Publié le 27 Jun 2018 - 15:24
CANDIDATURE DE KARIM WADE

Les diatribes du Parti démocratique sénégalais contre le gouvernement

 

La guerre est loin de se terminer entre le Parti démocratique sénégalais et le gouvernement. Outrés par les sorties récentes des ministres de la Justice et de l’Intérieur sur l’éligibilité de Karim Wade, les cadres libéraux, dans un communiqué, descendent en flammes Aly Ngouille Ndiaye et Ismaïla Madior Fall.

 

Déclarations ‘’laborieuses’’, ‘’fausses’’… Les qualificatifs ne manquent pas aux cadres du Parti démocratique sénégalais, très en colère contre les ministres Ismaïla Madior Fall et Aly Ngouille Ndiaye, respectivement ministres de la Justice et de l’Intérieur. ‘’Au-delà d’être surprenantes et gênantes dans une République qui se respecte, ces déclarations sont gênantes du fait qu’elles méconnaissent les principes les plus élémentaires de séparation des pouvoirs et de répartition des compétences entre pouvoirs constitués’’, ruminent-ils dans un communiqué. De quoi s’agit-il ? La Fédération nationale des cadres libéraux (Fncl) estime que, dans une de ses sorties, le ministre de la Justice avait déclaré que ‘’la loi prévoit que si un citoyen est condamné à 5 ans d'emprisonnement, au moins, il perd ses droits civils et politiques’’. Quant à son homologue de l’Intérieur, il lui est reproché d’avoir affirmé que ‘’Karim Wade n’est pas inscrit sur les listes électorales’’.

En ce qui concerne le premier, les cadres libéraux contre-attaquent : ‘’Un ministre de la Justice, attaché aux valeurs de la République, devrait se soumettre à la règle de la retenue et se garder de faire un commentaire sur une candidature dont la validité relève de la compétence d’un organe juridictionnel.’’ Le même reproche est brandi contre le ministre de l’Intérieur. ‘’Bien qu’il soit militant du parti au pouvoir et reconnaisse travailler inlassablement à la réélection du président de ce parti, il devrait, lui aussi, comprendre que l’acceptation ou le rejet d’une inscription d’un citoyen sur le fichier électoral est du ressort des commissions administratives’’, tiennent-ils à préciser.

 Pour les libéraux, rien ne s’oppose à la candidature de leur leader. ‘’Il faut, disent-ils, rappeler à Ismaïla Madior Fall qui se glorifie d’être un ‘tailleur de haute couture constitutionnelle’, que la perte des droits civils et politiques ne se présume point. Elle doit être prononcée explicitement par un juge sur une base textuelle. Or, l'arrêt condamnant Karim Wade n'a nullement prévu la déchéance de ses droits civils et politiques, malgré la réquisition du ministère public demandant l’interdiction à M. Karim Wade d’exercer des droits civiques, civils et de famille mentionnés à l’article 34 du Code pénal’’.

Pour eux, la Cour ‘’contestée’’ de répression de l’enrichissement illicite a déjà tranché cette question. ‘’En réponse à cette demande du procureur spécial, le juge de la Crei a soutenu qu’en vertu des dispositions de l’article 35 du Code pénal, les tribunaux ne prononcent cette interdiction (la déchéance de ses droits) que lorsqu’elle aura été autorisée ou ordonnée par une disposition particulière de la loi. Or, poursuit le juge, l’article 163 bis du Code pénal qui prévoit et réprime le délit d’enrichissement illicite, n’autorise ni n’ordonne l’interdiction mentionnée à l’article 34 précité ; qu’il y a lieu, dans ces conditions, conclut le juge, de ne pas prononcer la déchéance des droits civils et politiques de Karim Wade’’, rappellent les poulains d’Abdoulaye Wade. Ils ajoutent : ‘’A partir du moment où l’inéligibilité expresse n’a pas été prononcée, la simple information que comportera le casier judiciaire du candidat Karim Wade, c’est celle relative à une simple condamnation assortie d’une amende. Le Conseil constitutionnel réuni à l’effet de statuer sur les candidatures ne disposera que de cette information.’’

Les libéraux ne se sont pas limités là. Ils invoquent également le Code électoral pour valider la candidature de leur leader. Contrairement à Aly Ngouille Ndiaye, ils estiment qu’il faut bien différencier la phase d’inscription et celle de l’éligibilité. Si, pour l’inscription, le problème est déjà résolu pour eux, il reste la problématique de l’éligibilité de leur candidat, objet des articles 28 et 29 de la Constitution. Les cadres du Pds promettent d’y revenir, le moment venu. ‘’Malgré toutes les manœuvres de Macky Sall et de ses affidés qui utilisent l’appareil d’Etat pour détruire le Pds, manipuler la justice, réprimer les opposants, entretenir une certaine presse pour manipuler l’opinion et utiliser l’argent du pays pour débaucher des responsables du parti, le fait de l’inscription de Karim Wade sur les listes électorales s’impose comme le nez au milieu de la figure’’, ajoute le communiqué.

 La Fncl demande, par ailleurs, à la direction du Pds de prendre toutes les dispositions nécessaires ‘’pour créer les conditions d’une élection libre, transparente et démocratique dans le cadre, pour ce qui concerne le Pds, d’une coalition électorale bâtie autour d’une vision commune et d’un programme partagé’’. 

MOR AMAR

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