises étrangères face au Dalasi.’’

 Le communiqué de Jammeh souligne que plus aucune banque ou individu ne doit échanger les dollars américains à un taux dépassant les 45 Dalasis. ‘’Le nouveau taux d'échange du dollar est placé entre 35 et 45 Dalasis’’, selon les ordres du président gambien. Annonçant que les taux des autres devises étrangères seront bientôt annoncés, Jammeh avertit que "plus personne n'a le droit de sortir de la Gambie un montant de plus de 10 000 dollars, ou l'équivalent en livres sterling ou en euros sans l'approbation du Bureau du président".

 L'homme fort de Banjul a par ailleurs annoncé que ses services de sécurité vont inspecter tous les bureaux de change à la recherche de ceux qui auraient la malchance de faire de la rétention de devises étrangères. Le communiqué est clair : "Toutes devises étrangères classées comme telles seront saisies et confisquées par la Présidence gambienne."

Mame Talla Diaw

 

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