Le plaidoyer des communautés et des syndicats

À l'occasion d'un atelier consacré à la gouvernance minière et à la transition écologique, représentants des communautés, syndicats, collectivités territoriales et institutions de dialogue social ont appelé à une refonte des mécanismes de concertation autour des industries extractives.
La gouvernance des ressources minières ne saurait se limiter aux relations entre l'État et les grandes entreprises extractives. C'est l'un des principaux enseignements de l'atelier organisé ce vendredi à Thiès, autour des enjeux de la gouvernance minière et de la transition écologique. Réunis autour d'une table, représentants des communautés riveraines, organisations syndicales, collectivités territoriales, société civile et institutions de dialogue social ont plaidé pour une approche plus inclusive de l'exploitation des ressources naturelles.
Demba Fall Diouf, président du Réseau national des personnes affectées par les opérations minières, estime que la priorité doit être la mise en place de commissions de dialogue inclusif permettant aux communautés de participer pleinement aux décisions concernant les activités minières.
Selon lui, la transparence dans la gouvernance des ressources minières doit aller de pair avec le respect des droits socio-économiques et culturels des populations riveraines. L'un des points majeurs soulevés par le représentant des communautés concerne la prise en compte des activités économiques locales dans l'évaluation des impacts des projets miniers. « À chaque fois qu'on parle d'entreprise, les gens ne pensent qu'aux grandes entreprises », a-t-il regretté, rappelant que les populations riveraines sont elles-mêmes des acteurs économiques.
L'agriculture, l'élevage ou encore les petites activités génératrices de revenus constituent, selon lui, de véritables entreprises dont la pérennité peut être compromise par l'installation d'une exploitation minière. Le problème, poursuit-il, est que les emplois créés par les entreprises extractives sont souvent mis en avant, tandis que les emplois et moyens de subsistance détruits par l'implantation des projets sont insuffisamment pris en compte.
Les déplacements de populations et les pertes foncières constituent ainsi une source importante de tensions. Pour Demba Fall Diouf, les indemnisations versées aux personnes affectées demeurent largement insuffisantes au regard des pertes subies.
Les participants ont notamment demandé une révision du barème d'indemnisation, considéré comme dépassé au regard des réalités économiques actuelles. « On ne peut pas aujourd'hui, en 2026, nous indemniser par rapport à des taux qui ont été fixés en 1972 », a martelé Demba Fall Diouf.
Les organisations représentant les communautés proposent plusieurs pistes, notamment la pérennisation des mécanismes d'indemnisation, leur indexation sur la durée d'exploitation des entreprises ou encore la possibilité d'accorder aux populations affectées une participation sous forme d'actions dans les sociétés concernées.
Au-delà de la question foncière, la sécurité des populations vivant à proximité des sites miniers constitue également une préoccupation majeure. Le représentant des personnes affectées a notamment évoqué un récent accident impliquant un camion de grande capacité au niveau des Industries chimiques du Sénégal (ICS), pour illustrer les risques liés à la cohabitation entre villages et activités industrielles. Il estime dès lors nécessaire de mieux prendre en compte la question du déplacement de certains villages exposés aux risques liés aux opérations minières.
Environnement et santé : des préoccupations prioritaires
La dégradation de l'environnement figure également au premier rang des inquiétudes exprimées par les communautés. Pollution, dégradation des terres et risques sanitaires sont régulièrement associés aux activités extractives dans les zones concernées. Les acteurs reconnaissent qu'une activité industrielle totalement dépourvue de risques environnementaux est difficilement envisageable, mais exigent que ces risques soient réduits au minimum.
« Notre santé vaut mieux que tout cela, et la santé n'a pas de prix », a souligné Demba Fall Diouf, appelant les pouvoirs publics et les entreprises à renforcer la protection de l'environnement et des populations.
Du côté syndical, Mamadou Mbodj, secrétaire général de l'Union régionale de la CNTS, met l'accent sur la nécessité d'accompagner la transition écologique par la création de nouvelles activités économiques capables de générer des emplois tout en respectant les droits des travailleurs. Pour l'organisation syndicale, la transition doit notamment favoriser le développement d'industries vertes, en réduisant progressivement la dépendance aux industries fossiles.
L'objectif est double : créer davantage d'emplois et garantir des conditions de travail décentes, tout en préservant la sécurité et l'environnement des populations. Mais pour la CNTS, cette transformation ne pourra être durable sans un dialogue social inclusif réunissant l'ensemble des acteurs : travailleurs, employeurs, collectivités territoriales, populations riveraines, organisations de la société civile et entrepreneurs. Cette approche vise notamment à prévenir les conflits qui surviennent lors de l'implantation ou de l'expansion des activités industrielles.
La représentante du président du Haut Conseil du Dialogue Social (HCDS), Mme Ndèye Nar Balla, a salué l'initiative de la CNTS visant à réunir les différentes parties prenantes. Elle a rappelé le rôle du HCDS dans la promotion d'un dialogue structuré et constructif, particulièrement dans les zones où les activités industrielles et extractives sont susceptibles de générer des tensions.
Les revendications des populations portent notamment sur l'accès à l'emploi qualifié au sein des entreprises implantées dans leurs territoires, mais également sur le respect des obligations environnementales et sociales de ces dernières. Pour le HCDS, le dialogue et la médiation doivent permettre de trouver des solutions avant que les différends ne dégénèrent en conflits ouverts. L'institution entend ainsi contribuer à renforcer le « bon vivre-ensemble » entre les populations et les entreprises.
Les collectivités territoriales veulent être davantage impliquées
Les collectivités territoriales entendent également jouer un rôle central dans cette dynamique. Lamine Diakité, adjoint au maire de Mboro et représentant de l'Amicale des maires de l'arrondissement de Méouane, a rappelé que la mission première des collectivités est de défendre les intérêts des populations. Dans l'arrondissement de Méouane, les communes de Mboro, Darou Khoudoss, Taïba Ndiaye et Méouane sont confrontées à des problématiques similaires liées à la présence des activités extractives, notamment celles des GCO et des Industries chimiques du Sénégal (ICS).
Face aux impacts sociaux et environnementaux, les élus locaux plaident pour la mise en place d'un cadre permanent de dialogue multi-acteurs permettant de suivre les engagements des entreprises et de porter les préoccupations des populations auprès de l'État et des opérateurs industriels.
Parmi les propositions formulées figure la création d'un fonds destiné à prendre en charge les préoccupations sanitaires et environnementales des populations vivant dans les zones minières. Lamine Diakité a particulièrement insisté sur le déficit d'infrastructures sanitaires dans l'arrondissement de Méouane. Selon lui, la zone ne dispose pas d'un hôpital suffisamment équipé pour prendre en charge certaines pathologies auxquelles les populations sont confrontées, notamment les affections pulmonaires attribuées par les acteurs locaux à l'exploitation minière.
Les collectivités souhaitent donc que les entreprises extractives, aux côtés de l'État, contribuent à la réalisation de structures sanitaires adaptées aux besoins des populations. Sur le volet environnemental, les élus proposent également la création d'un « fonds vert », alimenté notamment par les entreprises, pour financer des projets environnementaux portés par les jeunes et les collectivités territoriales.
Au terme des différentes interventions, un constat se dégage : la transition écologique et la gouvernance minière ne pourront être efficaces sans une implication réelle des communautés et des acteurs locaux.
Pour les participants, l'exploitation des ressources naturelles doit ainsi s'inscrire dans une logique de développement durable, où la création de richesses et d'emplois ne se fait pas au détriment des droits des communautés, de leur santé ou de leur environnement.
NDEYE DIALLO (THIES)






