Publié le 27 Aug 2013 - 14:00
PR ADAMS TIDJANI, FACULTÉ DES SCIENCES ET TECHNIQUES DE L’UCAD

 ‘’Le Sénégal perd 10 milliards de F Cfa de son cheptel par année à cause des sachets plastiques’’

 

 

Les sachets plastiques déciment le cheptel sénégalais avec 10 milliards de F Cfa de pertes par année. Le Pr. Adams Tidjani, de la faculté des Sciences et Techniques de l’UCAD qui donne l’information, souligne cependant que les sachets plastiques ne sont pas si mauvais qu’on le croit. Leur recyclage étant une solution bien possible et toute bénéfique, il butte sur un manque de volonté politique. Dans cet entretien, il donne quelques pistes à explorer.  

 

 

Le Sénégal à l’image d’autres pays africains fait face aujourd’hui au péril plastique. N’est-ce pas là un phénomène inquiétant ? 

Oui et non. Non, quand on sait que depuis quelques décennies, le plastique a peu à peu remplacé les matériaux de base comme le verre, le bois et le métal. La raison est toute simple, le plastique est moins coûteux que ces matériaux que je viens de vous citer. Même dans la fabrication, quand on construit des objets en plastique, on a 35% de gain énergétique. Le plastique est résistant, il peut épouser toutes les formes et prend toutes les couleurs. Il faut reconnaître que c’est un avantage par rapport aux autres matériaux. Aujourd’hui, le plus grand problème que nous avons dans nos pays, c’est celui des sachets plastiques, parce qu’il y a une mauvaise gestion des ordures ménagères. Mais si on prend les plastiques qu’on appelle les plastiques thermodurcissables tels que les chaises, les bouteilles en plastique, ce sont des produits recyclables très facilement et ne posent aucun problème environnemental. Contrairement aux sachets plastiques qui posent un problème environnemental et sanitaire.

 

Quel est l’impact des déchets plastiques sur l’environnement ?

Il est multiple. Déjà ils causent une pollution visuelle. Quand on se rend dans la région de Kaolack par exemple, on est choqué de voir les plastiques jonchés partout et dissimulés dans la nature. Après avoir fait une photo satellitaire du Sénégal, des Américains soutenaient qu’ils avaient l’impression que les plastiques poussaient sur les arbres. En plus de la pollution visuelle qui affecte plus le secteur touristique, il y a la pollution maritime qui entraîne une perte de biodiversité. Prenons l’exemple des tortues de mer qui confondent bien souvent les sachets plastiques aux méduses, leur nourriture préférée. Lorsqu’elles avalent des sachets, elles ne peuvent pas les digérer, ce qui entraîne leur mort par asphyxie. Le troisième aspect met en danger les animaux qui consomment les sachets plastiques. Cette consommation de sachets plastiques par les animaux errants coûte à l’Etat sénégalais 10 milliards de francs Cfa en termes de perte de cheptel par année. Autre impact négatif, lorsque vous allez en dehors de Dakar, vous voyez des plastiques disséminés dans les champs, ce qui empêche l’eau de pluie de pénétrer le sol, avec des conséquences négatives sur la germination des graines. Jetés dans la rue, les sachets plastiques bouchent également les canalisations. Dans la rue, ils gardent également l’eau créant du coup des flaques d’eau, nids de moustiques entraînant des problèmes de santé publique. Ce qui augmente les budgets alloués aux traitements des maladies… 

 

Que dire alors des sachets plastiques qui ne sont pas biodégradables

Il faut dire qu’au départ, lorsque les gens ont crée le plastique, c’était pour en faire des matériaux très solides et durables. Dans nos recherches, nous avons toujours préconisé de mettre en place des plastiques photo-biodégradables. En effet, dans la nature, le plastique est agressé par les rayons solaires. Ces derniers peuvent initier ce phénomène de dégradation du plastique ce qui favorisera leur bio assimilation par les micro-organismes qui se trouvent dans la nature. Nous avons beaucoup travaillé sur ça et vous savez, le plastique quand vous l’achetez où bien souvent quand on vous l’offre en emballage de produit, vous en avez juste besoin pour un court laps de temps. Ensuite, vous le jetez à la poubelle, mais avec le phénomène de photo dégradation et de bio assimilation par les micro-organismes qui interviennent, il peut disparaître très vite. Ceci est une stratégie que l’on peut explorer. Une autre stratégie serait de produire des plastiques à durée de vie limitée comme proposé par un scientifique anglais. Le mécanisme est tout simple : lorsqu’on dit que la durée de ce plastique est de deux mois, arrivé à terme, le phénomène de la photo dégradation où la thermo oxydation va agir. Ce qui est une réelle chance de faire disparaître les plastiques dans la nature. Il ne suffit donc pas d’interdire les sachets plastiques mais il faut une vision par rapport à la gestion du phénomène. Laquelle vision ne peut être mise en place en ne prenant pas en compte les résultats de la recherche ; ce n’est pas possible. Les solutions existent, c’est la volonté politique qui fait défaut à mon avis. 

 

Est-ce le cas présentement au Sénégal ? 

On ne pourra rien faire si on ne met pas en avant aujourd’hui les résultats de la recherche. Je vais vous dire une chose : je travaille sur les plastiques depuis 1984, je suis l’un des rares Sénégalais pour ne pas dire le seul à avoir fait une thèse d’Etat sur les plastiques. Dans notre laboratoire, nous avons fait une quarantaine de publications dans les revues internationales. Notre dernière publication explique la fabrication de plastique mélangé avec des copeaux de bois pouvant servir à fabriquer les tableaux de bord pour véhicules. En trois mois, cette publication que nous avons faite dans un magazine américain est le 2ème  article le plus «downloder», ce qui veut dire que nous sommes à la pointe de la recherche dans ce domaine. Maintenant si les autorités ne font pas appel à nous, nous n’allons pas nous imposer à elles. Même si je le répète, les solutions, on peut les trouver ici et elles peuvent créer des multitudes d’emplois. Mais malheureusement, on note un manque de volonté politique dans la gestion des plastiques. Nous venons d’obtenir un financement de l’UEMOA et sommes en train d’acheter des équipements aux Etats-Unis. D’ici quelques mois, notre force de frappe sera beaucoup plus importante car, avec ce matériel, on pourra faire tous les mélanges que nous voulons en terme de physique des matériaux. Il faut vraiment faire attention à ceux qui disent qu’interdire le plastique sera une solution. L’entreprise n’est pas si évidente.                      

 

Que pensez-vous des expériences de certains pays comme le Rwanda où récemment la Mauritanie voisine qui ont formellement interdit l’utilisation de sachets plastiques ?

La première chose à voir à mon avis, c’est de chercher comment on peut recycler les plastiques. On peut faire beaucoup de choses avec du plastique, il est facile de recycler même les sachets. En prenant des sachets plastiques usagers, vous les mélangez avec de la résine vierge et un peu de stabilisants, vous pouvez parvenir à fabriquer des produits de qualité. En faisant des mélanges de plastiques thermodurcissables, on est capable de fabriquer des poubelles qui manquent à Dakar aujourd’hui. On peut faire des tabourets avec du plastique recyclé tout comme des panneaux de signalisation. Les sachets plastiques peuvent même être utilisés comme isolants. Bourrer les briques d’un bâtiment de sachets plastiques, vous pouvez améliorer les capacités d’isolation des briques. Le bâtiment bien isolé sera en mesure de mieux conserver la fraîcheur. Il y a donc des solutions de recyclage. Récemment, nous avons travaillé avec des femmes de Yoff qui prenaient des sachets plastiques qu’elles découpaient en lamelles pour ensuite les tricoter pour en faire des casquettes, des portes monnaies, des sacs et autres. Ce qui veut dire que l’ingéniosité existe, tout comme les possibilités de recyclage ; et en allant vers ça, on peut donner à la jeunesse des emplois. Entre la collecte, le tri et la revalorisation, il est possible de créer beaucoup d’emplois. Par rapport maintenant aux pays que vous venez de citer, le plus souvent on interdit le sachet plastique que l’on remplace par des sachets en papier. Seulement, pour produire ces derniers, s’il faut couper des arbres, ce n’est pas la solution car vous contribuez au réchauffement climatique car les arbres sont des puits de CO2, gaz qui est à l’origine du réchauffement climatique. Par contre, faire des sachets en papier avec des résidus agricoles serait l’idéal car tout en réglant un problème environnemental, vous valorisez des déchets.

 

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