Publié le 8 Sep 2026 - 10:33
FACE À UNE MAJORITÉ HOSTILE

Un PMseul!

 

17e Premier ministre du Sénégal depuis l’indépendance (Mamadou Dia compris), Ahmadou Al Aminou Lo fera sa DPG dans une Assemblée nationale complètement hostile, composée de ses frères ennemis de Pastef, mais aussi d’une opposition qui ne lui fera aucun cadeau.

 

Historique, mais pas tout à fait inédit. Al Aminou Lo n’est pas le premier Premier ministre à faire sa déclaration de politique générale dans une Assemblée nationale dominée par le camp adverse. Le 20 juin 2000, Moustapha Niass avait fait sa déclaration devant 93 députés socialistes sur les 140 que comptait l’Assemblée nationale, auxquels s’ajoutaient 11 de leurs alliés de l’Union pour le renouveau démocratique (URD).

Député de la mouvance présidentielle à l’époque, Doudou Wade témoigne : « J’ai l’habitude de rappeler que cette DPG n’a pas été suivie de débats. Plusieurs raisons peuvent l’expliquer. D’abord, les gens voulaient aborder la nouvelle ère de l’alternance de manière paisible, en montrant que l’alternance était un moyen de transmettre le pouvoir de manière démocratique et apaisée. »

Avec plus de 93 députés à l’époque, les socialistes avaient bien la possibilité de rendre les choses bien plus complexes. Amenés par le président Cheikh Abdou Khadre Cissokho, ils ont mis en avant, selon Abdoulaye Willane, le respect de la volonté du peuple souverain qui a donné sa confiance à un nouveau régime. Le porte-parole du Parti socialiste précise : « Nous faisions preuve de loyauté républicaine et de patience citoyenne. Loyauté parce qu’on sort d’élections et ils avaient la confiance du peuple pour définir et exécuter la politique de la nation. Nous n’étions pas dans une dynamique de confrontation ou de blocage. »

Niass avait fait face à une majorité socialiste sans débat

Malgré cette volonté d’apaisement des socialistes, Niass a été très virulent, selon de nombreux témoignages. Alors que l’ancien député libéral Doudou Wade parle d’un véritable « réquisitoire » contre les anciens dignitaires, le socialiste Willane regrette des mots choquants, d’autant plus que le PM était lui-même issu des flancs du Parti socialiste. Mais ils ne lui en ont pas tenu rigueur.

« On était vraiment choqué par ce discours très virulent, mais nous avons compris que c’était pour les besoins de la circonstance. Il n’y a eu même pas de motion de censure, il fallait respecter la légitimité populaire dont ils étaient les nouveaux dépositaires, c’est cela le jeu de la démocratie et de l’élégance républicaine », s’est-il enthousiasmé. Mieux, la majorité socialiste avait même adopté tous les budgets présentés par le nouveau pouvoir jusqu’à sa disparition à la suite de l’adoption de la Constitution de 2001.

Quand on est à un certain niveau de responsabilité, plaide Abdoulaye Willane, il faut faire preuve d’élégance et de courtoisie, éviter les débats au ras des pâquerettes, et éviter de faire de l’hémicycle une tribune d’accusations et de dénonciations. Surtout dans le contexte actuel, prévient-il : « La situation du pays est déjà suffisamment grave, inquiétante et menaçante. Je pense qu’ils doivent faire preuve d’un respect mutuel, avoir en tête le peuple souverain qui les a mis à cette place. »

Pour sa part, Doudou Wade attire l’attention sur le fait que l’Exécutif actuel et la majorité parlementaire appartiennent, en principe, au même régime. En conséquence, ils devraient cheminer ensemble, se soutenir mutuellement. « Les gens ont l’habitude de parler de cohabitation, mais je pense que le terme est inapproprié. Nous avons plus une crise de régime comme en 1962. Après avoir élu un Président en 2024, les électeurs lui ont donné une majorité. Ce n’est donc pas une cohabitation », souligne l’ancien président de groupe parlementaire.

À son avis, le rôle de Pastef devrait plutôt être d’accompagner le Gouvernement que de le combattre ou de le faire tomber. Au-delà du programme Diomaye Président, de l’Agenda Sénégal 2050 et du Plan de redressement économique et social, les deux camps partagent également la déclaration de groupe parlementaire faite en début de législature.

Entre rupture et continuité

Malgré cette histoire et ce projet en commun, il n’en demeure pas moins qu’Al Aminou a la malchance de faire face à une Assemblée entièrement hostile. En sus des 130 députés de Pastef — même s’il peut espérer quelques soutiens dans cette majorité —, il est aussi attendu par une opposition et des non-inscrits qui ne lui feront aucun cadeau.

De 1960 à nos jours, ce n’est pas moins de 18 déclarations de politique générale qui ont été faites dans l’enceinte de l’hémicycle sénégalais. Il s’agit de Mamadou Dia ; Abdou Diouf ; Habib Thiam (2 fois) ; Moustapha Niass (2 fois) ; Mamadou Lamine Loum ; Mame Madior Boye ; Idrissa Seck ; Macky Sall ; Haguibou Soumaré ; Souleymane Ndéné Ndiaye ; Abdoul Mbaye ; Aminata Touré ; Mahammed Boun Abdallah Dionne ; Amadou Ba ; Sidiki Kaba et Ousmane Sonko.

En ce qui concerne le temps de parole, ce sera au prorata du nombre de députés par groupe parlementaire. Lors de la dernière DPG, Ousmane Sonko avait eu 2 h 15 min pour sa présentation. S’ensuivirent deux tours de parole pour les députés. Le PM a eu, tour à tour, 1 h 55 min et 51 min supplémentaires pour répondre aux questions des députés. Le groupe Pastef avait 183 min de temps de parole (pour les deux tours), soit 3 heures et 3 min ; un total de 30 min pour Takku Wallu et seulement 27 min pour les non-inscrits.

Al Aminou Lo devra être accueilli par le premier vice-président de l’Assemblée nationale, El Malick Ndiaye, le ministre en charge des Institutions, Bakary Sarr, et le secrétaire général de l’Assemblée nationale, Monsieur Thimbo. Il sera rejoint ensuite par le président de l’Assemblée nationale.

Par Mor Amar

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