Publié le 3 May 2018 - 20:50
BIZARRERIE AUTOUR DES DIPA

Un bateau de 11 000 tonnes de sucre plonge la CSS dans la tourmente

 

Alors que les larmes des syndicalistes ne se sont pas encore asséchées, pendant que le président de la République tentait de les consoler à l’occasion de la fête du Travail, un nouveau bateau de 11 000 tonnes de sucre accostait au Port de Dakar, plongeant ainsi les travailleurs de la CSS dans une peur bleue.

 

C’est bizarre ! Le président de la République affirme que son gouvernement a interdit toutes les importations en sucre pour protéger la Compagnie sucrière sénégalaise, depuis plusieurs mois. Les syndicalistes, pendant ce temps, déplorent un marché inondé par le sucre importé. C’était à l’occasion de la cérémonie de remise des cahiers de doléances, le 1er mai. Amary Diouf est responsable au niveau de la Coalition syndicale/Section CSS. Il enfonce le clou : ‘’Au moment où l’on parle, il y a un bateau de 11 000 tonnes qui tangue dans les eaux profondes du Port autonome de Dakar’’. Ce qui sème davantage la panique dans la tête des travailleurs qui ne savent plus à quelle autorité se vouer. Certaines indiscrétions ne mettent d’ailleurs pas de gants pour indexer un riche industriel de la place d’être le propriétaire de la cargaison en question.

Loin de Dakar, à Richard Toll, les préoccupations restent intactes. Les travailleurs, à en croire Monsieur Diouf, sont plongés dans une longue nuit dont ils ignorent les tenants et les aboutissants. Une chose semble sûre à leurs yeux : Les importations sont tout sauf suspendues. Du moins dans la réalité. Ce, malgré les assurances du chef de l’Etat, réaffirmées publiquement lors de la fête du Travail, devant les leaders des organisations syndicales. Amary ne doute point de la volonté du Président Sall de venir à la rescousse de leur entreprise, ‘’gravement menacée’’ par les actes de certains importateurs. Le remerciant pour l’attention particulière qu’il a bien voulu réserver à leur sort, le syndicaliste s’interroge néanmoins sur la non-effectivité de ses instructions. Est-ce du côté du ministère du Commerce ? Comment se fait-il que le produit continue d’envahir le marché malgré la mesure d’interdiction ? Voilà entre autres questions qui  taraudent les travailleurs de la Sucrière de Richard-Toll.

Le ministre du Commerce interpellé

La situation est d’autant plus inquiétante que le syndicaliste Diouf estime que plus de 80 000 tonnes sont en ce moment en souffrance dans les locaux de l’entreprise, à Dakar et à Richard Toll. ‘’Le ministre du Commerce est directement interpellé. Le problème, c’est que les DIPA (déclarations d’importation de produits alimentaires) continuent de circuler. Et c’est le ministère qui les fournit. Il est le maître d’œuvre de la politique du président de la République en la matière. Et ce qui est sûr, c’est que ses instructions ne sont pas respectées. S’il y a un problème, c’est bien à ce niveau qu’on peut le situer’’, explique le responsable syndical.

Malgré les difficultés, la CSS cherche tant bien que mal à gérer la situation. Mais jusqu’à quand ? se demande Amary Diouf qui craint pour leurs emplois. ‘’Pour n’importe quelle entreprise qui produit et qui ne vend pas, il y aura des difficultés de trésorerie. Et en pareils cas, les premiers à en payer les pots cassés, ce sont les travailleurs’’, a-t-il-déclaré. A ceux qui seraient tentés de croire qu’un gel des importations pourrait, en cette veille de ramadan, entraîner des tensions sur le prix du sucre, le syndicaliste rassure : ‘’Il n’y a pas de crainte à ce niveau. La CSS a investi ces dernières années 100 milliards F CFA pour résorber le gap de production. D’ici à 2019, on ne peut rencontrer de tels problèmes. En ce moment, nous avons atteint des productions record. On ne peut avoir des problèmes de satisfaction des besoins du marché.’’

Mor Amar

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