Publié le 29 Dec 2012 - 09:38
GOUVERNANCE

 Face à l’imbroglio politicien, le discernement citoyen s’impose !

 

Deux alternances de suite, six motions de censures,… rien n’a changé sous le soleil sénégalais. La démocratie sénégalaise reste encore verbeuse, une façade institutionnelle, instrumentalisée ! La politique est encore pratiquée comme naguère. Point de rupture dans les comportements de nos acteurs politiques, qu’ils soient du pouvoir comme de l’opposition : bluff, invectives, hypocrisie, corporatisme, malhonnêteté intellectuelle, analyse subjectives et partisanes, protectionnisme d’intérêt, langue de bois, omerta coupable….

 

Ils préfèrent toujours la solidarité partisane d’intérêt à la liberté de pensée et de représentativité directe. Autant de brimades à la « demos-cratos », autant de bassesses de la vie politique. Les pauvres citoyens épris de justice ont encore vécu la torture morale en suivant les échanges au sein de l’hémicycle autour d’une théâtrale motion de censure déposée par le groupe parlementaire opposant contre le Premier ministre Abdoul Mbaye.

 

Logiques politiciennes contre logique citoyenne

 

Loin d’être naïf sur mes attentes, je prends pour moi le devoir de dénoncer encore une fois ces comportements politiciens odieux et mesquins contre lesquels le peuple sénégalais a déjà chanté son « y en a marre »…. Encore sans conséquences ! Mes attentes ne sont point du côté des acteurs politiques, éternels prédateurs et opportunistes qui n’ont cure de l’intérêt général et du bien public, ni de l’acuité de la demande sociale. Elles sont du côté du peuple, sous le couvert de vaillants citoyens, conscients, patriotes et engagés pour la cause des plus faibles. Ceux-là qui sont toujours les dindons de la farce dont on se moque éperdument dans des semblants de débats dits démocratiques. Les faits confirment encore cet évident antagonisme entre la logique politicienne des acteurs politiques et la logique citoyenne de la majorité des populations qui continue de s’indigner sur son sort, toujours abandonné aux mains des responsables politiques, aux attitudes puériles et purement égoïstes.

Pourtant, la politique est une affaire si sérieuse, qu’il serait une erreur fatale de la laisser entre les mains des seuls politiciens. Au risque de déchanter et de rendre les armes définitivement, les citoyens patriotes devront redoubler de vigilance pour déjouer les tentatives de manipulation de l’opinion publique sur des dichotomies fallacieuses savamment construites pour tromper le peuple.

 

La diversion : le jeu favori des corrompus

 

Seraient-ils tous corrompus au point de saboter le débat public national, de piéger l’opinion publique dans des débats pipés d’avance dont les vrais enjeux ne seront jamais pris en compte au moment de prendre des décisions ? L’équilibrisme des coupables est de mise au perchoir de l’injustice. En tout cas, ils œuvrent au quotidien pour créer la confusion dans les esprits au point de semer le doute et le relativisme juridique sur leurs responsabilités dans la gestion des affaires publiques, particulièrement le pillage des deniers publics resté impuni depuis plus de 50 ans de souveraineté internationale.

Le débat sur la motion de censure a été totalement raté pour les mêmes raisons. Il ne s’agissait pas du tout de transformer l’hémicycle en une table de ping-pong, autour de laquelle il est difficile d’identifier le bon grain de l’ivraie, le pilleur du gendarme, le voleur du receleur. Ce qui est sûr et évident, c’est que la victime demeure le peuple, le prétexte de tous les débats et l’éternel oublié des finalités. Le peuple naturel dépositaire et détenteur du pouvoir reste encore cette herbe toujours piétinée et malmenée sans égards par les éléphants qui se battent sur sa surface. De part son inconscience collective savamment construite et orientée vers les futilités distrayantes, il demeure capturé par des acteurs opportunistes qui font de sa misère leur pitance.

 

La nécessité du discernement dans la confusion entretenue

 

Le débat sur l’implication du Premier ministre dans l’affaire Hissène Habré est un débat sérieux que les Sénégalais doivent mener et tirer les conséquences. Il est très légitime de poser ce débat et impératif de le vider compte tenu de tous les enjeux imminents qu’il comporte. Seulement, le traitement de cette question doit se faire en départ de celle relative à la reddition des comptes exigé des responsables du régime de Wade qui a déjà été populairement désavoué en mars 2012.

Le mélange de genre et l’imbroglio sciemment orchestrés à ce niveau n’est pas acceptable. Les citoyens doivent user de leur faculté de discernement pour faire la part des choses et exiger le même principe d’obligation de rendre compte aussi bien aux anciens ministres et directeurs de sociétés interpellés qu’aux tenants du régime en place cités dans des affaires qui interpellent leur responsabilité et leur probité morale.

 

Le fait que le groupe parlementaire du PDS ait posé la question à l’assemblée nationale ne doit en rien nous détourner de la pertinence du débat sur la responsabilité de l’actuel Premier ministre dans cette affaire. Abdoul Mbaye est un citoyen sénégalais. A ce titre, il a tous les droits civils et politiques comme tous mais en tant que Premier ministre il a plus de responsabilité à l’égard de la République. Son devoir est de protéger le Sénégal d’une quelconque humiliation internationale et surtout d’une trahison des valeurs constructives de l’unité africaine. Son devoir aujourd’hui est de nous mettre à l’aise dans le procès de l’ancien président tchadien en évitant que les symboles de notre République soient entachés dans cette affaire et que le leadership du Sénégal dans la promotion du panafricanisme ne soit sérieusement entamé.

 

La rupture est l’affaire de chaque citoyen : « nous sommes ceux que nous attendions ! »

 

Les comportements observés et les échanges que j’ai eus récemment avec des hommes politiques du régime actuel me confirment dans ce point de vue. Ils font du cinéma public, ils disent au peuple ce qu’il veut entendre et font en privé le contraire de ce qu’ils ont dit. Riant sous cap, ils n’hésitent pas hors antenne à avouer sans vergogne que la rupture n’est même pas leur souci pour en être le cadet.

Chers citoyens, le train du changement n’est pas encore à la gare. Les cheminots ne souhaitent pas changer de monture. Ils ne veulent même pas détacher les wagons désuets et préfèrent les recycler. Il revient aux passagers-propriétaires d’en construire un autre pour se remettre sur les rails. Nous pouvons reprendre les commandes et automatiser le nouveau train. Il s’agira de penser nous-mêmes les institutions que nous voulons et d’exiger leur adoption à travers des réformes profondes. Chers citoyens, mes attentes sont au niveau de la capacité collective que nous pourrons développer ensemble pour asseoir définitivement la contrainte de la redevabilité et assurer au quotidien un contrôle citoyen alerte et efficace. A nous de théoriser et de mettre en œuvre la citoyenneté de Transformation, car il est de notre intérêt, à nous seulement, de changer les choses par notre engagement !

 

Elimane H. KANE,

Citoyen sénégalais

elihkane@gmail.com

 

 

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