Publié le 13 Oct 2015 - 19:28
LENDEMAIN D’ELECTION

L’opposition guinéenne demande l’annulation du scrutin

 

Les sept opposants à Alpha Condé mettent finalement leur menace à exécution. Ils ont demandé une annulation pure et simple du scrutin de dimanche entaché d’irrégularités, selon eux. Alors que la CENI fait savoir que les résultats partiels, prévus vendredi, vont être proclamés jeudi, le retrait annoncé de l’UFR, hier, du processus électoral vient compliquer une donne déjà critique.

 

‘‘Depuis hier, vous entendez des résultats. Personne d’entre nous n’a pu confirmer, dans son fief,  ces chiffres que vous avez entendus’’, lance Sidya Touré, le leader de l’Union des forces républicaines (UFR), insatisfait du déroulement du scrutin. Le troisième à la dernière présidentielle et les six autres opposants à Alpha Condé ont confirmé ce qu’ils ont supputé durant l’avant-scrutin de dimanche. La décision collégiale a été prise de ne pas accepter les résultats du vote d’hier et d’introduire un recours pour son annulation. D’ailleurs, un peu plus tard, Sidya annoncera via un communiqué que sa formation, troisième force politique du pays, se retirait complètement du processus électoral pour être en phase avec la décision de ne pas avaliser le vote.

 De son côté, la tête de file de l’opposition Cellou Dalein Diallo, de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG) de déclarer : ‘‘Le scrutin d’hier (Ndlr : dimanche) est tout sauf une élection mais au contraire, une mascarade électorale qui ne dit pas son nom, avec des fraudes massives. Nous ne pouvons pas accepter ce scrutin-là et nous n’allons pas reconnaître les résultats qui en découlent.’’

Tous les leaders de partis  d’opposition étaient à la maison de la presse hier pour donner plus de portée à une contestation qui, somme toute, n’est pas nouvelle. Quelques jours avant le scrutin, ils ont rédigé une déclaration commune pour fustiger ‘’l’organisation défaillante de la présidentielle’’ par la Commission nationale électorale indépendante (CENI), et demander le report des élections. Une démarche qui s’était heurtée  au refus catégorique du président sortant.

 La veille du scrutin, samedi dernier, Cellou Dalein Diallo avait fait face à la presse pour une déclaration dans laquelle il disait vouloir aller aux élections pour mieux établir l’irrégularité  du processus. Ainsi, la tribune de l’opposition d’hier dénonçant ‘‘une fraude massive’’ n’est que la suite d’une longue série de contestations contre la CENI et le parti au pouvoir. ‘‘Alpha Condé a dit hier (Ndlr : dimanche) qu’il ne veut pas de deuxième tour et que les ministres n’ont qu’à se débrouiller. Ce qui s’est passé à Womey, c’est du jamais vu. Il y a tellement d’anomalies, tellement de violations du code électoral’’, poursuit le candidat malheureux de l’élection de 2010 qui ‘‘demande l’annulation du scrutin du 11 octobre’’. L’un des candidats d’envergure de cette élection, l’ancien Premier ministre Lansana Kouyaté, du Parti de l’espoir et du développement national (PEDN), est dans la même logique. ‘‘Nous sommes solidaires de la non-reconnaissance de ces résultats et de continuer la lutte’’, renchérit-il.

Entre Pape Koly Kourouma qui a dénoncé le bourrage des urnes ; Faya Millimono qui s’en est pris à l’incompétence de la CENI, et le refus de Ghandi Tounkara de reconnaître les résultats, la tempérance de Marie Madeleine Dioubaté appelant au calme et à la retenue n’était pas de trop. Mais Cellou Dalein estime que toutes ces irrégularités ont  mis l’opposition au pied du mur. Il assure qu’‘‘il n’y a pas d’autres solutions. Nous avons montré toute notre bonne foi pour aller à ces élections. Mais nous  ne pouvons souscrire à cette mascarade. Nous maintenons notre position et nous en tirerons les conséquences’’.

Tensions

Signe d’une tension imminente ou simple effet d’annonce ? Lansana Kouyaté en a profité pour se déclarer victime de violences. ‘‘J’avoue que tout ce qui est exagéré devient insignifiant. Je voudrais vous informer qu’à l’instant, mon domicile de Matoto est attaqué, envahi par des jets de pierres. C’est la violence qui parfois appelle la violence. Ceux à qui on doit demander le message de paix, c’est à l’autre camp’’, a-t-il annoncé durant la conférence, ajoutant que son domicile de Kouroussa était également assiégé.

 L’autre camp a justement  réagi à la radio par l’entremise du porte-parole de la mouvance présidentielle RPG arc-en-ciel. ‘‘Nous sommes tous responsables de la construction de notre démocratie. Il est dommage que ceux qui se disent républicains passent outre et il n’est pas question que le gouvernement cède au chantage et à la violence puisque c’est de cela qu’il s’agit’’, a déclaré  Damanta Albert Camara. La réunion des leaders de l’opposition porte un coup sévère à l’intérêt d’une  proclamation partielle des résultats par la CENI, jeudi. Ce qui ne la rend pas moins importante, et très attendue pour édifier le peuple guinéen sur son sort.

OUSMANE LAYE DIOP

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