Publié le 21 Dec 2020 - 23:39
CAMPAGNE DE COMMERCIALISATION DE L’ARACHIDE

La Sonacos, s’adapter ou disparaître 

 

Comme l’année dernière, la Société nationale de commercialisation des oléagineux du Sénégal (Sonacos) n’arrive pas à collecter suffisamment de graines. Les producteurs lui conseillent de s’adapter au marché, de se réinventer et  renouveler l’offre de transformation qu’elle propose au consommateur sénégalais.

 

Finalement, les choses ne se déroulent pas comme prévu, pour la Sonacos. La société peine à rassembler un quota de graines satisfaisant, depuis le lancement de la campagne de commercialisation de l’arachide, le 23 novembre 2020. Pour cause ! Les producteurs préfèrent vendre leurs récoltes au plus offrant. Ces exportateurs viennent directement acheter les graines jusque dans les concessions villageoises. Un état de fait qu’avaient prédit les députés, lors du vote du budget du ministère de l’Agriculture. Ils ont demandé un prix au producteur de 300 F CFA au lieu de 250 F CFA, comme c’est le cas actuellement.

A la date du 10 décembre, le ministre Moussa Baldé a annoncé une collecte d’environ 3 000 tonnes par la société nationale, sur un objectif d’au moins 500 000 tonnes. Or, d’un point de vue financier, la tutelle et l’entreprise en question n’ont cessé de rassurer. La cellule de communication de la Sonacos affirme avoir mobilisé 27 millions d’euros sur les 66 millions prévus. Toutefois, la réalité du terrain est tout autre. Malgré une hausse de 40 F sur le prix au producteur, le marché penche une fois de plus en faveur des exportateurs.

Et aujourd’hui, plusieurs voix autorisées ou non accusent les agriculteurs sénégalais de faire preuve d’un manque de patriotisme notoire. ‘’Je pense que le patriotisme économique devrait commencer par la Sonacos. La société pouvait faciliter aux producteurs l’achat d’engrais, de semences ou d’intrants de manière générale. La Sonacos devait aussi soutenir la recherche, appuyer et soutenir les producteurs dans leurs efforts, en tant que détenteurs de matière première, faciliter la mise sur le marché des variétés à haut potentiel de rendement. Et dans le cadre de la RSE, la société peut accompagner et soutenir les plateformes paysannes qui sont là, parce qu’elle a un personnel dédié à l’encadrement les paysans’’, soutient le secrétaire général du Cadre de concertation des producteurs.

Toutes ces actions, en plus d’un appui institutionnel, n’ayant pas été mises en œuvre, Sidy Ba estime que la Sonacos n’a aujourd’hui aucun moyen de pression.

Tout porte à croire que l’ouverture du marché à des exportateurs étrangers ne facilite pas la relève de l’entreprise. Sidy Ba invite la société nationale à changer de paradigmes. ‘’La Sonacos et les autres huileries doivent avoir des relations assez poussées avec les organisations de producteurs, parce que ces derniers sont leur raison d’être. Je pense qu’il est temps qu’elle change de fusil d’épaule. Elle doit savoir que le marché est ouvert et, donc, ces entreprises doivent avoir de très bonnes relations avec ce segment de la population. Elles doivent avoir une collaboration étroite avec les organisations qui ont un ancrage social réel. Il faut que l’entreprise ait des relations contractuelles avec les producteurs que nous sommes et ne pas attendre seulement le mois de novembre pour monter au créneau. A la limite, la Sonacos méprise les paysans, en ciblant ceux qu’ils appellent les correspondants villageois. Ce sont de gros producteurs qui ont une assise financière ou encore des organismes privés stockeurs à qui ils donnent tous les moyens pour les distribuer aux petits producteurs et souvent, ça ne passe pas’’, analyse notre interlocuteur.

Pour le président du Groupement intervillageois de producteurs de Gandiaye, il est temps, pour la société nationale, de s’adapter aux lois du marché. Surtout que ce marché est désormais ouvert aux Turques, Russes, Chinois, des étrangers qui s’insèrent avec une nouvelle approche. ‘’Je pense, poursuit-il, qu’elle devait, dès l’instant que le marché est ouvert, diversifier l’offre de transformation. Si elle le fait, elle sera à même d’acheter au même prix que les Chinois, pour ne pas perdre les graines. Il y a également le renouvellement de ses machines qui s’impose pour être au diapason, car le marché a une autre réalité.

Ceux qui sont présents sur le marché ont commencé à être très agressifs, en proposant plus. Aujourd’hui, l’enjeu, c’est qu’elle soit une usine performante qui va faire consommer aux Sénégalais les huiles que nous produisons, qu’on ait du savon de qualité à la place de celui qui nous vient de la Chine ou de l’Inde. Elle doit apprendre à se moderniser et ne pas uniquement se limiter à la fabrication de l’huile. Avec l’arachide, les exportateurs font de la pâte dentifrice, du savon et de la javel. Ils font même du gain en vendant la coque qui est utilisée comme amendement du sol’’.

Si le producteur reconnaît les efforts consentis par l’Etat du Sénégal (150 000 tonnes d’engrais, près de 75 000 tonnes de semences, tracteurs...), il insiste néanmoins sur la part des agriculteurs qui achètent des intrants en complément à ceux subventionnés par l’Etat.

Selon Sidy Ba, ‘’c’est à la Sonacos et aux autres huiliers d’avoir le flair des affaires et savoir que les choses ont changé. Nous ne sommes plus dans une économie administrée. Le monde a changé ; il faut changer avec et savoir que les paysans de 2020 sont différents de ceux des années 1970. Aujourd’hui, il y a les réseaux sociaux, plusieurs radios, les télés. Or, avant, il n’y avait qu’un seul journal. L’évolution de la société est rapide. Les gens sont plus éveillés, plus alertes, plus fins, plus aguerris. Ce n’était pas le cas avant, lorsque le seul acheteur était l’Etat, la seule usine c’était la Sonacos’’.

 Dans un contexte marqué par la Covid-19, le secrétaire général du Cadre de concertation des producteurs rappelle que les agriculteurs ont fortement été impactés, cela sans bénéficier du soutien de la société nationale qui a eu à faire des dons à d’autres organisations.

Confrontées à un sérieux problème d’approvisionnement, certaines de nos sources affirment que la Sonacos pourrait augmenter son prix d’achat, allant jusqu’à 285 F CFA.

EMMANUELLA MARAME FAYE

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