Publié le 14 Jan 2014 - 10:58
PROFIL

Seydi Ahmeth, le fils ‘’tirailleur’’ de Maodo

 

Serigne Babacar Sy, Serigne Mansour Sy bou mag, Mame Abdou Aziz Sy Dabakh et Mame Habib Sy restent les fils d’El hadji Maodo Malick Sy les plus connus. Mais, ils ne sont pas ses seuls enfants. Seydi Ahmeth reste méconnu du grand public, parce que très tôt ‘’disparu’’. EnQuête vous dresse son profil, à l’occasion de ce Maouloud.

 

Très peu de talibés tidianes connaissent le fils aîné d’El hadji Maodo Malick Sy et de sa première épouse Sokhna Rokhaya Ndiaye. Non pas parce que celui-ci n’en a pas le mérite, mais  parce qu’il a disparu très tôt, laissant derrière lui deux filles : Mame Fama et Mame Safiétou Sy.

Les fidèles tidianes réunis à Tivaouane, à l’occasion du Gamou, peuvent le découvrir à travers une exposition sur les différents khalifes de Tivaouane et leurs fils et filles, à la demeure de Serigne Moustapha Sy, vers la gare routière de la cité religieuse.

L’homme qui y est conté est né en 1883 et a disparu à l’âge de 32 ans. ‘’Seydi Ahmeth Sy était le deuxième enfant d’El Hadji Malick Sy, l’aînée de Maodo étant une femme, Fatimata Sy.

Il est en outre le premier de ses fils. Il a disparu en 1915, lors de la première guerre mondiale’’, explique Ahmeth Misbakhoudine Gaye, trouvé dans l’un des stands d’exposition de la vie et des œuvres de quelques khalifes de Tivaouane. Quand la guerre mondiale a éclaté en 1914, les colons français ont demandé à Maodo Malick de leur donner quelques-uns de ses talibés, afin qu’ils intègrent l’armée française.

Ce que ce dernier a refusé de faire. ‘’Il leur avait dit à l’époque que ses talibés étaient des enfants d’autrui et que lui avait deux fils à leur proposer. C'étaient Seydi Ahmeth Sy et Seydi Aboubacar’’, a ajouté notre interlocuteur. Le dernier cité, selon l’histoire, n’a pas été apte pour intégrer l’armée française.

‘’Seydi Aboubacar était assez menu. Tout au contraire de Seydi Ahmeth’’, indique Gora Samb, un des exposants. C’est ainsi que le défunt fils de Maodo a été envoyé en Grèce. Jusqu’aujourd’hui, nul ne sait ce qu’il est réellement advenu de lui. ‘’Il a disparu. On ne peut pas dire qu’on l’a tué ou qu’il est mort. Il est juste retenu qu’il a disparu’’, déclare M. Gaye.

Par ailleurs, la photo unique de Sidy Ahmeth Sy disponible dans cette exposition est remarquable. On le prend facilement pour son père. Seul le boubou noir arboré laisse planer un doute. L’histoire a retenu que ce fils d’El hadji Malick était le portrait craché de son père.

‘’Il avait la même allure que son père et était également aussi grand que lui’’, rapporte M. Gaye. La photo, accrochée aux cimaises circonstancielles érigées chez Serigne Moustapha Sy, laisse quand même transparaître une autre différence au-delà de la couleur du boubou. Sidy Ahmeth n’a pas le célèbre parapluie de son père. 

Par ailleurs, l’histoire a également retenu que Seydi Ahmeth savait que Dieu ne lui prêterait pas longue vie. ‘’Il est raconté qu’un jour, Mame Maodo, Sidy Ahmeth et Serigne Babacar Sy étaient aux champs. A un moment donné, Sidy Ahmeth s'est arrêté de travailler.

Interpellé par son père, il lui dit : ‘’Je me suis toujours dit que c’est moi qui te remplacerais quand tu ne serais plus ici. Mais je viens de recevoir une information disant que je ne serai pas là quand cela se produira’’, relate Ahmeth Gaye. Ainsi, Sidy Ahmeth savait que son séjour sur terre serait bref.

 Et pour le rappeler aux fidèles de Tivaouane, il a été fait parrain de l’édition de 2010. Mais apparemment, rien à y faire. Il reste toujours méconnu de la jeune génération. Un petit micro trottoir a permis de le vérifier. ‘’Je ne le connais pas’’, nous ont répondu la plupart des jeunes talibés accrochés par Enquête à Tivaouane. Pourtant, ils devraient pouvoir apprendre de lui.

‘’De lui, les jeunes doivent apprendre le respect des aînés, mais aussi la piété. Une anecdote raconte qu’un jour, après une discussion avec Serigne Babacar Sy, Sidy Ahmeth est allé voir leur père pour se plaindre de ce dernier qui lui aurait dit qu’il l’a banni de la tarikha tidiane.

Maodo lui aurait rétorqué : ‘’Si Babacar m’avait banni de la tarikha, je lui aurais donné un hadiya et imploré son pardon’’. Ce que fit Sidy Ahmeth. ‘’Cela démontre qu’il respectait ses aînés’’, soutient Ahmeth Gaye.

BIGUÉ BOB

 

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