Publié le 21 Sep 2013 - 02:11
LIBRE PAROLE - SITE DU TECHNOPOLE DE DAKAR

Oui à une arène nationale ! Non à sa construction sur l’un de nos derniers poumons verts

 

 

La décision prise par le gouvernement du Sénégal, de construire une arène nationale sur le site du Technopole dédié à la recherche scientifique et à la technologie, si indispensable au développement, suscite une réelle inquiétude chez tous ceux qui sont soucieux de la préservation de l’environnement et d’un développement urbain harmonieux.

Cette inquiétude réelle est renforcée par l’imminence du démarrage des travaux de construction de l’arène nationale, un temple de la force brute et de l’exaltation de l’irrationnel, qui ne saurait remplacer un projet destiné à l’intellect. Pire, cet édifice sportif va définitivement anéantir la seule dépression interdunaire de la Grande Niaye de Pikine, indispensable au captage des eaux de ruissellement et aux échanges hydriques souterrains entre diverses zones habitées de la ville de Dakar.

En concédant qu’il est tout à fait légitime de trouver une arène à la lutte « traditionnelle », notre ‘’ sport national’’, le comblement de cette partie de la Grande Niaye va à coup sur aggraver les problèmes d’inondation récurrents dont souffrent actuellement certaines populations de la capitale sénégalaise.

ENDA TIERS MONDE en sa qualité d’organisation dédiée à la préservation de l’environnement et en tant qu’organisation membre de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), et l’ONG WETLANDS INTERNATIONAL s’accordent à dire que la construction d’une arène de lutte sur le site du Technopole est techniquement inopportune et moralement condamnable du fait de l’absence de vision qui la caractérise.

En outre, les autorités gouvernementales portent sur leurs épaules l’énorme responsabilité dans ce qui est parti pour être un désastre écologique.

Le premier travail scientifique, sur l’impact du projet de l’arène sur ce site, réalisé par l’Association des diplômés de l’Institut des sciences de l’environnement (ADISE) de l’UCAD démontre que les promoteurs de la construction de l’arène nationale sur le site du Technopole ont agi, dans la précipitation, en oubliant de passer par l’étape de l’étude d’impact environnemental, indispensable pourtant pour ce genre de projet.

Or, le travail réalisé par l’ADISE montre surtout que l’impact négatif d’un tel projet sur ce site, du point de vue écologique, hydrologique, scientifique, environnemental, économique et même politique, peut être désastreux. Au point qu’aucun expert ne cautionnera sa réalisation sur ce site du Technopole dont les fonctions écologiques sont inestimables au regard de tous les services qu’il offre.

En plus de ne pas respecter les préalables techniques requis dans la mise en place d’une grande infrastructure urbaine, la construction de l’arène nationale sur le site du Technopole va à l’encontre de certaines conventions internationales signées par l’Etat du Sénégal, comme la Convention de Ramsar, qui protège les zones humides. En effet, la zone du Technopole étant de sept hectares, si les cinq sont comblés et imperméabilisés pour les besoins de la construction de l’arène, les conséquences seront immenses, parce que l’eau n’aura plus d’espace pour être évacuée.

Quant au risque lié à l’accessibilité du site et à la circulation, il est d’autant plus réel que le fait d’amener, à chaque combat, plus de vingt-cinq mille personnes sur l’autoroute ne manquera pas de poser un important problème de sécurité au regard des violences enregistrées parfois après les combats de lutte.

Attachés aux principes de dialogue politique et social, l’UICN, ENDA Tiers Monde et WETLANDS INTERNATIONAL rappellent qu’une réelle concertation préalable à tout projet visant le développement économique et social permettra à tous les acteurs concernés de désigner un tout autre endroit que ce qui est, aujourd’hui, l’un des derniers poumons verts de Dakar.

Alioune BADIANE, le Directeur des projets et programmes du Programme des Nations unies pour les établissements humains (ONU-Habitat) a rappelé dernièrement, dans la presse, le rôle majeur que jouent les espaces verts dans l’amélioration de la qualité de l’air ou l’infiltration des eaux de ruissellement, comme en atteste l’existence de grandes étendues d’eau ou boisées au cœur des grandes villes du monde (Central Park à New-York, Parc Lafontaine à Montréal, Hyde Park à Londres, Le Bois de Vincennes et Le Parc de la Courneuve à Paris, Vondelpark à Amsterdam, Zoo Lake à Johannesburg, Uhuru Park à Nairobi etc.).

Au lieu de disparaître pour une infrastructure sportive, le site du Technopole peut bien servir de cadre de vie agréable et un lieu d’activités citadines adaptées. Des initiatives et propositions comme le dragage du fond marécageux pour aménager un lac bordé d’espaces verts et de sentiers de promenade, à l’image de ce qui a été fait de l’étendue d’eau située sur la Petite Niaye à l’intérieur du Parc de Hann, sont nombreuses et doivent être soutenues.

L’UICN, ENDA TIERS MONDE et WETLANDS INTERNATIONAL estiment qu’un site, autre que le Technopole, doit être trouvé pour la construction de l’arène nationale. Encore faudra-t-il seulement que la réalisation de cette infrastructure sportive soit inscrite dans une vraie logique de développement.

Néanmoins, l’UICN, ENDA TIERS MONDE et WETLANDS INTERNATIONAL restent attachés aux principes de dialogue et sont disposés à travailler avec les autorités publiques du Sénégal et les autres partenaires, pour trouver une solution idoine, dans l’intérêt des hommes et de l’environnement.

Signé : ENDA TIERS MONDE, UICN ET WETLANDS INTERNATIONAL

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