Publié le 22 Dec 2022 - 16:35

Lesréflexions que la société civile m’inspire n’ont pas changé depuis 22 ans!

 

Dans le numéro 3424 daté du 21 décembre 2022, le quotidien Enquête publie, « en collaboration avec Ouestafnews », un article bien écrit spécialement consacré à la « frontière entre militantisme citoyen et action politique ».

Dans ledit article, les auteurs m’attribuent l’usage du mot « intrusion » pour rendre compte du « rôle des acteurs de la société civile dans le jeu politique ». Et pour en finir avec moi dans le même article, le journal écrit : « Aujourd’hui, [Abdoul Aziz DIOP] défend que la poursuite de la mission de veille de la société civile ne doit pas pousser les organisations qui la composent à vouloir “se substituer aux gouvernants, détenteurs de la légitimité populaire’’. »

Pour permettre aux lecteurs du journal Enquête, dont je salue au passage le sérieux et le professionnalisme de toute l’équipe, d’en avoir le cœur net, j’avance pas à pas avec le journaliste Mamadou Makhfouse NGOM sur l’idée exacte que je me fais de la société civile. M. NGOM, qui a quitté la rédaction du quotidien Enquête bien avant la publication de l’article cité ici, avait recueilli mes propos sur le sujet. En voici le tour complet.

Immixtion dans le débat public 

Pour avoir proclamé son indépendance vis-à-vis de l’Etat et du Patronat (le secteur privé), la société civile participe au débat public. La contribution de la société au débat public est bien antérieure à la deuxième alternance politique en 2012. Elle se poursuit depuis.

Délégitimation de la société civile

Lorsque la société civile et les partis politiques poursuivent le même intérêt (général) dans des domaines communs et précis, des liens plus ou moins durables se tissent. Les liens pouvant exister expliquent d’ailleurs le fait que la société ne vise pas à supplanter les partis politiques… 

Tant qu’il en est ainsi le risque de délégitimation de la société civile est presque nul.

Récupération du mouvement citoyen 

Tant que l’idée que le mouvement citoyen se fait de l’intérêt général rapproche les politiques, mus également par l’intérêt général, et les animateurs du mouvement citoyen les risques de récupération dudit mouvement par les politiques n’existent pas.

Regard sur le mouvement M2D 

Dans son mémorandum du 26 mai 2021, le M2D dit « représenter toutes les sensibilités sociologiques du peuple sénégalais (…) pour défendre la démocratie, les libertés et l’expression plurielle à travers une opposition qui s’oppose face à un gouvernement qui gouverne. ». En outre le M2D dit être « un mouvement pacifiste, légaliste et républicain ». 

Rien de vraiment nouveau au Sénégal puisque la plateforme du Mouvement du 23 juin (M23) est beaucoup plus précise sur toutes ces questions. Comparé au M2D, l’atout majeur du M23 avait été de penser et d’agir, pacifiquement, après. 

Limites entre activisme et politique Les activistes sont des militants, des partisans, des propagandistes, des prosélytes, des révoltés, des révolutionnaires, etc. Ils s’activent au nom d’une cause (liberté d’expression, souveraineté économique, droit au logement, droit à l’information et à la culture, droit au travail, régularité et transparence des élections, respect de la Constitution, etc.) qu’ils considèrent juste.

Pour autant, les activistes n’ont ni le monopole de la contestation ni celui de la « revendication porteuse de sens politique », puisque les partis politiques et les syndicats défendent presque tous les mêmes causes. 

La particularité des activistes est de défendre la cause qu’ils considèrent juste hors des partis et des syndicats qui, à leurs yeux, exercent un contrôle sur leurs adhérents au nom d’une ligne commune à laquelle personne n’a le droit de déroger sans l’onction des instances régulières.

Mouvements citoyens et processus électoral

Les mouvements citoyens disent être motivés par la défense de l’intérêt général d’où ils tirent leur légitimité pendant, entre autres, la mise en place du processus électoral. Ledit processus fait partie des grandes thématiques politiques d’intérêt général.

Conclusion

Il ressort de ce qui précède que je n’ai jamais parlé d’« intrusion » concernant la société civile. Le mot « immixtion » avait été utilisé par l’intervieweur. Je n’ai jamais non plus considéré que la société civile ambitionnait de « se substituer aux gouvernants, détenteurs de la légitimité populaire  ».

Sans préjudice pour le journal dont je ne doute pas de la bonne foi et de la compétence de la prestigieuse équipe, j’affirme que le quotidien Enquête a fait une erreur d’appréciation sur mes vraies réflexions, favorables depuis 22 ans maintenant, à la société civile et à ses acteurs.

Abdoul Aziz DIOP
SEN APR
Conseiller spécial à la Présidence de la République
Section: 
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