Publié le 10 Jun 2026 - 15:11
GOUVERNANCE EN AFRIQUE

L’exemple béninois

 

Loin des polémiques politiques stériles et des pratiques partisanes érigées en mode de gouvernance, le Bénin montre l’exemple en privilégiant une approche axée sur les compétences.

 

Talon l’avait impulsé. Wadagni est en train de le confirmer. Sur un gouvernement de 24 ministres, il y a très peu de figures connues de la politique béninoise. “Il y en a juste quelques uns, au plus 5 à 6 ministres. L’essentiel des membres du gouvernement sont des techniciens qui ont fait preuve de leurs compétences et de leur efficacité à différents postes”, témoigne Régis Hounkpé, analyste sénior en géopolitique et en gouvernance, directeur exécutif du cabinet IngerGlobe Conseils.

À travers ce gouvernement, selon lui, le président Romuald Wadagni fait la preuve que la mission primordiale est de poursuivre la transformation structurelle et économique du pays. Il a promu à cet effet des compétences avérées notamment dans les domaines prioritaires comme l’économie, l’intelligence artificielle, la coopération internationale, la recherche scientifique, la diplomatie….

Environ 95% de technocrates

Journaliste et président du Réseau des jeunes Béninois de la diaspora (RJBD), Didier Lando constate lui aussi une approche par les compétences amorcée depuis Talon et confirmée par le nouveau Président. “Il y a quelques figures connues qui appartiennent certes à des partis, mais ce ne sont pas des politiciens de carrière. L’essentiel des ministres sont en réalité des technocrates. Et même chez les rares politiciens, il faut noter que c’est des techniciens, des gens qui connaissent bien les secteurs qui leur sont confiés”, analyse le journaliste.

Il donne en exemple la ministre de la Famille et de l’Action sociale qui était amenée dans la politique par Patrice Talon. “Elle est membre de l’Union progressiste, mais elle n’est pas une politicienne de carrière. C’est Talon qui l’a amenée pour en faire ministre. En tant que ministre, elle a adhéré au parti. Elle est plus technicienne que politicienne”, explique Monsieur Lando, qui estime que le pourcentage de technocrates doit tourner autour de 95%.

Parmi eux : plusieurs sont des technocrates à 100%. Pour le ministère stratégique de l’Économie et des Finances, Wadagni a surtout misé sur son ancienne équipe. Pour le titulaire à ce poste, il a choisi son ancien directeur national de l’Économie. Pour le poste de ministre délégué chargé du Budget et de la Fonction publique, il a pris son ancien directeur du Budget, renseigne le president du RJBD, qui cite également le cas de Adin Yeton Bloukounon Goubalan, chargé du vaste département de l’Agriculture, de l’Élevage et de la Pêche, qui était 72 heures avant à Dakar.

Une clé de la réussite béninoise ces dernières années

Pour le ministre de la Transformation digitale, chargé de la stratégie nationale de l’intelligence artificielle, c’est quelqu’un qui a fait une thèse sur l’IA. “C’est un profil très pointu dans le domaine qu’on lui a confié. Talon l’avait ramené de la diaspora et là il a été promu ministre. Idem pour la ministre des Affaires étrangères qui était ambassadrice du Bénin en France.”

Cette option tranche d’avec ce que l’on connaît au Sénégal et dans beaucoup d’autres pays du continent, où l’appartenance au parti semble primer sur la compétence. La comparaison avec le premier gouvernement de Diomaye-Sonko laisse apparaître de grandes différences. Alors que pour Wadagni on parle de pus de 95% de technocrates, pour Diomaye et Sonko, c’était au moins 23 profils politiques sur une liste de 30 ministres, dont environ 20 appartenant au Pastef. Les mêmes tendances ont été enregistrées dans la nomination des directeurs généraux et pour la plupart des postes stratégiques.

La place des politiciens

Cela ne veut pas dire qu’au Bénin, les politiques sont totalement laissés en rade. Déjà dans le gouvernement, il peut y avoir des politiques mais ce sont des personnalités aux compétences avérées. Mais il y a aussi les postes de ministres conseillers qui sont souvent réservés à la clientèle politique depuis Talon. “Le président Talon l’avait dit clairement. Il avait créé les ministres conseilllers pour les profils politiques. Wadagny aussi en a nommés. Mais pour le gouvernement, il y a très peu de politiciens de carrière”, insiste Didier Lando.  

Aussi, il y a le cas de Janvier Yahouedeou, nommé ministre de la Décentralisation et de la Bonne gouvernance, qui est un des dinosaures de la politique béninoise ; le ministre délégué auprès du président de la République chargé de la Défense nationale, parmi les rares cas de personnalités politiques.

Quoique très techniques, Régis Hounkpé invite à ne pas trop s’enflammer puisque la fonction de ministre reste éminemment politique, quel que soit le profil à la tête. “Les ministres sont des acteurs politiques de premier plan et le projet du président doit s'en ressentir. Il en faut des politiques, c'est important, mais le mix réalisé par le président est intéressant”, souligne le directeur d’InterGlobe conseil.

La nationalité n’est pas non plus un frein

Pour trouver les compétences, la nationalité n’est pas non plus un frein pour le Bénin depuis Patrice Talon. Le pays va chercher des compétences partout sur le continent et peut-être au-delà. Didier Lando de rappeler : “L’une des nominations qui avait le plus fait de bruit, c’est celle d’un Rwandais à la tête de l’Agence nationale de l’identification des personnes (Anip). Parce que les gens estimaient que c’était un domaine très sensible ; on ne pouvait donc pas le confier à un étranger.”

Aujourd’hui, tout le monde reconnaît qu’un travail remarquable a été fait dans ce domaine et le Rwandais qui a formé des gens est reparti. “Aujourd’hui, je peux renouveler mon passeport ici, depuis ma chambre à Dakar. Et après on me l’envoie par DHL. Mon casier judiciaire également, je peux l’obtenir sans bouger, en trois jours maximum. Aussi, en 10 mn, je peux créer une entreprise, accomplir toutes les formalités”, se réjouit le journaliste.

L’on se rappelle également Boubacar Camara (ancien DG de la Douane, actuel ministre de l’Enseignement supérieur) qui avait été nommé directeur général adjoint de la Douane du Bénin sous Talon, et tant d’autres compétences africaines valorisées par Talon.

Des résultats tangibles

Dans le nouveau dispositif mis en place par Wadagni, on note la présence remarquée de Nicolas Simel Ndiaye qui a été son conseiller au ministère de l’Économie et des Finances, déjà sous Talon. Le Sénégalo-béninois a été promu par le nouveau président qui l’a nommé coordonnateur du Bureau d’appui stratégique du président de la République (Base-PR).

Spécialiste des questions de stratégie et de transformation, Nicolas Simel Ndiaye est décrit comme un grand intellectuel qui connaît bien les mécanismes du delivery gouvernemental. Ancien de Deloite, il a eu à accompagner plusieurs gouvernements et institutions dans la conduite de projets de transformation.

Au-delà de la compétence, ce qui fait la marque du Bénin, souvent cité en exemple ces dernières années, c’est la stabilité au niveau de certains portefeuilles ministériels. “Il y a des ministres qui ont fait 10 ans et qui n’ont jamais bougé de leurs postes. Avec la nouvelle équipe, il faut aussi noter la relative jeunesse des ministres dans l’ensemble. Il y a beaucoup d’espoir autour de l’équipe, mais ce sont des présomptions. On va voir ce que ça va donner”, soutient le président du Réseau des jeunes béninois de la diaspora.

Vers un renforcement du partenariat entre Dakar et Cotonou

Dans le cadre d’une tournée dans la sous région, le nouveau président béninois, Romuald Wadagni, était hier à Dakar. Selon la présidence de la République, les discussions ont porté sur le renforcement des relations bilatérales, la coopération économique et financière, ainsi que sur les défis sécuritaires et politiques que partage l'espace ouest-africain.

Les deux pays ont exprimé leur volonté de consolider l'axe Dakar-Cotonou et de donner à l'intégration sous-régionale de nouvelles dynamiques commerciales.

Mor Amar

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