Publié le 17 Feb 2015 - 19:24
AXE BANJUL-DAKAR

Jammeh invite Macky

 

Le nuage s’est-il dissipé entre Banjul et Dakar ? En attendant une réponse adéquate à cette question, Yahya Jammeh semble avoir retrouvé ses esprits et a invité son homologue du Sénégal, le président Macky Sall, à se rendre à Banjul mercredi 18 février 2015, pour assister à la cérémonie officielle marquant les 50 ans de l’accession de la république de Gambie à la souveraineté internationale. Une invitation du dictateur gambien qui concorde avec la tension palpable née du coup d’Etat manqué contre le régime de Jammeh, le 30 décembre dernier.

A moins de simuler une nouvelle volonté de bon voisinage avec le Sénégal comme lui seul sait le faire, Yahya Jammeh souhaite la présence de Macky Sall en même temps que cinq autres chefs d’Etat lors des célébrations marquant le jubilé d’or de la république de Gambie, un pays que le natif de Kanilai dirige d’une main d’acier depuis le 22 juillet 1994, à la faveur d’un coup d’Etat contre le régime de Dawda Kairaba Jawara. Sont notamment attendus Ernest Bai Koroma de la Sierra Leone, John Mahama du Ghana, Alpha Condé de la Guinée, Jose Mario Vaz de la Guinée Bissau et Mohamed Ould Abdel Aziz de la Mauritanie.

Reste à savoir si le président Macky Sall va se rendre à Banjul ce mercredi pour honorer de sa présence l’invitation de Yahya Jammeh. Car l’année dernière, pour cette même fête de l’indépendance, Macky Sall avait seulement dépêché une délégation  à Banjul. Pourtant, huit mois plus tard, le chef de l’Etat du Sénégal s’était rendu en personne à Banjul comme invité d’honneur du dictateur gambien afin de célébrer les vingt ans du coup d’Etat ayant porté Yahya Jammeh au pouvoir. Ce qui avait suscité l’incompréhension des nombreux opposants gambiens ayant trouvé refuge au Sénégal. Ils ne comprenaient pas que Macky Sall choisisse d’être présent à Banjul pour fêter l’anniversaire d’un coup d’Etat à la place de l’accession de leur pays à la souveraineté internationale. Mais entre juillet et décembre 2014, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts.

Les manifestations et autres déclarations télévisées, à Dakar, d’opposants gambiens soutenus par les organisations de la société civile au Sénégal, ont fini par agacer le dictateur gambien. Le coup d’Etat manqué du 30 décembre 2014 est venu corser l’addition. Assurant que ce qui s'est passé n'est pas un coup d'Etat, Yahya Jammeh a alors formellement mis en cause les autorités sénégalaises, trois jours plus tard, sur la télévision nationale gambienne (GRTS), affirmant que ce sont des terroristes qui ont infiltré son pays à partir du Sénégal.

Le dictateur avait ensuite déclaré qu'un groupe de presse basé au Sénégal attendait de diffuser les premières minutes au pouvoir de ceux qui voulaient sa tête. Yahya Jammeh a ajouté d'un ton malicieux que "les voisins qui me veulent du mal peuvent aller voir ailleurs, car leur entreprise de déstabilisation ne réussira jamais. Je leur donne rendez-vous le 25 mai prochain, date de mon anniversaire. Ils auront la surprise de leur vie", a promis Jammeh sans en dire plus sur cette mauvaise surprise qu'il réserve à son voisin. En revanche, l'évidence est que la Gambie n'a qu'un seul voisin: le Sénégal.

Il faut dire que les menaces de Jammeh ne sont pas tombées dans des oreilles de sourds à Dakar où les autorités ont vite fait d’arrêter et d’expulser l’opposant gambien Sidya Bayo qui multipliait les sorties virulentes et les appels à faire tomber le régime de Jammeh, au besoin par les armes. Le gouvernement du Sénégal publiait ensuite un communiqué officiel condamnant le putsch manqué de décembre dernier. Ce qui n’a rien altéré à la colère Yahya Jammeh qui a réitéré ses accusations contre son voisin à tous les groupes venus lui exprimer leur soutien. Au demeurant, le Senegal bashing a toujours été la marque de fabrique du dictateur Jammeh qui soutient la rébellion indépendantiste de Casamance.

Pour rappel, en juillet 2013 déjà, lors d’un entretien télévisé diffusé sur une chaîne privée sénégalaise, Yahya Jammeh accusait le Sénégal d'accueillir des "opposants gambiens et des personnes impliquées dans un coup d'Etat" et a soutenu que les relations avec Dakar n’étaient pas bonnes. Au point que Jammeh, faisant dans la menace, avait déclaré en parlant de la Casamance : "Si le Sénégal change de politique par rapport à la Gambie, je vais m'impliquer dans la solution de la crise. S'il ne le fait, je ne vais pas le faire."

 

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