Publié le 15 Aug 2019 - 09:12
GRACE PRESIDENTIELLE

Pourquoi Khalifa Sall a été zappé

 

Khalifa Sall n’a pas pu passer la fête de Tabaski chez lui. Il reste en prison, car il n’a pas bénéficié d’une grâce présidentielle, comme certains s’y attendaient. Explications.

 

La politique ! Dans l’affaire Khalifa Sall, le sentiment diffus est qu’elle est partout. Aujourd’hui, sa libération par une grâce présidentielle est suspendue à… des manœuvres politiciennes, alors que la décision de sa libération est actée, dit-on, depuis longtemps. Le constat est que l’ancien maire de Dakar ne figure pas sur la liste des 426 prisonniers graciés de la Tabaski. Ses soutiens avaient espoir qu’il recouvre la liberté. Il n’en est encore rien.

Sur les raisons de cette grâce contrariée, les supputations sont allées bon train. Des rumeurs attribuées au camp du pouvoir font état du non épuisement de la procédure. Il est fait état d’un recours en annulation déposé par ses avocats, depuis le 4 juin dernier, à la Cour suprême et qui viserait sa radiation de la liste des députés. Les proches de l’ex-maire bottent en touche et soulignent que celui-ci est maintenu en prison pour des raisons purement politiques, puisque la procédure pénale est totalement épuisée.

Ce que déclare Me El Mamadou Ndiaye : ‘’La procédure pénale est épuisée depuis le rabat d’arrêt. Et avant même, puisque l’un des arguments avancés par le Conseil constitutionnel pour invalider sa candidature à la Présidentielle était de dire que sa condamnation était définitive.’’ L’avocat affirme qu’il n’y a plus de recours pendant devant la justice.

Ainsi, selon nos informations, cette grâce reste suspendue à une demande qui doit venir de Khalifa Sall ou de ses proches. Le pouvoir voudrait donc que l’initiative vienne du socialiste. Mais c’est loin d’être gagné, car les proches de Khalifa Sall ne veulent pas en entendre parler. La robe noire assène qu’il n’en est pas question pour Khalifa Sall, ni personnellement ni par l’entremise de ses avocats. Car, argue-t-il, ‘’sa position reste inchangée et c’est une position de principe’’.

Son confrère, Me Khoureyssi Bâ, abonde dans le même sens, soutenant que leur client ne se sent pas concerné par ce débat et en est même étonné. ‘’Khalifa est en prison depuis 29 mois ; et un jour de plus ou de moins le laisse indifférent. Il vit très bien sa détention’’, renseigne-t-il. Et d’ajouter que les avocats auraient pu écrire une demande à son nom, mais ce n’est pas noble devant sa famille.

Le conseiller politique de l’ex-maire ne dit pas autre chose. Moussa Taye ne manque pas de rappeler que c’était une promesse du président Macky Sall. ‘’Le chef de l’Etat avait dit à France 24 et même à l’ouverture du dialogue national, qu’une fois la procédure terminée, il prendrait les mesures pour faire libérer Khalifa Sall’’, rappelle-t-il. Il ajoute que la procédure est terminée avec le rabat d’arrêt et les avocats ont reçu la notification la semaine dernière.

Ces précisions faites, M. Taye indique que la grâce, qui est une prérogative du chef de l’Etat, s’impose à tous les détenus.

Par conséquent, leur mentor n’a pas à formuler une demande, surtout que, dit-il, ‘’depuis le début, il a dit qu’il n’écrirait pas de demande pour la bonne et simple raison qu’il est innocent et qu’il est en prison pour des raisons politiques’’. Soulignant que l’ex-maire a toujours contesté les faits ainsi que la procédure judiciaire et le jugement, il ne peut pas logiquement en formuler. ‘’Le faire, c’est accepter sa culpabilité’’, assène M. Taye. Qui avertit : ‘’Si le pouvoir compte sur sa demande pour le faire libérer, il risque d’attendre longtemps, parce que Khalifa Sall ne le fera pas.’’ 

FATOU SY

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