Publié le 14 Feb 2013 - 10:04
DÉMISSION DU GOUVERNEMENT

Gakou dans la farine de gros intérêts

 

Si le débat sur le prix du pain focalise l'actualité depuis quelques semaines, personne ne s'attendait à la démission du ministre du Commerce, de l'Industrie et du Secteur informel. Un départ révélateur d'une bataille entre le puissant lobby de la farine de blé et le gouvernement d'Abdoul Mbaye. Entre le marteau et l'enclume, El Hadj Malick Gakou en a fait les frais...

 

Les lecteurs des journaux sénégalais ont sans doute pu constater que des pages entières de quotidiens de la place ont été réservées hier par le groupe Mimran, pour défendre les intérêts des meuniers qui dénoncent un non-respect de leurs propres intérêts face à la montée du prix du blé sur le marché international. Ce communiqué annonçait déjà une crise, rendue visible par la démission hier de Malick Gakou du ministère du Commerce, de l'Industrie et du Secteur informel.

 

 

Ce qu'il faut savoir dans cette affaire, c'est que le groupe Mimran a joué un rôle déterminant dans la crise. Contrôlé par le groupe Mimran, en plus de la Compagnie sucrière sénégalaise CSS), Les Grands Moulins de Dakar, première industrie meunière du Sénégal et société historique du Groupe Mimran, couvrent 65% des besoins en farine du marché sénégalais. Or, dans les négociations engagées pour que le consommateur sénégalais ne subisse pas les aléas du cours mondial du blé, les meuniers se perçoivent comme les dindons d'une farce.

 

«Les cours internationaux du blé ont connu une flambée historique pour atteindre le seuil de 320 euros/T de blé importé, bien loin de la valeur de 274 euros qui avait servi de base à la fixation du prix actuel de la baguette. Dans ce contexte, le prix du sac de farine aurait dû, si rien n’avait été fait, augmenter par conséquent pour passer de 20 600 à 23 500 francs», indique le groupe Mimran dans un communiqué largement rendu public hier.

 

Et le nœud du problème est ainsi décliné : ''Les meuniers ont fourni à l’État, à plusieurs reprises, tous les éléments mettant en évidence que la fixation du prix du sac à 20 600 francs ne leur permet pas, malgré tout, de couvrir le prix actuel du blé sans mesures d’accompagnement de sa part. C’est pourquoi double est notre étonnement de constater l’incompréhension des boulangers face à un problème pourtant mondialement connu d’une part, et la décision du Gouvernement de prendre un décret d'homologation du prix de la farine à 20 000 francs TTC d’autre part''.

 

Gakou entre le marteau et l'enclume

 

Mais comment donc le ministre du Commerce, de l'Industrie et du Secteur informel, El Hadj Malick Gakou a pu faire les frais du malaise ainsi exprimé ? Pour comprendre les véritables dessous de cette affaire, il faut savoir que ce dernier est membre d'un gouvernement dirigé par Abdoul Mbaye. Le réseau Mimran a toujours considéré le Premier ministre comme un adversaire qui ne se gêne pas de mettre des bâtons dans les roues d'un des industriels les plus puissants d'Afrique. C'est sans doute pour cette raison que le groupe Mimran a demandé l'arbitrage du chef de l'Etat.

 

Selon nos informations, El Hadj Malick Gakou était bien entre le marteau d'Abdoul Mbaye et l'enclume des Mimran. Il semble en effet qu'il n'ait pas voulu se ranger sur les positions du gouvernement, préférant défendre celles des meuniers, à propos justement des mesures prises pour éviter la montée des prix de la farine de blé. Se serait-il trop rapproché des positions du groupe Mimran au point de se brûler les ailes ? En tout cas les rumeurs les plus folles, non confirmées par des sources proches de l'entourage de Gakou, laissent croire que ce dernier est parti en échange d'un poste qui lui serait promis au niveau du groupe de l'industriel Jean-Claude Mimran. L'avenir nous édifiera sur le bien fondé de ces allégations.

 

Une démission peu ordinaire

 

Dans cette mini-crise, nos sources assurent que si le ci-devant ministre du Commerce a démissionné de son poste, il n'a pas pour autant officialisé sa décision par écrit. Très influent dans le milieu du football, surtout en banlieue dakaroise, El Hadji Malick Gakou avait été nommé en avril dernier ministre des Sports dans le premier gouvernement du Premier ministre Abdoul Mbaye. Le 29 octobre dernier, il prend le portefeuille du Commerce, de l’Industrie et du Secteur informel, remplaçant Mata Sy Diallo, de la même formation politique, lors d'un remaniement ministériel. Avant la chute de Wade, El Hadji Malick Gakou était président du Conseil régional de Dakar. Un poste qu'il va céder tout comme son fauteuil de vice-président de la Fédération, après l'arrivée de Macky Sall au pouvoir et l'entrée de l'Alliance des forces du progrès (Afp) dans le gouvernement.

 

Le départ du numéro deux des Progressistes du gouvernement ne va sans doute pas rester sans effets. Si en effet la presse a fait état d'un mini-malaise au sein de la Coalition Benno Bokk Yaakaar (voir EnQuête d'hier mercredi), c'est plutôt du côté de Rewmi, parti dirigé par Idrissa Seck, qu'on attendait le clash. Comment l'Alliance des forces du progrès (AFP) va-t-elle apprécier ce départ, après l'arrimage à la mouvance présidentielle conforté par la sortie du Secrétaire général de ce parti Moustapha Niasse, par ailleurs Président de l'Assemblée nationale ? Mystère et boule de gomme !

 

 

 

 

 

 

M.L.Badji

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